Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - Thomas HANSS
- Beaudu Eric

Publié le 15 Mai 2013

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

BIMBY : nouveau paysage, nouvel espace public

 

Animateurs :

Thomas HANSS, paysagiste, Société d’architecture des paysages et Hugo RECEVEUR, paysagiste, La Motrice Paysage et urbanisme

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Intervenants :

Xavier LEMOINE, Maire de Montfermeil

Eric BEAUDU, Urbaniste

 

 

Introduction : 

 

 

Faire un état des lieux des représentations du pavillonnaire, de son rapport au paysage et à l’espace public, pour ensuite le questionner et l’envisager comme un territoire de projet. Partant des représentations contemporaines partagées sur le pavillonnaire, les intervenants proposeront leurs propres représentations, issues de leurs expériences  et d’études menées sur le tissu pavillonnaire, le paysage et l’espace public. La déconstruction de lieux communs sur la question pavillonnaire par la recherche- action menant à l’élaboration de nouvelles représentations sera le socle d’un échange entre intervenants paysagistes, élu et urbaniste représentant de maîtrise d’ouvrage.
 
 

 

Résumé :

 

 

BIMBY est une démarche de densification douce, progressive, des tissus pavillonnaires existants par la maison individuelle. L’idée la plus courante dans l’urbanisme consiste à considérer l’espace pavillonnaire comme un lieu de moindre intérêt pour l’espace public, un espace de non-ville et de non-paysage . L’atelier vise à présenter différents points de vue sur l’espace pavillonnaire considéré comme un paysage qui demande à être investi par les habitants et les spécialistes du sujet.

La Ville de Montfermeil en Seine-Saint-Denis comporte 70 % de pavillons généralement construits dans des lanières correspondant au découpage en lots à bâtir de grandes propriétés au début du XXem siècle. Cependant, l’enclavement de la ville située à 15 kilomètres de Paris, éloignée des principales voies de communication, et la densification des parcelles, ont entraîné une dégradation du tissu pavillonnaire et collectif en copropriété qu’il convient de réaménager.

 

La démarche BIMBY menée à Montfermeil a permis de constater que 2 parcelles sur 3 peuvent accueillir un nouveau logement, soit une capacité de création de 100 logements par an. La parcelle n’apporte pas une qualité majeure à l’espace public dans 70 % des cas. Dans 20 % des cas, des éléments liés à un traitement intéressant du seuil entre espace public et espace privé apportent de la qualité au cadre de vie. Les 10 % des parcelles restantes sont celles qui comportent des éléments structurants du tissu pavillonnaire qu’il convient de maintenir pour préserver pour la qualité de vie : façade végétale, végétation sur l’espace public, arbre remarquable, façade repère, verger, jardin d’habitant paysagiste, etc.

Les photographies aériennes ont permis de recenser quatre types de jardins à Montfermeil : les dominantes à jardin paysagers, la dominante à potager, la dominante pelouse/espace libre, la dominante sans jardin. Un scénario de croissance du parc pavillonnaire de 1 ou 2 % par an entraîne, pour une parcelle de 85 maisons en 2012, l’ajout de 8 maisons à l’horizon 2022. Une hypothèse haute de croissance de 2,5 % donne 21 maisons supplémentaires sur dix ans, pour un total de 106 maisons en 2022. Enfin, la construction d’une strate en cœur d’îlot donne 15 maisons constructibles sur cette parcelle.

Les paysagistes se posent la question du recensement des éléments structurants des tissus pavillonnaires, en concertation avec les habitants, et des voies réglementaires qui permettraient de les préserver.

Une expérience menée dans le quartier pavillonnaire d’un village de l’Allier a permis de constater que les habitants se sont approprié leur quartier en construisant un espace pour les enfants dans un bosquet public, et en créant un lien social entre eux avec l’aide de la mairie.

Les paysagistes présentent plusieurs exemples de création du lien social dans des tissus pavillonnaires denses aux Etats-Unis et en France, où certains pavillons sont transformés selon les cas en magasin d’alimentation, école pour cours particulier, foyer d’accueil de personnes autistes ou âgées, etc.

Dans le cadre d’une étude liée à l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, les paysagistes se sont demandé comment conserver la qualité paysagère et permettre l’évolution des tissus qui ont intérêt à évoluer. La concertation avec les habitants vise d'une part à éviter la dégradation des tissus existants par la densification, et d'autre part à recenser les besoins des habitants dans le rapport au paysage.

Un architecte suggère d’étudier comment restituer de l’espace privé à l’espace public en concertation avec les habitants. A ce sujet, il est signalé que l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines a offert la possibilité d’ouvrir des droits à construire aux propriétaires qui accepteraient de céder une partie de leur terrain au public.

D'une manière générale, il est suggéré de favoriser la concertation entre les habitants pour permettre aux habitants de franchir les îlots sans danger, en étudiant comment certains habitants peuvent céder un droit de passage ou un morceau de parcelle.

