Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 17 Septembre 2012

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Intervenant :

Raphaël CRESTIN, architecte-urbaniste d’Etat.

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Introduction :

En parallèle des grands projets lancés sous l’ère Bloomberg et pour répondre de façon pragmatique au besoin de transformer la ville et aux limites de la planification, la ville de New York a initié, dès la première mandature du maire, une nouvelle organisation des services tournée vers une approche transversale et une action pointilliste notamment sur les espaces publics. Retour rapide sur l’expérience du micro dans une macro métropole et des enseignements possibles pour les enjeux urbains en France

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Résumé :

 

Depuis que le maire Giuliani a assaini la ville de New York, elle est devenue attractive. Elle devrait accueillir 9 millions d’habitants en 2030. Afin d’assurer les conditions favorables de cette évolution, un agenda de 127 actions, finement piloté et coordonné par les commissioners, a été institué durant la mandature Bloomberg. Dans ce projet, la municipalité prête une attention toute particulière aux notions d’espace public et d’espace ouvert.

Quatre logiques intéressantes pour Bimby président cet agenda. Il se fonde tout d’abord sur une planification sur mesure et un arsenal législatif et réglementaire adapté à chaque projet. Ces dispositions se superposent au zoning resolution de 1961. Ainsi, la 125e rue a été banalisée selon un zonage spécial. Ce dernier a précisé les règles d’urbanisme et les attentes de la ville vis-à-vis des partenaires privés.

L’agenda se fonde ensuite sur une logique d’urbanisme incitatif. Ainsi, le New York des années 60 et 70 s’est construit autour d’une logique accordant une importance aux placettes privées. La mandature actuelle a souhaité renouveler cette approche et préciser les devoirs des propriétaires. Ainsi, la ville attribue une enveloppe de droits à bâtir contractuellement, en échange du respect d’un cahier des charges précis en termes d’étendue, de géométrie, de visibilité, de sécurité et de mobilier urbain. Le but est d’intensifier l’usage de l’espace public. Bloomberg a ensuite souhaité susciter les initiatives des habitants, à travers notamment le Plaza Program. Les associations et riverains peuvent répondre à un appel à projets et proposer l’aménagement d’un espace public de la ville. Les porteurs de projet retenus s’engagent contractuellement à entretenir l’espace, et la ville à prendre en charge les coûts de construction inhérents au projet. Enfin, les usages sont intensifiés. Ainsi, les fonctionnaires new-yorkais se soucient d’une action rapide et peu coûteuse permettant un bénéfice social important. C’est en vertu de cet objectif que les cours d’école ont été mobilisées. Un programme a permis d’ouvrir en quelques années 180 écoles. Après la fin des cours, elles sont converties en espace récréatif, moyennant 300 000 euros par école. Ainsi, depuis 2007, 250 000 habitants supplémentaires se trouvent à moins de 10 minutes à pied d’un espace récréatif.

 

Retranscription :

 

Raphaël CRESTIN : Bimby pose la question de l’effet d’entraînement, engageant pour nous la nécessité d’observer comment un travail sur une parcelle engage l’avenir de la ville. Ce qui bénéficie à la parcelle est positif pour le tissu pavillonnaire, partant, favorable à l’aménagement de la ville durable.

 

Voici trois mandatures que la ville américaine est régie par un nouveau maire. New-York a été assainie pendant la mandature de Rudolph Giuliani, et elle est devenue une ville attractive. Les planifications tablent sur une population de 9 millions d’habitants en 2030. Cette évolution doit être préparée pour se dérouler dans des conditions favorables, tout en respectant un certain nombre d’enjeux et de challenges, parmi lesquels le changement climatique. Compte tenu de ces paris, la mandature Bloomberg a instauré un agenda, composé de 127 actions et piloté suivant un monitoring très fin. Cet agenda est transversal aux 25 agences de la ville, qui doivent travailler de concert. Les commissionners coordonnent l’opération. L’espace public et l’espace ouvert font l’objet d’une attention particulière de la municipalité.

 

Cet agenda se concrétise autour de quatre logiques, qui sont intéressantes dans la perspective Bimby.

