Catégorie Presse

Publié le 07 Septembre 2011

Article de Marina Caetano Viellard, paru dans Urbapress le 7 septembre 2011.

Source(s) : Urbapress

Notions clés :
> division parcellaire
> donner une nouvelle vie aux tissus pavillonnaires existants
> NIMBY VS BIMBY

Le projet de recherche BIMBY encourage les propriétaires de maisons individuelles à diviser leur parcelle pour construire une nouvelle maison. C'est, pour les collectivités, une possibilité de densification urbaine sans maîtrise foncière, moyennant une évolution des mentalités grâce à un travail participatif.

L'équipe du projet de recherche BIMBY (« Build in my backyard », en opposition au syndrome Nimby, « Not in my backyard »)[1] développe son argumentaire sur le site www.bimby.fr. Objectif : développer une véritable filière de densification ubaine axée sur le renouvellement des tissus pavillonnaires existants. « site met à disposition tout ce que nous produisons en matière de recherche. Nous disposons déjà d'éléments qui permettent une communication assez large », expose Benoît Le Foll, ingénieur architecte au ministère de l'Ecologie, pilote de ce projet avec David Miet (CETE Ile-de-France).

Sélectionné en 2009 par l'Agence nationale de la recherche dans le cadre de son appel à projets « Villes durables », le programme de recherche BIMBY, part du principe que « habitants des quartiers pavillonnaires existants peuvent libérer de nombreux terrains à bâtir dans des territoires stratégiques pour les communes, si l'on décide de faire l'urbanisme avec eux ». Il analyse les potentiels et les modes d'intervention possibles, à travers « réflexion théorique et des expérimentations avec diverses collectivités ». Les travaux doivent durer jusqu'en décembre 2012. Le programme dispose d'un budget de 3,1 millions d'euros et est soutenu par une dizaine de partenaires publics : Communautés d'Agglomération de Rouen et de Saint-Quentin-en-Yvelines, CAUE de l'Eure, Ecoles nationales supérieures d'architecture de Paris Belleville, Rouen et Marseille, LATTS (ENPC) et RIVES (ENTPE), ainsi que deux bureaux d'études du Réseau Scientifique et Technique du MEEDDTL : le CETE Normandie Centre (pilote du projet) et le CETE Ile-de-France (co-pilote).

« Nous avons des expériences en cours avec des communes qui avaient déjà largement déréglementé leur PLU », indique Benoît Le Foll. Un assouplissement du minimum parcellaire ou des exigences séparatives permet d'observer une densification par construction de maisons individuelles, mais celle-ci est « aléatoire », alors que l'intérêt de BIMBY est de « construire un projet urbain avec initiative personnelle ». Le projet vise à encourager les propriétaires de maisons individuelles, à travers de nouvelles règles d'urbanisme et un accompagnement personnalisé, à diviser leur parcelle dans l'optique de construire une nouvelle maison, en « ciblant les moments où les intérêts individuels et collectifs se rejoignent ».

L'équipe analyse, avec les collectivités dont le PLU est en cours de construction, comment intervenir à travers de « modes de concertation ». Ainsi, au Tremblay-sur-Mauldre, commune rurale des Yvelines, « préalable à la révision du PLU, nous avons proposé aux habitants un entretien d'une heure avec un architecte, pour réfléchir sur l'avenir de leur parcelle. Vingt-cinq pour cent se sont déplacés et 80 % d'entre eux nous ont fait dessiner un à deux logements en fond de jardin », expose Benoît Le Foll. Ces résultats - un potentiel d'environ 90 logements sur dix à quinze ans – sont encourageants, car ils signifient que « mode de développement permettrait de répondre aux nouveaux besoins de la commune ». Par ailleurs, ce type de travail participatif « le rapport entre l'habitant et l'urbaniste ».

Un important potentiel de division

Les besoins suscitants une division parcellaire peuvent être aussi divers que, pour un couple, construire un studio pour un enfant, pour des personnes âgées bâtir une maison plus petite et mieux adaptée, pour d'autres d'accueillir ses parents, ou simplement vendre une partie du terrain... A Tours et dans l'agglomération de Rouen, « élus s'approprient le mode de travail » et l'équipe de BIMBY travaille avec les agences d'urbanisme afin de « définir de nouvelles stratégies de concertation ». « certaines communes de première couronne de Rouen, jusqu'à 35 % des habitants ont plus de soixante ans et occupent des parcelles de plus de 800 m2. De nombreuses mutations sont envisageables dans dix à quinze ans, le potentiel foncier par division est important. Le moment est adapté pour insuffler cette politique de reconstruction dans les jardins ».

Selon le pilote du projet, de plus en plus de territoires souhaitent se lancer dans cette démarche. Le PNR (Parc naturel régional) de la Vallée de Chevreuse a prévu de financer auprès des communes l'approche des habitants pour proposer une concertation. Le PNR du Vexin organise également une réflexion avec un groupe d'élus. Clichy- Montfermeil (Seine-Saint-Denis), la communauté de communes de Vitré (Ille-et-Vilaine), Marseille, Rennes, Tours, ont déjà entamé des réflexions sur le sujet. « est une clef pour lutter contre l'étalement urbain tout en répondant à l'exigence de construction. Ce mode de développement est perçu comme un complément non négligeable aux procédures plus lourdes de construction de la ville ». Une nouvelle approche qui part de l'initiative individuelle et permet des stratégies urbaines sans maîtrise foncière, dans le cadre d'une planification plus souple : « avons une oreille bienveillante de Benoist Apparu, qui insère BIMBY dans la démarche d'urbanisme de projet », se félicite Benoît Le Foll.

La France compte 19 millions de maisons individuelles, avec des parcelles moyennes de 1 300 m2 et médianes de 600 m2. Potentiel de constructivité, BIMBY représente aussi un potentiel de valorisation foncière, qui ne va pas sans poser la question de la répartition de la plus-value et du besoin en équipements que peut susciter une nouvelle densité. 


[1] « Construire dans mon jardin », en opposition à « Pas dans mon jardin ».