L’énergie déployée par BIMBY doit permettre d’intégrer la notion de mutualisation de l’espace et de favoriser le développement de flux partagés.

Un projet de densification du tissu pavillonnaire mené dans le Bas-Rhin consiste à créer quelques poches au sein des îlots, reliées les unes aux autres, et donner un morceau de terrain au propriétaire pour favoriser la densité sur une limite séparative, ou accorder une possibilité de surélévation.

Les élus jugent difficile de mettre en place des démarches aussi structurées étant donné que certains PLU coûtent 20 000 euros aux communes de son territoire.

Il est remarqué en conclusion qu’il existe plusieurs pistes pour financer ces expérimentations : le PNR de la Haute Vallée de Chevreuse finance à 70 % les études des communes qui souhaitent mener cette démarche, l’ADEME s’intéresse aux diagnostics énergétiques dans une démarche de rénovation de l’existant, les Conseils généraux s’intéressent au vieillissement de la population et à l’aide à la personne, etc.

 

 

Retranscription :

 

Conférence de Thomas HANSS, Société Architecture des paysages: Règles de gabarits et règles de densité, quels croisements pour des scénarios Bimby ?

 

Thomas HANSS : L’atelier se déroulera en deux temps. Je présenterai dans un premier temps les différents intervenants. Tout d'abord, nous commencerons par une demi-heure de présentation d’éléments de réflexion, à la suite de quoi nous échangerons. Nous comptons sur vos remarques selon un principe d’atelier, et non de présentation magistrale. Nous présenterons des cas parfois très concrets, très particuliers, qui ne s’appliquent éventuellement pas à tous les territoires.

L’atelier est intitulé : « Bimby, nouveau paysage, nouvel espace public ». Ce titre peut être compris de deux manières qui seront les deux axes préliminaires de notre présentation. Tout d'abord, il convient de rappeler que la démarche Bimby est la densification douce, progressive, des tissus pavillonnaires existants par la maison individuelle. Cette perspective peut être entendue d'une part comme une représentation positive des quartiers pavillonnaires, en s’inquiétant de la manière dont la densification peut dégrader la qualité de vie. Une représentation négative d’un tissu pavillonnaire amène à s’interroger sur la relation entre ce tissu pavillonnaire, le paysage et l’espace public. La communication majeure sur l’espace pavillonnaire consiste à le considérer comme un organisme hors-sol, comme le royaume du privé, c'est-à-dire un lieu de désintérêt pour l’espace public.

Pour parler de ce sujet, j’ai la chance d’avoir trois personnes à mes côtés. Xavier Lemoine, Maire de Montfermeil, est le Président de la communauté d’agglomération Clichy-Montfermeil, le Président du Conseil National des Villes, et l’ex-vice-président de l’association des maires d’Ile-de-France.

Eric Beaudu est urbaniste chargé d’étude de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines. Xavier Lemoine vient présenter le point de vue d’un élu, ses problématiques, ses attentes et ses doutes vis-à-vis de BIMBY. Eric Beaudu assiste à cet atelier avec une double responsabilité. La Communauté Saint-Quentin-en-Yvelines est partenaire du projet de recherche qui baigne depuis trois ans dans le projet BIMBY. Pour autant, c’est aussi une personne qui travaille quotidiennement dans des problématiques d’élaboration de PLU pour faire évoluer le tissu pavillonnaire de Saint-Quentin-en-Yvelines.

 

Hugo Receveur est paysagiste au sein de son atelier La Motrice Paysage et Urbanisme. Il est diplômé d’un master II philosophie Architecture et urbanité de l’Université Lyon III. Il a travaillé sur l’étude pilote menée à Saint-Quentin-en-Yvelines au début du projet de recherche. Il continue à s’investir dans les thématiques liées au projet Bimby, notamment dans les territoires ruraux comme l’Auvergne. Nous nous situons lui et moi dans des thématiques légèrement différentes.

 

Je suis également paysagiste exerçant en libéral dans la Société d’architecture des paysages. J’ai travaillé avec Hugo Receveur sur l’étude de la CASQY lancée au début du projet BIMBY, et je travaille actuellement dans le cadre d’un contrat pour le projet ANR sur une étude dirigée par le CETI Ile-de-France et l’Ecole d’architecture de Paris Belleville pour le compte de la commune de Montfermeil.

 

Je transmets la parole à Xavier Lemoine.

 

Xavier LEMOINE, Maire de Montfermeil : En préambule, je remercie les « Bimby boys » de leur invitation à témoigner de ce que Bimby a apporté ou apportera à la ville de Montfermeil. Je situerai très rapidement les enjeux de ma ville, les problématiques auxquelles nous sommes confrontés après vous avoir découvert par un coup de chance. La qualité de la démarche BIMBY est assez réconfortante pour un élu.

