Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - Nicolas de Prémare

Publié le 07 Septembre 2011

Les scénarii de vie figurant dans ce dossier sont des retranscriptions synthétiques d’entretiens menés avec des habitants ayant réalisé des divisions parcellaires intéressantes dans la perspective des travaux du projet de recherche BIMBY.

Notions clés :
> départ des enfants
> initiative des habitants
> retraite
> solidarité intergénérationnelle
> valoriser son patrimoine
> vieillissement

Etude réalisée par Nicolas de Prémare, élève en master 1 de Stratégie et décision publique et politique à l’ISMaPP (Institut Supérieur de Management Public et Politique), lors de son stage au CETE Île-de-France.

Cette étude se concentre sur le thème du vieillissement de la population et évalue quelques pistes de contribution du projet BIMBY à la question de la dépendance des personnes âgées.

Le dossier sera développé en trois parties :

- la première présentera les enjeux du vieillissement de la population en France, à partir d'une synthèse des principaux rapports publiés ces dernières années sur le sujet de la dépendance,

- la deuxième montrera comment la division parcellaire et la filière Bimby pourraient contribuer l'adaptation du logement des personnes âgées,

- la troisième se concentrera sur les questions de financement de la dépendance et sur la consolidation les liens intergénérationnels au sein des quartiers pavillonnaires construits ces dernières décennies, dans lesquels résident aujourd'hui une part considérable de nos "ainés".




Nous aborderons donc ici les questions d'adaptation du logement pour le maintien à domicile des personnes âgées. D'après les entretiens réalisés par les sociologues du projet BIMBY, trois scénarii semblent se dégager.





Vendre une partie de son terrain pour financer les travaux d'adaptation de la maison initiale



Dans ce cas précis, un particulier, un ménage de retraités peut choisir d'avoir recours à une division de son terrain et donc à la vente d'une partie de sa parcelle afin de financer les travaux d'adaptation de sa maison. Cela permettrait aussi l'arrivée de nouveaux voisins à proximité et de réduire le travail d’entretien et de rompre avec l’isolement dont certaines personnes âgées sont victimes surtout dans les quartiers à la dynamique de population négative. Tous les rapports se rejoignent sur le fait que les Aînés souhaitent vivre le plus longtemps possible chez eux, seulement d'après les enquêtes de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) sur les services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), 30 % des bénéficiaires de ces services en 2002 vivraient dans un habitat non adapté.

La vente d'un terrain à bâtir s'avère être une solution envisageable pour financer les travaux d'adaptation et cela a déjà été réalisé. Le rapport de la cour des Comptes de 2005 souhaitait le recours systématique à un diagnostic du logement dans l'établissement des plans d'aide APA. De même, Nora Berra souhaitait la création d’un diagnostic autonomie habitat pour les personnes dépendantes. Ce qui confirme l’idée selon laquelle la qualité du logement tient une part déterminante dans le «bien-vieillir».

Scénario de vie : Diviser son terrain pour financer l’adaptation de sa maison.

Dans une commune de première couronne et de tradition ouvrière, dans un quartier très central, devenu parmi les plus résidentiels, vivait un ménage né dans les années 1940, qui avait fait construire un pavillon implanté en front de rue, sur une parcelle de 800m².

Charbonnier de métier, le mari utilisait la partie arrière de son terrain comme lieu de stockage de son charbon. Quand il a arrêté son activité dans les années 1990, il ne voyait pas d’usage à ce terrain, n’ayant pas l’habitude de jardiner ou de l’utiliser pour une autre fonction. Selon son épouse, « c’était devenu comme un terrain vague ». Mais conscient de sa valeur foncière, il a décidé de le vendre pour bénéficier d’un complément de revenu.

La parcelle de 800m² a été divisée le plus grand possible compte tenu de la maison déjà existante, pour créer un nouveau terrain à bâtir d’environ 500m², et découpée en drapeau pour ménager un chemin d’accès latéral.

La valorisation du terrain a été modérée (pas de recherche de profit particulier), mais l’apport financier issu de la vente a en fait permis au couple de rénover et d’adapter sa maison : le mari y est décédé, et l’épouse y vit encore.


