Catégorie Presse

Publié le 06 Novembre 2013

Source(s) : lepharedunkerquois.fr

David Miet, ingénieur et architecte, concepteur de la démarche Bimby

« C'est une liberté offerte et non une contrainte  »

mercredi 30.10.2013, 08:00

David Miet, ingénieur et architecte. ©Caue79David Miet, ingénieur et architecte. ©Caue79

 

Ingénieur, architecte et urbaniste, David Miet est aussi copilote du projet de recherche Bimby : Build in my backyard (Construire dans ma cour, ndlr)*.


Il vient présenter à Dunkerque, son concept. Et voir s'il serait applicable dans l'agglomération.


Quel est votre parcours ? Je suis ingénieur architecte. J'ai travaillé au sein du ministère de l'Écologie durant une dizaine d'années. J'exerce aujourd'hui en libéral, à Rouen, mais je travaille partout en France.


Est-ce la première fois que vous venez dans l'agglomération dunkerquoise ? Je suis déjà venu à l'Agur, à Dunkerque. Nous avons étudié la possibilité d'appliquer, ici, la démarche Bimby.


Qu'est-ce que Bimby précisément ? C'est une idée simple, construire des maisons sur des terrains déjà occupés par une habitation. C'est une idée qu'on a eue avec un ami alors que nous étions encore étudiants. On l'a développée. En France, il y a beaucoup de zones pavillonnaires qui ont été construites après-guerre, dans les années 1950, 1960, 1970... Historiquement, la zone pavillonnaire n'est pas une forme appréciée par les architectes à double titre. Premièrement, elles ne sont pas élaborées par des architectes, mais par des développeurs et des promoteurs.
Deuxièmement, elles occupent aujourd'hui les meilleurs terrains et toujours plus loin. Il est, par exemple, impossible pour un jeune couple de faire construire dans des quartiers pavillonnaires actuels, il n'y a plus de place. Alors, les jeunes s'expatrient loin des villes. Parfois par choix, mais la plupart du temps, c'est par contrainte.


Quelles sont les conséquences ? Il y a une augmentation des trajets, des coûts, un éloignement de la ville. Or, on ne peut pas étaler la ville sans fin. Il y a une emprise sur les terres agricoles et il y a un gaspillage des terrains. Avec Bimby, on aspire à reconstruire une ville sur la ville. Faire une habitation sur un terrain déjà exploité, c'est une habitation en moins qu'on aura à faire sur un lotissement.
L'idée de Bimby est donc de partager son terrain avec un autre projet ? Dans la démarche Bimby, il y a deux acteurs. D'un côté, il y a des propriétaires qui souhaitent partager et vendre un petit bout de leur terrain et accueillir le projet d'un jeune couple, de leur(s) enfant(s) ou de leur(s) parent(s) d'ailleurs : c'est une alternative au placement en maison de retraite. Le fruit de la revente peut servir à financer des travaux, notamment adapter leur logement à leurs besoins s'il s'agit de personnes âgées. De l'autre côté, il y a des gens qui cherchent à faire bâtir à proximité des services, des écoles, des réseaux de transport... Il faut quand même un minimum de terrain pour pouvoir envisager en céder une partie ? Aujourd'hui, il y a des lots qui font 300, 400 ou 500 m². Si quelqu'un possède un terrain de 800 m², il est envisageable de trouver une parcelle de 400 m ² pour des jeunes.


Quel est le potentiel en France ? Il y a 19 millions d'habitations individuelles. Chaque année, il y a 1 % de plus de nouvelles maisons sur ces 19 millions, soit 200 000. Si 1 % de ces 200 000 personnes entrent dans la démarche, c'est autant de constructions individuelles qu'on replacera en ville.
1 %, ce n'est pas beaucoup... Non, et d'ailleurs, on n'a pas besoin que tout le monde le fasse.


On est donc sur une base de volontariat ? Oui. C'est le principe de la démarche.


C'est un service gagnant gagnant ? Oui. Pour les propriétaires et pour les jeunes couples, mais aussi pour les collectivités qui font des économies. Les réseaux, les routes sont déjà là. C'est, par ailleurs, très positif pour une ville. On n'installe pas tous les nouveaux venus au même endroit. Avec Bimby, ils sont intégrés dans les quartiers.


À Dunkerque, où il est impossible de s'étendre vers le nord, à cause de la mer, et vers l'ouest, à cause des usines, ce projet peut intéresser ? Oui, car ça éviterait que des jeunes s'exilent à 10, 20 ou 30 km de Dunkerque.


Avez-vous déjà répertorié des quartiers qui pourraient s'y prêter ? Ça serait un peu difficile de donner des noms aujourd'hui. On ne peut pas se focaliser sur certains quartiers. Dans les zones pavillonnaires, les habitants sont assez tranquilles. Ils ne sont pas habitués à faire face à des changements. D'un point de vue politique, on ne peut pas leur expliquer que leur quartier va être densifier, cela peut être très mal interprété. Il faut bien réexpliquer les choses et réaffirmer que cela ne peut se faire que sur la base du volontariat. C'est une liberté offerte et non une contrainte. Il faut que cette idée soit bien comprise.
Est-ce le message que vous aller faire passer jeudi ? Oui, je vais aussi en parler avec des élus, afin de voir dans quels quartiers, quelles villes, la démarche pourrait être appliquée.

Propos recueillis par
Suzanne URGACZ


Les rendez-vous de l'Agur « Vers une ville plus intense », rencontre débat au Studio 43 à Dunkerque, jeudi 7 novembre à 17h30.

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Liens externes : - http://www.lepharedunkerquois.fr/actualite/Dunkerque/2013/11/04/c-est-une-liberte-offerte-et-non-une-co.shtml