Je présenterai rapidement la ville de Montfermeil. La ville de Clichy-sous-Bois connaît des problématiques légèrement différentes. Nous sommes situés sur un plateau dominant de Seine-Saint-Denis : nous voyons les oreilles de Mickey, par très beau temps la tour de Montlhéry, les avions de Roissy. L’agglomération se trouve à 15 kilomètres de Paris, autant de Roissy et Marne-la-Vallée, au cœur du triangle le plus riche de France et d’Europe, bien que nous connaissions les difficultés sociales et urbaines les plus aigües de France.

Nous sommes situés en bordure des 350 hectares aménagés de la forêt de Bondy (dont il reste 1 000 hectares). La ville dispose de 40 hectares de parcs et forêts entretenus par la commune. L’habitat est constitué de 30 % d’habitats collectifs et 70 % de pavillons. Montfermeil compte un patrimoine architectural de grande qualité. Montfermeil était un village de vignerons doté d’un château et d’un immense parc. Le slogan est « Montfermeil, ville arboretum », axe privilégié pour communiquer auprès de l’extérieur.

Quels sont les enjeux de notre territoire ? Nous avons notre lot de quartiers dégradés sous statut de copropriété. L’Agence Nationale de renouvellement urbain a investi dans les deux villes 650 millions d'euros investis et engagé 2000 démolitions, autant de reconstructions. Cela nous a occupés des années 80 à aujourd'hui. Ce matin, Cécile Duflot et Monsieur Lamy se trouvaient à Clichy-sous-Bois pour signer un protocole pour Le Chêne Pointu pour la transformation de 1 500 logements en logements sociaux.

Nous avons un centre-ville du XIXe siècle. Il y a eu deux opérations de renouvellement urbain dans ce centre. Là aussi, un certain nombre de problématiques apparaissent. Nous avons également un problème important d’enclavement. Les 6000 logements en copropriété ont été mis sur le plateau sous la promesse d’une autoroute, l’A87, qui devait relier Roissy à Marne-la-Vallée. La population a quitté les lieux après que le projet d’autoroute ait été abandonné.

Nous avons deux projets majeurs de désenclavement importants avec la mutation du pavillonnaire et sa densification. Le premier est lié au prolongement du Tramway T4 de Livry-Gargan à l’hôpital Montfermeil, qui permettra d’aller jusqu’au RER E en direct. Le second projet de désenclavement est l’axe Noisy le champs/Bourget, qui coûterait 2 milliards d'euros, dans le prolongement rapide de celui entamé au sud de l’Ile-de-France.

Le quartier et le centre-ville en difficulté comprennent 70 % de pavillonnaire, sur un parcellaire de 500 mètres carrés, un ancien parc avec des arbres anciens, et une qualité de paysages avérés. Je suis Maire de la commune depuis dix ans. Le pavillonnaire est rongé par un mal silencieux depuis dix ans, qui est amplifié par la perspective du Grand Paris et la nécessité qui l’accompagne d’une densification. Nous tâcherons d’accompagner cette situation.

Quels sont les symptômes du mal silencieux ? C’est une disparition des terrains de 500 mètres carrés. Nous comptions encore sur la commune des terrains de 1000 à 2500 mètres carrés. Ces terrains ont été divisés par sous-multiples de 500 mètres carrés. Ces grandes propriétés manquaient au paysage.

 

Ensuite, nous avons assisté au détachement des parcelles infra-unités parcellaires de base. Par exemple, un terrain de 700 mètres carrés résultant d’un partage donnait grâce aux artifices connus des géomètres 500 mètres carrés acceptables, mais difficiles à vivre. Nous avons subi plusieurs dizaines de détachements similaires par an. Nous notons une croissance des constructions de piètre qualité architecturale du type « boîte de chaussure un peu triste » qui atténue le caractère agréable du pavillonnaire.

Nous avons assisté à la disparition des arbres, haies et jardins, au bétonnage, au gravillonnage, à la disparition des perspectives visuelles, au morcellement des pavillons en appartements, à l’utilisation et la surexploitation des combles et sous-sol générant conflits de voisinage, insalubrité, marchands de sommeil, etc. En outre, cette densification génère des difficultés en termes de stationnement de voitures, étant donné que le mouvement ne s’accompagne pas de la création de places de parking.

Depuis la loi SRU, la maîtrise du parcellaire de base a été très écornée. Nous nous trouvions à cours d’outils intelligents. Nous pouvions bloquer tout en étant détournés. Nous avons souhaité engager une réflexion de fond sur la manière d’accompagner la mutation du pavillonnaire par une nécessaire densification. Les propriétaires d’une parcelle de 500 mètres carrés sont moins nombreux et ces espaces correspondent moins aux besoins actuels.

Nous avons rencontré Bimby, nous avons échangé. La réflexion qui sera exposée aujourd'hui me montre le sérieux et la qualité des paramètres pris en compte pour un élu. A la veille des révisions de mon PLU, les représentants de BIMBY m’ont apporté des grilles d’analyse, de compréhension et d’accompagnement pertinents. Je vous remercie encore pour le travail accompli et la confiance que vous me faîtes.

 

Thomas HANSS : Nous avons abordé en séance plénière ce matin la démarche typologique de parcellaire et de compréhension du stock de maisons existantes. Nous allons plutôt aborder la question du paysage et de la qualité du cadre de vie.

