Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 17 Septembre 2012

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Intervenant :

Christian WEILER, Architecte, Cab42 Architecture, strategy and design

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Introduction : 

Le projet SOLFERINO propose trois innovations en une maison individuelle, chacune raisonnée dans une logique de construction durable. Dans un contexte de réflexion sur l’étalement urbain, la maison SOLFERINO se veut compacte, de façon à être adaptée aux parcelles plus petites. Concernant sa performance thermique, elle s’avance sur l’avenir en proposant une performance passive voir positive (RT2020). Pour banaliser ses qualités, elle est imaginée économique, s’ouvrant vers un grand public, se qui s’est traduit en montage d’éléments préfabriqués. Avec ces trois qualités, SOLFERINO veut réconcilier la ville pavillonnaire avec la ville durable.

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Résumé :

Les nuisances de chantier engendrées par les phénomènes de densification pavillonnaires peuvent constituer un frein par rapport au voisinage. Dans ce contexte, un certain nombre d’innovations en matière de construction bois permettent de développer des projets s’intégrant rapidement, et avec des nuisances réduites, à la densification urbaine. Le projet de Christian WEILER se veut compact, pour s’adapter aux parcelles les plus petites. Il repose sur un système passif de production de chaleur. Enfin, visant un large public, il se traduit par un montage de panneaux en bois préfabriqués.

 

 

 

Retranscription :

 

Conférence de Christian WEILER, Architecte, Cab42, Architecture, strategy and design, BIMBY et construction bois

 

Benoît LE FOLL : Christian WEILER a travaillé sur un certain nombre d’innovations en matière de construction bois, pour développer des projets s’intégrant à la densification urbaine. Le chantier et les nuisances de chantier engendrées par les phénomènes de densification représentent un enjeu essentiel. Ils peuvent constituer un frein par rapport au voisinage.

 

Christian WEILER : Je suis architecte d’origine néerlandaise, installé en France depuis 2003. J’ai d’abord vécu à Paris, et depuis 2009, je vis à Bordeaux. Je vous présenterai le projet que j’ai conçu en réponse à un concours lancé par Domolandes, pôle de compétences et d’accompagnement des entreprises pour la construction durable. L’appel à porté sur des innovations en matière de construction durable.

 

Ma participation à cet appel à projets m’a incité à formaliser trois idées auxquelles je réfléchissais depuis un moment. Premièrement, à mon arrivée en France, j’ai redécouvert une dimension perdue aux Pays-Bas, à savoir l’artisanat sur le chantier. Ce dernier confère une flexibilité aux travaux. Aux Pays-Bas, le manque de temps et de budget ne permettait pas de procéder à ce type d’aléa sur le chantier. La préfabrication était dominante, même pour des petits volumes. Deuxièmement, en arrivant dans le sud-ouest, j’ai été étonné par la richesse des champs des pins, des landes, et par la signification de ces richesses en termes de ressources de construction durable. Il s’avère que ces pins sont difficilement exploitables en raison d’un éparpillement de la propriété, qui rend difficile l’organisation des flux. Par ailleurs, ce bois n’est pas de bonne qualité. Il n’empêche qu’il reste un potentiel à développer. Enfin, j’ai pris conscience du potentiel de développement de la ville de Bordeaux, qui communique beaucoup sur la construction de logements visant à accueillir les nouveaux habitants arrivant avec la LGV. Le renouvellement urbain se concentre beaucoup sur le centre ville et les communes situées dans la proximité directe. Cela m’a conduit à m’interroger sur la situation des zones péri-urbaines. Si on le compare avec les zones méditerranéennes, marquées par une sorte de coagulation et de perte de paysage, le sud-ouest est encore très compact. Ainsi, sur cette carte, vous voyez que la ville de Bordeaux ne touche pas encore le bassin d’Arcachon.

 

Ma problématique consiste à réfléchir aux moyens de maintenir la ville compacte malgré l’accroissement de la population. Mon point de départ a donc été de construire une maison individuelle, bien sûr en construction durable, donc performante sur le plan thermique, mais s’insérant également dans un urbanisme compact. Je me suis donc dirigé vers la préfabrication en bois.

Bordeaux s’est renouvelée au cours des dix dernières années. Elle est une ville très attractive, ce qui a un impact sur les prix immobiliers : les prix très élevés au centre tendent à s’adoucir vers la périphérie. Cette pression foncière provoque un étalement.

