Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - David Miet

Contributeur(s) : - Benoit Le Foll

Publié le 20 février 2011

Le modèle technique de la Ville Durable se présente à première vue comme une sorte d’objet idéal en fonctionnement : une urbanisation compacte, peu génératrice de déplacements, économe en énergie, dont les agencements permettent à la fois le dynamisme économique, la cohabitation de multiples usages, populations, services et fonctions urbaines, et l'intégration de la nature au sein d’un cadre de vie de qualité.

Pourtant, les raisons principales qui motivent cette vision « durable » de la ville sont externes à la ville elle-même : d’ordres éthique et politique, elles concernent le territoire et son occupation humaine dans son ensemble, la préservation de ses éléments agricoles et naturels, la limitation de l’étalement urbain, mais aussi, plus largement, la maîtrise de phénomènes environnementaux, sociaux et économiques sur le point d’atteindre des niveaux critiques : les transports, la pollution et ses effets sur les changements climatiques, les déplacements, la consommation et ses limites en termes de ressources naturelles non renouvelables, les reconfigurations familiales, le vieillissement des populations européennes et l’érosion des solidarités sociales dans la société moderne, l’évolution des marchés fonciers, celle des marchés immobiliers et la mise en doute de la stabilité des systèmes financiers.

Le projet BIMBY part du constat que, du point de vue de l’ensemble de ces enjeux, le « stock de tissus urbains » que représente aujourd’hui l’ensemble des quartiers pavillonnaires existants est l’un des objets de travail les plus cruciaux :

- Par son étendue et sa dispersion considérables, qui caractérisent presque à elles seules l’ensemble du phénomène d’étalement urbain, phénomène qui représente lui-même l'élément le plus significatif de l’évolution des villes ces dernières décennies, avec l'avènement de l’automobile dans les foyers et le maillage du territoire par les infrastructures routières.

- Par sa position particulière au centre des aspirations et des logiques paradoxales des habitants, qui pour une grande partie aspirent à des formes d’habitat individuel, de leurs élus, pour la plupart impuissants face à aux logiques globales qui produisent l’étalement urbain, et des professionnels de la ville dont la communauté ne s’est quasiment jamais, par tradition, intéressée directement à la question de l'évolution des tissus pavillonnaires.

- Par le moment actuel de son cycle de vie, tant du point de vue de la durabilité et de l’évolutivité des formes urbaines pavillonnaires que du point de vue des personnes qui les habitent, indiquant un décalage croissant entre d’une part l'évolution des modes de vie des populations aux différents âges, et d’autre part la capacité de ces tissus à répondre à leurs nouveaux besoins.

Ainsi, chaque année, le foncier dédié à l’extension urbaine s’élève à quelques 300 000 Ha, dont environ 60 000 sont consacrés à la construction de logements, ce qui représente un peu plus d’1/1000e de la surface du territoire français. Dans cette « part » dédiée au logement, la construction annuelle d’environ 200 000 logements individuels mobilise 97% de cette ressource, dont un quart dans le cadre de procédures de lotissement et le reste dans le diffus.

Ces chiffres récents illustrent une tendance de fond qui structure l’urbanisation du territoire depuis 20 ans en France et qui aboutit, aujourd’hui, à une artificialisation de 8% des sols du territoire français, dont 3% dus aux sols bâtis (source SAFER, Ministère de l’Agriculture). A ce rythme, l’artificialisation des sols occupés par des logements pourrait doubler d’ici 2040. Or, si de 1980 à 1999, ce phénomène a conduit à la constitution de ce que l’on appelle le « périurbain », il se traduit depuis dix ans par un réel phénomène de mitage, dans la mesure où l’extension urbaine se fait actuellement en dehors des zones urbaines. On voit ainsi apparaître un renversement de tendance de l’exode rural (sources INSEE) qui laisse présager d’une amplification des déplacements périurbains et de la dépendance automobile des ménages :

– Rural +6 % entre 1999 et 2005 contre 0,6% entre 1990 et 1999 – Périurbain +2,7 % entre 1999 et 2005 contre 8% entre 1990 et 1999 – Urbain +1,1 % entre 1999 et 2005 contre 2,5% entre 1990 et 1999

La loi SRU porte en elle des objectifs de densification et pourtant l'étalement urbain s’est accru depuis son adoption, ce qui montre les difficultés à la décliner localement et la nécessité d’ouvrir de nouvelles voies de développement pour les communes. Les élus sont ainsi conduits à une forme de contradiction entre d’un côté le souhait de développer leur commune et de libérer du foncier pour répondre aux besoins en logement, et de l’autre la limitation de l’étalement urbain portée par la loi SRU. Ils sont de plus confrontés à la faiblesse des propositions urbanistiques en la matière, le milieu des urbanistes et des architectes étant, de façon quasi unanime, totalement opposé, à l’habitat pavillonnaire. Or le baromètre de la Sofres le rappelle : pour 86 % des Français il est difficile de trouver un logement. D’un point de vue qualitatif, le développement actuel de la ville ne répond pas à leurs aspirations : 74 % rêvent d’une maison (sondage IPSOS), quand seulement 57% des Français vivent en maison individuelle et 61 % de la construction produit ce type d’habitat.



Les projections de besoins en logements (estimés à 500 000 unités alors qu’on en a construit 369 000 en 2008 et 435 000 en 2007) montrent bien que l’essentiel des enjeux résultent du vieillissement et la transformation sociologique de la population française, et donc d’une évolution des attentes sociales dans ce domaine.

L'hypothèse centrale du projet BIMBY est la suivante : les zones pavillonnaires existantes, aujourd’hui très bien situées dans leurs agglomérations, constituent un fort potentiel de production de foncier à même de répondre à l’ensemble des problématiques urbanistiques, politiques et sociales qui viennent d’être soulevées.

L’urbaniste : Le « stock de tissus urbains » que représente aujourd’hui l’ensemble des quartiers pavillonnaires existants est l’un des objets de travail les plus cruciaux. La filière : Les zones pavillonnaires existantes, aujourd’hui très bien situées dans leurs agglomérations, constituent un fort potentiel de production de foncier.

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