La ville de Montfermeil compte 70 % de pavillonnaires, soit 5 700 maisons individuelles. Les îlots anciens réguliers sont issus de créations de lots d’anciens domaines viticoles. Les unités de 500 mètres carrés ont été divisées. Les îlots anciens sur le coteau sont de grandes lanières liées à d’anciens domaines viticoles. Il y a quelques lotissements modernes représentant une assez faible proportion du stock. L’intérêt de l’étude sur Montfermeil est que cette ville présentait des typologies de tissus pavillonnaires très homogènes, ce qui est fréquent en Seine-Saint-Denis, avec un principe d’îlots très homogène.

L’ancien régulier représente 70 % du stock de Montfermeil avec 3 300 maisons, les lotissements coteaux 15 % du stock avec 500 maisons, les lotissements modernes 8 % du stock avec 360 maisons, les maisons de bourg et groupées (maisons individuelles) 3 % du stock avec 140 maisons. L’une des particularités de la commune de Montfermeil est d’avoir un stock important de petites maisons de moins de 100 mètres carrés, sur des terrains de 500 mètres carrés, ce qui donne un COS réel de 0,2 %, relativement faible pour la Seine-Saint-Denis.

50 % du stock de maison de Montfermeil a été construit de 1905 à 1970, ce qui soulève des problématiques de rénovation thermique de ce parc ancien de bâtiments. Par ailleurs, il y a des aides à la rénovation thermique des bâtiments. En Seine-Saint-Denis, il apparaît des difficultés liées au fait que certaines personnes ne se chauffent pas. Il convient de mobiliser d’autres outils avec une population qui n’a pas nécessairement les moyens de rénover le parc bâti ancien.

Nous avons étudié comment les îlots actuels de Montfermeil se sont constitués. Le pavillonnaire résulte d’une stratification très progressive qui s’est interrompue lors de la mise en place du règlement d’urbanisme imposant un minimum parcellaire de 500 mètres carrés.

Sur l’ensemble du stock de maison, il y a eu un premier pic de construction entre les deux guerres mondiales, puis un second dans les années 70. Le stock actuel est moins exploitable. La question se pose aujourd'hui d’un besoin de densification ou d’accueillir davantage de population. Avez-vous évalué la cible de l’évolution de la population de Montfermeil ?

Xavier LEMOINE, Maire de Montfermeil : Je n’ai pas fixé d’objectif chiffré de population. Je ne me fixe pas de dépasser le seuil de 30 000 habitants supplémentaires sur le pavillonnaire, le tissu ancien et dans le cadre du renouvellement urbain, en fonction de l’arrivée des transports et de multiples paramètres. D'une manière générale, il ne faut pas poser ce genre d’objectif a priori. Les ambitions doivent être respectueuses et basées sur l’histoire de la ville, en particulier pour une ville polytraumatisée comme Montfermeil.

 

Thomas HANSS : La commune de Montfermeil occupe correctement son enveloppe. Il n’y a plus de possibilité d’extension. Nous pouvons nous poser la question de l’intérêt de faire croître la courbe de création de logements. A Montfermeil, 2 parcelles sur 3 peuvent accueillir un nouveau logement, soit une capacité de création de 100 logements par an.

Lors d’un entretien avec les agents immobiliers de la commune, il est ressorti que la commune de Montfermeil accueille des profils très différents. Le budget moyen des primo-accédant s'élève à 250 000 euros.

Nous avons profité de l’étude pour nous pencher précisément sur la qualité des quartiers pavillonnaires en termes de paysage et de cadre de vie, en recherchant ce qui apporte de la qualité à l’espace public. La brique élémentaire du pavillonnaire est liée à l’ambiance urbaine des rues.

Nos recherches révèlent que dans 70 % des cas, nous pouvons envisager une évolution du pavillonnaire par division de nouveaux bâtiments sans perdre la qualité de l’existant. En effet, la parcelle n’apporte pas une qualité majeure à l’espace public dans 70 % des cas. Dans 20 % des cas, des éléments apportent de la qualité au cadre de vie. Ces éléments sont liés à un bon traitement du seuil entre espace public/espace privé. L’intensification de ces secteurs pavillonnaires suppose d’influencer la dynamique d’évolution pour pré pour préserver et renforcer la qualité de l’existant. Dans 10 % des parcelles, il est nécessaire d’envisager la protection d’au moins un élément à forte valeur ajoutée pour la qualité du cadre de vie du quartier. Il conviendra d’étudier comment envisager ce point d’un point de vue réglementaire.

A Montfermeil, il y a très peu de rues plantées sur la voie publique. Les interventions sur la voierie n’apportent pas nécessairement beaucoup de qualité. Les rues de Montfermeil présentent une certaine qualité résidentielle avec beaucoup de végétation apportée par les parcelles privatives. Nous retrouvons des motifs récurrents dans le tissu pavillonnaire de cette ville : anciens bosquets, grandes masses végétales, etc.