Par ailleurs, la France est marquée par une culture de la maison individuelle. Une étude publiée par l’Insee en 2006 montre qu’en France métropolitaine, le taux de maisons individuelles s’élève à 56 %, contre 43 % de logements collectifs. Sur le volet thermique, le bâtiment est à l’origine de 43 % de la consommation d’énergie et la maison individuelle est à l’origine de 60 % des consommations d’énergie. En conséquence, la maison individuelle consomme 25 % de l’énergie. Il s’agit donc d’un fort enjeu.

La construction périurbaine durable ne pose pas seulement des questions de consommation d’énergie. Il s’agit également de mettre en place un urbanisme cohérent avec un paysage intégré, une architecture adaptée et un dialogue avec les habitants.

Le cahier des charges de l’appel à projet pour un périurbain durable contient les mots-clefs suivants : compact, vert, citadin, évolutif, thermique.

La maison du futur se basera sur la performance passive : une forte isolation thermique, l’étanchéité à l’air, la captation de tous les apports solaires possibles, ainsi que les apports des habitants dans la maison en matière de chaleur. Les systèmes passifs de production de chaleur doivent être banalisés pour qu’ils deviennent accessibles à tous. Cela implique de communiquer et faire en sorte que les prix baissent. Ces techniques, conçues en Allemagne ou en Suède, requièrent d’être adaptées aux habitations du sud, souvent en pierre, dotées de petites ouvertures. Les plans des habitations du sud sont souvent très vitrés vers le sud, et en forme de U. Cela crée une synergie avec un urbanisme que l’on n’a pas encore conçu aujourd'hui. Tous les U sont orientés vers le sud. Cette contrainte particulière sera à étudier lorsque l’on cherchera à densifier.

 

Un chantier classique peut répondre à de nombreux aléas sur le chantier même, mais peut difficilement répondre à la nécessité d’avoir des performances accrues dans le détail. Tandis qu’un travail en laboratoire ou en usine permet d’obtenir des composants plus performants. La préfabrication évoque en général des objets identiques, mais les machines actuelles sont capables de produire des objets très variés. Les systèmes de préfabrication du bois présentent des avantages importants : une étanchéité à l’air intégrée dans le panneau, une plus forte inertie que l’ossature bois et une fabrication à partir de bois de relativement faible qualité. Ainsi, sur un chantier dont les fondations seraient posées, le volume peut être érigé en deux jours. Des panneaux prédécoupés sont livrés en camion. Les études préalables jouent un rôle important doivent être poussées. Il me reste à trouver des partenaires pour développer mon projet et créer une maison pilote.

 

De la salle : Je vends des terrains à bâtir dans le Morbihan en Bretagne. On parle depuis longtemps de la filière bois. Pourtant, je m’aperçois que les primo-accédants ne peuvent pas en acheter. Le bois semble davantage réservé aux secondo-accédants. Le problème du coût global d’une maison en bois n’est-il donc pas résolu aujourd'hui ? Trouve-t-on des actions concrètes aujourd'hui pour lancer la filière ?

 

Christian WEILER : Il s’agit d’un produit innovateur, situé en amont des réglementations. C’est pourquoi il s’avère forcément plus cher. Il convient donc de continuer à développer cette technologie, apprendre des retours d’expérience, nouer des partenariats, pour se préparer à la réglementation thermique annoncée pour 2020. Ce n’est qu’à travers de tels projets que nous pourrons banaliser le prix d’un triple vitrage, actuellement hors de prix. Mon objectif à ce stade n’est pas de proposer ce produit, mais de le développer pour l’avenir.

 

De la salle : A mon sens, une grande partie de la restructuration des lotissements des années 1970 méritera des agrandissements plutôt que la construction d’une deuxième maison à côté. Or, il est indispensable d’assurer une cohérence, dans un lotissement réhabilité, entre l’architecture existante et son amélioration. Cette cohérence requiert un responsable unique sur une zone donnée, pour ne pas déboucher sur 50 architectures différentes sans cohérence les unes avec les autres. Je n’ai pas connaissance d’études à ce sujet. Je m’en étonne. Certes, la liberté est importante, mais ce type de projets requiert également beaucoup de compétences et d’intelligence. Cela ne peut se faire qu’en présence d’un responsable unique.

 

Benoît LE FOLL : Dans le cadre du financement de ses projets de recherche, le CAUE 27 expérimente actuellement une maîtrise d’œuvre urbaine en continu, dotée d’un référent unique chargé du suivi. Ce dernier jouera un rôle clé dans la cohérence globale.

À télécharger : - bimby-cab42-solferino-bois.pdf
- 33 TED Bimby et construction bois.pdf

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