Catégorie Bimby +

Auteur(s) : - Hugo Receveur
- Thomas HANSS

Contributeur(s) : - Bruno Sabatier

Publié le 02 Mars 2012

Notions clés :
> 19 millions de maisons
> construire sans manger sur les espaces naturels et agricoles
> nouveaux métiers

Atelier pédagogique à Blois, ENSNP

L'intervention portait sur la méthodologie à mettre en place dans des démarches de projet de paysage, dans le cadre d’un travail de fin d’études à l’École Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage de Blois (www.ensnp.fr).

Suite au travail d’évaluation du gisement urbanistique de l’Agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines (mission menée dans le cadre du projet ANR BIMBY), ainsi qu’à leurs différentes recherches concernant l’évolution pavillonnaire et le paysage, Hugo Receveur (La Motrice – Paysage & Urbanisme) et Thomas Hanss (Architecture des Paysages), ont mené une journée d’atelier avec les élèves de cinquième année de l’École Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage de Blois (l'école délivre le titre d’ingénieur paysagiste au terme de cette cinquième année, au travers d'un projet que  chaque étudiant développe sur un site choisi).

L’objectif de l’atelier était de sensibiliser les élèves à la question de l’évolution des tissus pavillonnaires mais aussi d’alimenter et de stimuler leur démarche en leur présentant plusieurs méthodes de travail, développées notamment pour la recherche BIMBY.

 

Les tissus pavillonnaires et le paysage : l’expérience de l’étude du gisement urbanistique de Saint-Quentin-en-Yvelines

Il peut sembler, au premier regard, que le projet de recherche BIMBY n’a pas pour objet la question du paysage. Dans la recherche d’un urbanisme reposant sur la division parcellaire  et les initiatives individuelles, on pourrait effectivement se demander où se trouve la part du paysage, qui plus est lorsque l’objet central des questionnements est le tissu pavillonnaire existant. Assurément pour certains, le paysage correspond à une qualité apportée par les espaces verts au sein d’un quartier. En effet, pour une majorité de professionnels du paysage (qui sont prescripteurs, auprès des collectivités, des formes d’aménagement jugées souhaitables en terme de qualité), les tissus pavillonnaires restent associés à l’idée d’étalement et d’empiètement sur les espaces naturels et agricoles. Alors que ce raccourci attribue aux tissus pavillonnaires le statut de menace pour le paysage, ils sont en outre souvent perçus comme des paysages de l’« entre-soi », d’un repli individualiste, pour apparaître comme une forme de paysage urbain jugé « dégénéré », symptomatique d’une perte du sens de l’appartenance à une société. Ces griefs des défenseurs du paysage vis-à-vis de ce mode d’urbanisation, relèvent d’une pensée dominante diffusée et enseignée dans les milieux à la fois du paysage, de l’urbanisme, de la politique et de l’architecture.

Pourtant les pistes développées lors de l’étude du gisement urbanistique des tissus pavillonnaires de la CASQY ont pu démontrer que le mode de développement urbain soutenu par la démarche BIMBY peut se révéler un outil pertinent au service du projet de paysage. Ce sont les aspects caractérisant aujourd’hui la démarche BIMBY qui énonce des principes familiers à la démarche transversale du projet de paysage, et à la pratique du paysagiste-concepteur : l’open-source (profession tournée par essence vers le pluri-disciplinaire et le partage des connaissances), le démocratique (l’espace public) et le sur-mesure (la pratique de la conception à des échelles varies, du détail au territoire).

L'approche par le paysage et l'analyse du territoire fut au cœur de l'étude mené sur le gisement de la CASQY, il s'est révélé pertinent pour penser l'évolution et la recomposition urbaine de tissus pavillonnaires souvent dépourvus de liens contextuels (au sens géographique...). Issus d'une conception technique et pragmatique (où faire passer les réseaux, comment desservir les parcelles à moindres coûts,...), rares sont les tissus pavillonnaires qui savent tirer parti et servir le paysage dans lequel ils s'inscrivent.

Lors de cette étude, il est apparu que la définition de la charpente paysagère [1], outil-clé développé par les paysagistes afin de concevoir des projets de territoire, permet, lorsqu’elle est croisée avec la charpente urbaine et les perspectives de développement des communes, de définir un nouveau cadre directeur : la charpente paysagère de densification. Cette charpente de densification permet de retisser des liens entre un cadre environnemental et un développement urbain, au sein même des tissus pavillonnaires, en orientant de façon qualitative et quantitative leur évolution : maîtriser les continuités paysagères, générer des situations d’îlots, composer avec une trame de déplacements doux...