Nous avons repéré divers éléments dont nous pouvons estimer l’apport sur la qualité de l’espace public : façade végétale (front sur rue constitué d’un arbre), végétation sur l’espace public, arbre remarquable de l’ancienne forêt de Montfermeil ou de parc, façade repère (diversité architecturale, éléments qui aident à se situer dans l’espace public), verger (les propriétaires laissent des éléments perméables depuis la rue), jardin d’habitant paysagiste (habitants qui travaillent les jardins), etc.

Bernard Lassus a effectué dans les années 70 un travail de recherche pour valoriser les jardins d’habitant exceptionnels, dont certains ont été classés aux monuments historiques. Ces jardins sont des repères d’une vie de quartier. Nous avons repéré des façades patrimoines repérées au PLU comme témoin de l’histoire de Montfermeil, des vues dégagées sur la forêt de Bondy, le Val de Marne et Disneyland, et des bosquets.

En conclusion, parmi les éléments qui apportent beaucoup de qualité à Montfermeil ont été classés les arbres remarquables, les façades végétales, les vergers, les jardins d’habitant paysager, la vue dégagée et les bosquets.

Nous avons, grâce aux photographies aériennes, étudié les usages des jardins de Montfermeil. Nous avons classé quatre types de jardin : les dominantes à jardin paysagers (parcelle où le propriétaire investit son jardin, qu’il a du temps ou de l’argent pour entretenir son jardin), le potager-verger (parcelles importantes en potager), la dominante pelouse/espace libre (espace restreint muni d’une terrasse), ainsi que la dominante sans jardin (certaines parcelles sont entièrement bétonnées).

Nous avons repéré quels types de jardins apportent tel type de qualité à l’espace public. Il apparaît des différences selon les îlots et les rues. Il y a parfois des successions d’interventions qui apportent de la qualité, et d’autres lots dépourvus de qualité.

La majeure partie des parcelles de Montfermeil sont plutôt peu investies. 10 % des parcelles présentent des apports majeurs à l’espace public. 20 % d’entre elles apportent un apport mineur à l’espace public avec un traitement a minima de la limite espace public/espace privé. Enfin, dans 70 % des cas, le traitement du pavillon n’apporte pas une qualité particulière à l’espace public.

Sur les 70 % de pavillons non essentiels, nous proposons d’effectuer des choix de scénarios pour améliorer la qualité de l’espace public avec une division, notamment par le traitement du front de rue. Dans 20 % des cas, il peut être intéressant de travailler sur une parcelle, une rue ou un îlot. Par exemple, il serait possible de planter des arbres sur la rue, sur les parcelles privatives, par le moyen de places de stationnement privatives accessibles depuis l’espace public, associées à des plantations d’arbre. Le muret qui assure le passage entre l’espace privé et l’espace public est placé en retrait d’un espace-tampon dédié au stationnement.

Nous avons repéré les rues dont la qualité est davantage liée à l’usage des parcelles privées ou aux plantations sur l’espace public. Nous avons également établi une stratégie d’îlot. Nous avons tenté de nous représenter le sens du 1 ou 2 % par an d’évolution du nombre de résidences par îlot et par an. En prenant l’hypothèse de départ, pour une parcelle de 85 maisons en 2012, 8 maisons pourraient être ajoutées à l’horizon 2022.

Nous avons pris une hypothèse haute de croissance de 2,5 %, soit la totalité des ajouts possibles de nouveaux logements, sans destruction de l’existant. Cette hypothèse donne dans cette parcelle 21 maisons supplémentaires sur dix ans, pour un total de 106 maisons en 2022. Enfin, la construction d’une strate en cœur d’îlot donne 15 maisons constructibles sur la parcelle.

Sur les 10 % des parcelles utiles à l’espace public, se pose la question d’une préservation équitable, afin de permettre l’évolution du tissu, sans pénaliser les gens dont le terrain est bénéfique à l’espace public. Diverses pistes réglementaires sont étudiées. Il se pose également la question du recensement des éléments qui apportent de la qualité. Le recensement d’éléments sur parcelles privées suppose de discuter avec les gens. J’étudie différentes pistes : travail avec les scolaires, en atelier avec les habitants, système élaboré permettant de commenter les projets. Ce travail est en cours. Il convient de s’interroger sur la manière de recenser des éléments qui apportent de la qualité. Nous discuterons ultérieurement de la meilleure manière de les préserver.

 

Hugo RECEVEUR, La Motrice Paysage et Urbanisme : Nous allons présenter des éléments avant de répondre à vos questions. Chacun de nous intervient dans les autres ateliers du colloque : Thomas Hanss sur les jardins privés et l’espace public, moi sur la question de l’urbanisme participatif et la mise en place de dispositifs d’étude en milieu rural. Nous tâcherons d’être brefs afin de vous laisser poser des questions et de développer les sujets en atelier.