Diviser son terrain pour financer l'adaptation de sa maison


 

Vendre sa maison et construire une plus petite et mieux adaptée sur son terrain



Il s'agit dans ce scénario de diviser sa parcelle pour s'y bâtir une nouvelle maison sur le terrain divisé. A la retraite, la maison et le terrain peuvent apparaitre trop grands (plus adaptés aux besoins individuels, familiaux et sociaux) et de plus, difficiles à entretenir. Les Aînés sont alors souvent tentés de déménager en appartement, car ce type de logement est souvent plus proche du centre et des commerces. La vie en appartement peut parfois comprendre de nombreux désavantages ; place de stationnement éloignée de l'entrée, absence d’ascenseurs, mauvaise isolation acoustique…

En outre, le fait de quitter sa vie de quartier, un environnement que l'on connait bien, de renoncer aux liens sociaux tissés avec le voisinage peuvent effrayer les Aînés. Ce « départ » marque une rupture dans la continuité, les habitudes et le quotidien. Il n'est pas forcément évident de se réadapter à un quartier nouveau, la crainte de l'isolement peut apparaitre.

Ainsi, il peut être envisageable de recourir à une division de son terrain pour se construire une nouvelle maison, de plain-pied, adaptée (sans escalier, isolement et chauffage modernes, accès direct à la rue, revêtement du sol facilitant la mobilité, meilleure prévention des chutes...). L'argent obtenu lors de la vente de la maison initiale peut être alors une importante source de financement de la nouvelle maison mieux adaptée.

Scénario de vie : Diviser sa parcelle pour s’y bâtir une maison de plain-pied.

Dans une commune à pavillonnaire de première couronne, recherchée, et dans sa partie la plus proche de la ville-centre, un couple septuagénaire était installé depuis 1998 dans un ancien pavillon racheté, d’un étage, sur un terrain de 950m².

A la retraite, la maison et le terrain sont apparus trop grands : plus adaptés aux besoins individuels, familiaux et sociaux, en outre à entretenir. En vue des vieux jours, le couple a alors cherché d’abord un appartement. Mais en 2007, le projet de construire une seconde maison sur la parcelle émerge spontanément, puisque :

- un appartement est difficile à trouver dans un secteur aussi central, cher de toute façon, ne se trouve que dans un nouveau quartier inconnu, et présente toujours des inconvénients (escalier, stationnement plus ou moins éloigné..) ;

- avec déjà le terrain, construire une nouvelle maison adaptée ne revient pas plus cher qu’acheter un appartement, et permet de rester dans le quartier, apprécié pour son calme, sa bonne situation (près de la ville, desserte en transport en commun, assez proche des commerces).

Le couple divise donc sa parcelle pour se créer un nouveau terrain à bâtir. Comme l’ancien pavillon est situé en fond de parcelle, le découpage est en drapeau pour y accéder, mais la nouvelle parcelle est en front de rue, permettant un accès direct à la nouvelle maison. Le couple a souhaité un petit terrain, de 300m², et une maison à l’architecture moderne, pour la simplicité et la fonctionnalité (de plain-pied, sans grenier), et son prix moindre. C’est dans cette même logique que le choix a été celui d’une petite maison (125m² de SHON), avec un patio de 20m², donc sans jardin et avec une chambre et un séjour en moins par rapport à l’ancien pavillon. Le couple est aujourd’hui très satisfaisait de pouvoir rester durablement en maison neuve adaptée, et en même temps dans son quartier.


Diviser sa parcelle pour s'y bâtir une maison de plain-pied

Aller vivre dans la grande maison de sa mère et lui construire une petite maison neuve dans le jardin


 

Partir vivre chez ses enfants (qui auront procédé à une division parcellaire)



C'est un scénario à favoriser notamment lorsque la personne âgée se trouve en situation de veuvage. Aujourd'hui, la France comptabilise 3 853 770 personnes veuves issues d'une union maritale, soit 6,5 % de la population[1]. Ces chiffres concernent surtout les Aînés qui sont, plus les années avancent, sujets à une perte d'autonomie et à un isolement progressif.

