Catégorie Presse

Publié le 08 février 2012

Article de Xavier Attout dans Espace Vie N° 218, février 2012.

Source(s) : Espace Vie

Notions clés :
> 19 millions de maisons

Les terrains sont de plus en plus rares et chers. La maison quatre façaces est pointée du doigt. Bimby propose une nouvelle manière de lutter contre l’étalement urbain en proposant que chaque propriétaire construise une maison dans son jardin.

 
David Miet s’est déplacé mi-décembre à Louvain-la-Neuve dans le cadre d’un Midi de l’urbanisme. Le Français a séduit l’assemblée. Nous l’avons rencontré quelques minutes avant qu’il ne prenne la parole.
 
 
Bimby (build in my back yard), sera-ce le nouveau mot à la mode après Nimby ?
 
Je l’espère ! Il induit en tout cas un changement de mentalités. L’idée centrale, c’est de favoriser la densification de l’habitat d’un quartier en construisant une maison dans son jardin. De nombreux terrains sont trop grands pour un seul propriétaire. Il peut donc être intéressant d’envisager de construire une nouvelle maison sur une partie de ces terrains. D’une part, le propriétaire fait une belle opération financière et d’autre part cette démarche permet le renouvellement et la densification progressive de certains quartiers.  
 
 
Comment est né le projet Bimby ?
 
Le projet a été sélectionné en 2009 par l’Agence nationale de la recherche dans le cadre de son appel à projet “Villes durables”. Programmés sur 3 ans, de décembre 2009 à décembre 2012, nos travaux ont rassemblé dix partenaires pour un investissement global de 3,1 millions d’euros. Bimby ne sera pas renouvelé en 2012, il devra voler de ses propres ailes. Il y aura néanmoins un suivi.
 
 
Quel constat a guidé votre recheche ?
 
Un, les quartiers pavillonnaires (ndlr : les lotissements en Belgique) construits ces dernières décennies recèlent un potentiel urbain et foncier d’une formidable ampleur, qui demeure inexploité à l’heure actuelle. Deux, les modes de vie des habitants de ces quartiers évoluent, si bien que beaucoup d’entre eux seraient prêts à saisir les opportunités qui pourraient leur être données de changer d’habitat sans changer de lieu. D’où la question de savoir si une politique qui exploiterait les ressources de ces quartiers ne pourrait pas être développée, de manière à permettre aux 
habitants actuels de vivre d’une manière plus aisée mais aussi à d’autres ménages d’y accéder plus facilement.
 
 
Comment pousser les habitants à diviser leur terrain ?
 
C’est le défi. On observe que, dans de nombreux cas, l’intérêt des individus, notamment en ce qui concerne la division d’un terrain pour mieux valoriser son bien sur le marché immobilier, peut aller dans le sens des intérêts de la collectivité. à savoir, proposer une offre diversifiée de logements individuels sur son territoire sans engendrer d’étalement urbain et à un coût minime pour la collectivité. Comment procéder ? Si l’on sait encourager, maîtriser et canaliser ces initiatives individuelles par la définition de règles d’urbanisme adéquates et si l’on cible les moments où les intérêts individuels et collectifs se rejoignent - notamment au moment des ventes des maisons individuelles ou à l’occasion des évènements et des projets de vie des habitants -, à ce moment, tous les intérêts se croisent.
 
 
C’est une révolution urbanistique que vous proposez !
 
Mais non ! Simplement un réaménagement de l’espace. Aujourd’hui, une majorité de gens ne souhaitent pas avoir une seconde maison sur leur terrain. Mais si, sur mille personnes, une personne âgée ou isolée est intéressée par ce projet, nous sommes gagnants. 
 
Les propriétaires deviennent producteurs d’une offre. Bimby permet aussi aux communes de créer des dizaines de milliers de terrains à bâtir dans un quartier déjà desservi et équipé.
 
 
Vos objectifs ?
 
Lutter contre l’étalement urbain, permettre aux personnes âgées de rester chez elles et de financer ce choix, augmenter l’offre de logements dans les territoires attractifs et, enfin, avoir un urbanisme avec et pour les habitants.
 
 
Votre projet est-il déjà en action ?
 
Oui, cela démarre. Nous avons des architectes qui vont dans les villages et passent du temps avec la population. Les habitants sont réfractaires dans un premier temps mais évoluent par la suite. Il faut arriver à désacraliser l’idée de construire sur son terrain.

À télécharger : - EV218.pdf