 

Thomas HANSS, Société Architecture des Paysages : Le premier axe de la présentation portait sur une vision positive d’un tissu pavillonnaire. Durant la seconde partie de la présentation, nous allons questionner cette représentation. Peut-on parler de paysage au sujet de l’espace pavillonnaire ? Dans nos professions, nous avons appris à associer le pavillonnaire à des critiques. Par exemple, au mois de janvier 2012, Jean-Luc Debry a publié Le cauchemar pavillonnaire, présenté à la boutique du Moniteur. Le magazine Télérama a récemment sorti un dossier sur le pavillonnaire intitulé « Un rêve qui tourne mal ».

 

Hugo RECEVEUR : « Un monde pour soi » est un documentaire répondant à un appel à projet piloté par le PNR du Morvan. Plus précisément, il s’agit d’un film produit dans le cadre d’un appel à projets initié en 2008 par le Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire, à l’attention des Parcs naturels régionaux de France, avec le soutien du Fonds national d’aménagement du territoire. Ce documentaire sur le pavillonnaire est aujourd’hui largement primé en europe tout en tissant une image très sévère du développement de la maison individuelle contemporaine.

 

Thomas HANSS : Cette mission présente une vision plutôt renfermée du pavillonnaire.

 

Hugo RECEVEUR : Pour ma part, j’anime un local d’urbanisme participatif en Auvergne dans la ville de Pérignat-ès-Allier (63), où nous travaillons avec les habitants. Suite à la rencontre d’habitants, J’ai proposé à la commune de m’intéresser à la question d’un espace collectif d’un quartier très récent. Notamment sur un espace devenu décharge de fait, avec des espaces verts peu appropriés, puis des parcelles habitées assez grandes, de 800 à 1 000 mètres carrés avec un pavillon. En survolant le quartier quatre idées pouvaient nous apparaître : le non-lieu, l’entre soi, l’absence d’espace public et le « tout voiture ».

Nous avons proposé que puisse se mener un atelier participatif avec les habitants. Pour cela nous (Sophie Tillier et Emmanuel Breton, tous deux étudiants)  avons commencé une campagne d’entretiens en porte-à-porte.  Nous avons noté que tout le monde avait quelque chose à dire sur les parcelles et l’existant. Ainsi que les parents avaient permis aux enfants de construire des cabanes avec les matériaux de construction des pavillons. Ils avaient construit un parc dans le bosquet situé dans le haut du quartier, alors que l’espace public promis par la commune n’a pas été mené. Une initiative citoyenne ne correspondant pas forcément à nos codes standards d’expertise.

Concernant le tout-voiture, nous avons noté que tous les couples que nous avons rencontrés faisaient beaucoup de sport, couraient et allaient dans le centre à pied, connaissaient tous les raccourcis de la commune, alors que nous pensions qu’ils vivaient en vase clos. Au bout de deux ans, les habitants avaient organisé un repas de quartier. Ils avaient bloqué les deux rues à l’aide de camionnettes et avaient demandé des tables à la commune. Ils ont de nombreux projets en commun, notamment grâce aux enfants. Nous animerons prochainement un atelier participatif pour travailler sur l’espace public.

Par ailleurs, nous avons mené une étude avec Eric Beaudu sur l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, à Magny-les-Hameaux,, dans un tissu pavillonnaire bâti sur des jardins maraichers avec des parcelles en lanières. Nous y avons réinstauré la notion de « charpente de paysage urbain»(en référence à la charpente de paysage relative au premier atlas des paysages, celui des Yvelines). Nous utilisons plusieurs notions, le jardin-paysage, le paysage espace public, l’espace en vue, ou le paysage comme équilibre entre fonctionnalité et aménité (utile et agréable). Nous nous rendons compte qu’il y a une hiérarchie non visible de l’extérieur, en regard avec une vallée ou un plateau, ou un futur projet en lien avec la densification. L’étude consistait aussi à se demander comment exhausser la représentation de ce paysage, ces domaines, afin d’attirer de nouveaux habitants : boisement, les côteaux boisés, la plateau, le domaine lié à un milieu humide où les promenades sont possibles, puis les connexions pratiques entre  le centre-bourg, et ses entités respectives.

La ville de Fussy qui connaît des problématiques similaires, photographiée par Raymond Depardon, et citée dans l’article de Télérama précédemment évoqué, nous a permis ici de reposer encore cette question de charpente de projet.

 

Thomas HANSS : A Saint-Quentin-en-Yvelines, nous avons étudié comment positionner le quartier pavillonnaire dans son paysage, en soulevant des pistes pour tisser des scénarios d’évolution.

 

Hugo RECEVEUR : Sur ces images nous présentons des motifs futurs de densification : partage d’une cour à plusieurs, accueil d’activités de service, façades d’entreprise en télétravail, réseau de pédibus (déplacement des enfants), etc.