En France, la prise en charge des personnes dépendantes combine à la fois solidarité familiale et solidarité collective. C'est justement à travers le premier type de solidarité que l'idée de partir vivre chez ses enfants est envisageable. Bien évidemment, il n'est pas forcément évident pour l'Aîné dépendant ni pour les membres de la famille d'accepter ou d'envisager le recours à cette méthode. Cela demande certainement des concessions, des efforts mais on ne peut nier le fait qu'une personne âgée dépendante gardant des liens familiaux forts affrontera plus facilement et sereinement les soucis liés à son âge.

L'accueil de la personne dépendante chez sa famille obligera certainement celle-ci à réaliser des travaux d'adaptation de son logement. Des travaux qui pourront être partiellement financés par la vente du terrain et de la maison de la personne dépendante.

De manière générale, il apparaît comme préférable de favoriser le maintien à domicile des personnes dans des états de dépendance légers. En cas de grande dépendance, le maintien à domicile se complique, cependant on sait que les Aînés sont grandement attachés à leur logement, leur « chez-eux » et ils se montrent souvent réticents à l’idée de passer des séjours dans des établissements spécialisés, pour éviter l’isolement et le changement brutal de cadre de vie.

Scénario de vie : Accueillir sa grand-mère dans son jardin .

Dans une commune située aux portes de Paris, une famille composée de deux adolescents habite une maison ouvrière devenue spacieuse à la suite de gros travaux d’aménagement. Elle fait l’acquisition de la cour enclavée à l’arrière de sa parcelle et décide d’y faire bâtir une petite maison écologique agencées en studios. Le couple souhaite investir dans une construction respectueuse de l’environnement.

Il envisage plusieurs hypothèses concernant l’utilisation de cette nouvelle construction: logement pour les enfants en période transitoire d’indépendance, gîte à louer, location traditionnelle ou, peut-être, espace de vie pour la grand mère.

A la suite du décès de son mari, la grand-mère se retrouve à vivre seule dans son appartement. Sa condition physique délicate conduit sa fille à lui proposer d’habiter dans le studio du rez-de-chaussée de la construction qu’ils sont en train de concevoir.

Ils peuvent en discuter tous ensemble, sur la base des plans et des vues produits par l’architecte. La décision fut délicate à prendre pour la grand-mère comme pour sa fille et son mari, chacun souhaitant que soit respectée son intimité et soit préservée son indépendance. De plus, la grand-mère aillait-elle aisément s’adapter à son nouveau quartier? Après de longues discussions, la grand-mère accepte de venir vivre dans le jardin de sa fille, et le déménagement peut avoir lieu.


Accueillir sa grand-mère dans son jardin.

Enfant logé / parents aidés.



Les trois scénarii présentés successivement peuvent être des pistes pour faciliter l’adaptation de l’habitat qui à terme favoriserait le maintien à domicile des personnes âgées. Des aides à l’adaptation du logement existent, c’est le cas notamment du Mouvement PACT ARIM, qui aux travers d’associations présentes dans chaque départements offrent des conseils, des évaluations et des recherches d’aides financières pour l’amélioration ou la transformation du logement. De plus, il est possible d’obtenir des participations financières aux travaux d’adaptation de la part de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse, des caisses de retraites complémentaires, du Centre d’Action Social ou de l’ANAH (Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat)…

Parmi les 115 entretiens réalisés jusqu’à présent par les sociologues du projet BIMBY auprès de particuliers ayant réalisé des divisions parcellaires, la moitié d’entre eux concernent des personnes âgées et des jeunes retraités. Ainsi il peut être intéressant de faire une synthèse sous la forme d’un schéma des raisons qui ont poussé les particuliers à diviser leur terrain et ensuite des apports découlant de cette démarche.




 


[1]Rapport de Denis Jacquat au nom de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale, 2007.

L'habitant : Cela permettrait aussi l’arrivée de nouveaux voisins à proximité[...]et de rompre avec l’isolement dont certaines personnes âgées sont victimes surtout dans les quartiers à la dynamique de population négative. L'élu : Un ménage de retraités peut choisir d’avoir recours à une division de son terrain et donc à la vente d’une partie de sa parcelle afin de financer les travaux d’adaptation de sa maison. L’urbaniste : Un ménage de retraités peut choisir d’avoir recours à une division de son terrain et donc à la vente d’une partie de sa parcelle afin de financer les travaux d’adaptation de sa maison.

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