 

La première est la planification sur mesure. Pour chaque nouveau projet, un cadre législatif et réglementaire sur mesure se superposera au zoning resolution de 1961, le document d’urbanisme pertinent en la matière. La 125e rue, emblématique du jazz américain, a connu un processus classique de banalisation. Un zonage spécial a précisé les règles d’urbanisme et les attentes de la ville vis-à-vis des partenaires privés. Les exigences de la municipalité ont été très précises. Ainsi, les promoteurs ont promis d’affecter 5 % de la surface hors œuvre nette (SHON) au programme traditionnel de la ville, soit le loisir. Le reste du linéaire au rez-de-chaussée est dédié à tout ce qui anime la rue. Ainsi, l’emprise du rez-de-chaussée est limitée aux activités peu porteuses, le reste se développant en entresol. Un promoteur qui dépasserait les exigences de la ville bénéficierait d’un droit à bâtir supplémentaire.

 

L’urbanisme incitatif est la deuxième logique de l’agenda. Nous retrouvons ici la logique des POPS (Privately Owned Public Spaces). Des piazzas sont créées sur des parcelles privées et gérées publiquement. Le New York des années 60 et 70 s’est construit ainsi. Ces places privées ont connu des problèmes de gestion et d’engagement des partenaires privés. La mandature actuelle a souhaité renouveler cette approche tout en se montrant plus précise sur les devoirs des propriétaires. Ainsi, une enveloppe de droits à bâtir est décidée contractuellement, en échange d’une piazza d’un minimum de 2 000 mètres carrés, qui répond à un cahier des charges extrêmement précis. L’implantation de bancs publics doit respecter une distance maximale. Par ailleurs, ces places font l’objet de recommandations sur la géométrie, les éléments de clôture, la visibilité, l’accessibilité, la sécurité, le cheminement et l’ouverture. Le mobilier urbain fait également l’objet de précisions. Les exigences vont croissant selon la catégorie de piazza. Une place de moins de 5 000 mètres carrés devra comporter deux types de bancs, une place entre 5 et 10 000 mètres carrés, trois types de bancs, au-delà, la piazza doit proposer un mobilier mobile. Le but poursuivi est l’intensification de l’usage de l’espace public. Devant chaque espace, un panneau indique les heures d’ouverture, le garant des lieux et un numéro de téléphone pour porter plainte. Bimby peut s’inspirer de l’effet d’échelle que le dispositif contractuel permet d’obtenir. 

 

La troisième logique vise à susciter les initiatives. Ainsi, le Plaza Program repose sur un principe d’appel à projet, où les associations et riverains peuvent proposer l’aménagement d’un espace public de la ville. New York choisit le projet en fonction de nombreux critères, parmi lesquels la capacité d’entretenir la place. La ville prend ensuite en charge les coûts de construction de l’espace. Les porteurs de projet assurent l’entretien quotidien de l’endroit à travers un contrat de maintenance. Le programme est complémentaire au procédé précédé.

 

La dernière logique vise à intensifier les usages. C’est l’approche la plus intéressante pour Bimby. Les commissioners New-Yorkais se demandent comment agir avec peu de moyens et un bénéfice social important. C’est le principe du low capital high value project. La démarche la plus connue de cette approche est la simplification des prestations d’aménagement et la réactivité. Dans le cadre du Plaza Program, quelques places n’ont pas fait l’objet de propositions des associations. La ville a aménagé quatre ou cinq grandes places iconiques, en six mois, avec un mobilier urbain qui redynamise les usages dans le cadre d’un aménagement pérenne et rapide. Par ailleurs, les cours d’école ont été mobilisées, sur le constat qu’un certain nombre de quartiers, souvent constitués de populations socialement connotées, manquaient d’espaces récréatifs. C’est pourquoi un programme d’envergure a été lancé avec les autorités pertinentes, afin de permettre l’accessibilité des écoles à tous les riverains après la fermeture, en décidant de façon concertée de l’aménagement de l’espace. 180 écoles ont été ouvertes au public en quelques années, moyennant un budget maximal de 300 000 euros par école. Ce travail a également transformé ces écoles en lieu d’innovation urbaine. L’aménagement de ces espaces visait en effet à susciter la pratique sportive par des marquages colorés.

Ces projets ont suscité un effet d’entraînement à l’échelle de la ville. 250 000 habitants en plus se trouvent depuis 2007 à moins de 10 minutes à pied d’un espace récréatif. L’exemple est intéressant pour Bimby, en ce sens qu’il concrétise une vision urbaine.

L’animateur : Nous retrouvons finalement ce pointillisme à New York. La cohérence de ces interventions résulte moins d’un style ou d’une forme prédéfinie que d’une procédure. 

À télécharger : - 22 TED Acupuncture urbaine.pdf
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