 

Thomas HANSS : Le modèle du pavillonnaire comme repli sur soi est Levittown en Pennsylvanie, modèle de l’étalement urbain. Un projet intéressant, Open Houses, a été mené en 2011 sur ce quartier. Il a été proposé aux habitants de porter des projets. Par exemple, une personne a créé une école populaire dans un pavillon. Chaque personne du quartier peut y donner des cours, par exemple pour apprendre à changer une roue de vélo. Ces initiatives latentes ont donné lieu à des soutiens pour créer une galerie d’art, une bibliothèque ou une école. A Antony en région parisienne, un ancien pavillon a accueilli un foyer d’accueil pour musiciens autistes qui animent des ateliers dans les quartiers. A Trappes, des pavillons se sont reconfigurés en boucherie et magasin d’alimentation générale, que Jamel Debbouze, Omar Sy et Nicolas Anelka fréquentaient dans leur enfance.

 

Hugo RECEVEUR : En Auvergne,  au cours d’une mission d’analyse des territoires périrurbains au sein du grand clermont, nous avons observé que des pavillons ont été réintégrés dans les zones artisanales tout en permettant l’habitat : maison d’entreprise  sans fenêtres extérieurs mais avec patio masqué, qui se révèle être un magasin de construction écologique, magasin biologique, pavillon-pharmacie, pavillon-crèche, pavillon de conducteur routier où celui-ci peut entrer son outil de travail, et où l’activité tolérant l’habitation en respect du règelement de PLU,  revêt une représentation résidentielle..

 

Thomas HANSS : Le pavillonnaire est souvent pensé comme le royaume du tout privé. Ce n’est pas forcément le cas. Les reportages photographiques focalisent souvent le regard sur l’enclavement, mais nous trouvons aussi des exemples où le privé apporte des qualités ou des aménités à l’espace public : mur blanc, jardin de trottoir, etc. Aux Etats-Unis, une ferme maraîchère exploite les terrains des pavillons des personnes qui ne veulent plus entretenir leurs jardins. Cette ferme alimente les marchés locaux.

Enfin, le dernier axe de notre présentation sur le tissu pavillonnaire est l’association entre ce mode de vie et l’absence de « l’art d’habiter ». Ce point de vue est basé sur l’association courante dans notre métier entre le goût populaire et le goût grossier.

 

Hugo RECEVEUR : A Pérignat, nous avons noté qu’au bout de trois ans, la construction de murs de soutènement et diverses actions permettent aux habitants de s’approprier le quartier et de la caractériser. Les habitants savent qu’ils ne vont pas investir dans les jeux pour enfant du fait que ceux-ci sont déjà grands. Par exemple, un propriétaire situé en bas du quartier aime se promèner dans la commune pour s’inspirer des autres réalisations d’habitants pour imaginer de futurs adaptations architecturales.

 

Thomas HANSS : Bernard Lassus s’est posé la question des jardins paysagers dans les années 70 dont le Palais du facteur cheval, qui a été classé aux Monuments historiques en 1969. En se promenant dans les pavillons, nous constatons que certaines initiatives manquent d’accompagnement et de reconnaissance. Nous nous sommes demandé si l’esthétique correspondait à une conformité à la mode ou à une intelligence à tirer parti de l’existant.

 

Hugo RECEVEUR : Dans l’agglomération rennaise, à Saint-Jacques de la Lande, non loin des quartiers expérimentaux de la Morinaie, un travail qualitatif a été effectué dans l’espace public par la construction d’une maison. Cette maison, rebaptisée le frigo par les habitants et élus locaux qui ne l’apprécient pas, reste exemplaire pour les spécialistes de l’urbanisme et les spécialistes de l’architecture. Ce type de motif n’encourage pas la densification et représente un frein culturel. En effet, les riverains se sentent davantage exclus, qu’intégrés par ce genre d’initiative.

 

Thomas HANSS : Les paysagistes sont censés appliquer la Convention européenne du paysage qui a vocation à fédérer les professions. Nous tentons de développer la démarche. Nous y trouvons des pistes pour répondre à des objectifs intéressants, qui sont toutefois restés lettre morte.

 

Hugo RECEVEUR : Par rapport à la tradition des écoles d’architecture du paysage, la convention est plutôt rejetée par certains enseignants du projet de paysage et théoriciens car elle active l’idée d’un rééquilibrage des forces, où il s’agit de donner davantage de poids à des éléments non visibles, plus sociaux ou sociétaux, qui faisaient alors peu de poids face à des questions d’architecture classique du paysage (tracés perspectifs, traditions de l’artificialisation des forces naturelles...). Alors que certains théoriciens en France continuent à mettre l’accent sur la hiérarchie des éléments de paysage à la Française, et la lutte contre l’appropriation citoyenne ou sa popularisation.

Thomas HANSS : Eric, veux-tu réagir ?

Eric BEAUDU, Urbaniste : Nous avons travaillé sur ces sujets dans la commune de Montfermeil. Le tissu pavillonnaire de Saint-Quentin-en-Yvelines est particulier. C’est une ville nouvelle très planifiée, qui comprend des projets urbains importants qui focalisent les énergies. Le tissu pavillonnaire représente un tiers des 50 000 logements. Ce n’est pas le premier point de focalisation de la communauté d’agglomération. La communauté d’agglomération a la compétence d’aménagement et de droit des sols pour le compte des communes.