 

BIMBY, un levier d’action pour la préservation et l’amélioration des paysages

Le mode de développement BIMBY apporte de solides réponses à des enjeux paysagers et urbains qui préoccupent particulièrement la profession de paysagiste, en définissant des moyens concrets et des actions positives, en termes de pratiques : environnementales (limitation de l'étalement urbain, valorisation des biotopes,...), sociales (reconnaissance et valorisation d'un mode d'habiter, respect de l'histoire moderne des populations et de la construction sociologique des lieux = sociotopes,...), politiques (urbanisme démocratique et habitants co-concepteurs du devenir de leur environnement), économiques (viabilité du processus pour le public et le privé), et urbanistiques (recyclage / revalorisation de tissus urbains stigmatisés et aujourd’hui non considérés comme territoires de projet à part entière au service d'une ville durable).

La valorisation, la préservation et l’amélioration du paysage (qu'il soit reconnu, en zone urbaine, péri-urbaine ou rurale) nécessite souvent la préservation d'espaces vides de constructions, lesquels ménagent des transitions entre des espaces de qualités différentes et assurent la lisibilité des grandes structures du paysage (géographiques, urbaines, humaines, ou naturelles...). Or même si la nécessité de développement du parc de logement justifie l'empiètement du domaine bâti sur ces vides, elle doit permettre aussi de se poser la question de leur conservation en tant que bien commun (jardin de quartier, micro-parking...). Le mode de développement BIMBY, donne aux urbanistes et paysagistes un véritable levier d'action et de projet pour un développement du parc de logement qui n’empièterait pas sur les espaces de continuités paysagères. Le développement BIMBY peut devenir un outil majeur de la protection et de la valorisation des paysages urbains, péri-urbains et ruraux. C’est alors un outil pertinent, et supplémentaire, dans la boite à outils urbanistique et territoriale du paysagiste.

Il est utile de rappeler qu’est entrée en vigueur en France, depuis le 1er juillet 2006, la convention européenne du paysage (dite convention de Florence), laquelle appelle de ses vœux la prise en compte des paysages périurbains comme territoires de projet et appelle à la participation in-extenso des populations à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques d’aménagement [2].

La question de la mise en œuvre des politiques de paysage telles que définie par cette convention est un des enjeux contemporains de la profession de paysagiste. Si pour le moment ces orientations étaient restées lettres mortes, fautes d’outils et de méthodes permettant de les mettre en œuvre, elles pourraient bien trouver un champ d’application et d’expérimentation dans les démarches à mener sur les tissus pavillonnaires de notre pays, un territoire que peu de personnes auraient jugé comme un levier de politiques de paysage innovantes.

 

Les étudiants et la démarche BIMBY : de l’enthousiasme et des besoins de méthodes

Cette journée d’atelier aura permis aux étudiants de découvrir diverses méthodes au service du projet de paysage, dont les outils développés lors de l’étude menée pour le projet de recherche BIMBY. Leurs retours démontrent un intérêt certain pour cette démarche leur permettant de se saisir de façon concrète des thèmes qui sous-tendent leur implication professionnelle (le « recyclage » urbain, la transformation de friches urbaines, la mutation de quartiers sociaux, la préservation patrimoniale des paysages, la question de la participation des habitants lors de la conception des projets,…). Il en est ressorti également l'attente d’une transmission plus poussée de ces méthodes de travail et d’approche du projet de paysage.

Alors que cet atelier pédagogique semble encore une exception à ce jour en tant que présentation de la démarche BIMBY dans une école de paysage française [3], le fait que la recherche BIMBY fédère de plus en plus de professionnels pose la question de la diffusion des outils méthodologiques qui permettent sa mise en œuvre, et qui sont à ce jour peu débattus dans les cursus des professionnels qui travailleront demain à la construction de nos villes et de nos territoires.


 

[1] Références : Atlas des Paysages des Yvelines (78) par Alain Freytet et Alain Mazas ; Atlas des Paysages de Seine et Marne (77) par Alain Freytet et Claude Chazelle.

[2] Extrait de la définition du paysage, proposée par la convention de Florence  : « La perception sensorielle (visuelle, auditive, olfactive, tactile et gustative) et émotionnelle que les populations ont de leurs lieux de vie et la reconnaissance de leur diversité et spécificité historiques et culturelles sont essentielles pour le respect et la sauvegarde de l’identité des populations et l’enrichissement individuel et social. Elle implique une reconnaissance des droits et des devoirs des populations à jouer un rôle actif dans les processus d’acquisition des connaissances, de décision et de gestion de la qualité des lieux. L’implication des populations dans les décisions d’intervention et dans leur mise en œuvre et leur gestion dans la durée est considérée non pas comme un acte formel mais comme partie intégrante des processus de protection, de gestion et d’aménagement.” (http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/176.htm)

[3] Comme le suggère son cadre : un cycle de séminaire intitulé “yes we can”.

L’urbaniste :

Cliquez pour voir ce qu'ils en pensent

> L'habitant

> L'urbaniste

> L'élu

> La filière

Atelier “Yes We Can”
gisement urbanistique Saint-Quentin-en-Yvelines
Programme d’Aménagement de Bourg
Protomotifs urbains