Les principes questions de l’étude concernaient le renouvellement urbain ou le développement des projets urbains. Quelques éléments sont en tissu pavillonnaire. Il y a des opérations groupées réalisées dans le cadre d’une planification. Ces opérations sont perçues comme figées. L’entrée par le paysage a été une manière de poser la question du pavillonnaire, de constituer une matière qui alimentera les élus sur le PLU afin de se demander : comment conserver la qualité paysagère et permettre l’évolution des tissus qui ont intérêt à évoluer ?

En travaillant avec Hugo Receveur et Thomas Hanss, nous avons constitué un certain nombre d’outils. Nous avons sensibilisé ce tissu pavillonnaire. Les élus nous présentent des demandes sur leur tissu pavillonnaire, souhaitent une évaluation des potentialités de développement ou d’évolution, demandent des outils pour le protéger en cas de dégradation comme à Trappes ou Montfermeil, où la densification est parfois anarchique.

L’entrée paysagère nous permet d’avoir un apport conséquent de manière concertée. L’entrée paysagère commence à faire son chemin. Ce sujet fait avancer la réflexion en tenant compte des deux axes, en vue d'une part d’éviter la dégradation des tissus existants par la densification, et d'autre part de recenser les besoins des habitants dans le rapport au paysage.

 

Hugo RECEVEUR : Le paysage n’est pas une affaire de spécialiste. Ce sujet doit être envisagé comme un projet avec l’existant. La ville ne s’est pas faite un jour, mais en différentes strates et nous pouvons à ce titre reconnaître des architectures dévalorisées pour ce qu’elle représente et non pour leur potentiel de réversibilité. Nous avons ainsi classé des motifs, ou protomotifs de pavillons : la longère liée à la parcelle en lanière, le pavillon des années 50 à double niveau avec les communs au rez-de-chaussée et les fonctionnalités délicates pour les personnes de plus de 60 ans, etc. La modélisation du gisement pavillonnaire permet à mon sens de donner des pistes de rénovation et de transformation inespérées aux futurs habitants et donc aux architectes.

Eric BEAUDU : Nous sommes partis du postulat de départ suivant : le tissu pavillonnaire présente ces qualités. Tout le monde nous sollicite, ce qui fait évoluer les regards dans une logique de stratification. Nous tentons d’apporter du temps dans la ville.

 

Thomas HANSS : Je propose aux membres de l’assistance de prendre la parole.

Alberto GIORGIUTTI, Urbaniste et paysagiste, SARL Urbanisme et Paysage : J’ai une formation d’architecte. Je gère une agence, UPLU, Urbanisme Paysage Agriculture Urbaine à Marseille. Je suis également architecte conseil du CAUE 13.

Il ne me semble pas dans le temps imparti et l’espace actuel nécessaire de parler de mon expérience. Vous avez évoqué la question de la stratégie au sujet du travail mené en Auvergne. Cette stratégie me fait penser à la réaction courante aux grands ensembles. La réaction la plus courante vise à faire avec l’existant. Nous nous préoccupons de la manière de faire participer le foncier privé à son évolution, en vue de répondre à la nécessité d’un besoin croissant de logements. Je vois comment, malgré les difficultés, nous pouvons valoriser ou densifier un tissu pavillonnaire en parcellisant.

Je me demande comment nous pourrions nous permettre de restituer de l’espace privé à l’espace public. Il s’agit avec le projet de pédibus de récupérer du territoire privé pour le collectif. Cette stratégie me semble importante car la vision négative du pavillonnaire représenté comme « repli sur soi » et « entre soi » est liée à cet enfermement qui peut aussi s’expliquer par la psychanalyse. Nous menons cette réflexion dans la commune de Tourcoing dans le cadre de Lille-Métropole. Nous rejoignons les problématiques de lien avec les habitants, le quotidien, les problématiques familiales, l’histoire urbaine, etc.

 

Thomas HANSS : Je rappelle que notre démarche est relativement expérimentale. Lors de l’étude menée à Saint-Quentin-en-Yvelines, nous avons envisagé une possibilité d’ouverture de droits à construire selon une logique donnant-donnant. Dans certains emplacements stratégiques, il était possible d’ouvrir des droits à construire aux propriétaires qui accepteraient de céder une partie de leur terrain au public. Cette hypothèse était envisagée pour les questions d’ouverture vers un cœur d’îlot. Cependant, cette ambition est relativement complexe d’un point de vue théorique. La division parcellaire suppose que deux personnes ou ménages s’entendent, c'est-à-dire de trouver un compromis.

 

Alberto GIORGIUTTI : Je conçois que ce n’est pas simple, mais ce sujet est important.

 

Thomas HANSS : De nombreux sujets se résolvent facilement en concertation avec les habitants. Il est fréquent que les personnes en îlot trouvent une solution de passage de cette manière. Par ex une sente qui passait sur une parcelle à usage agricole permettait d’éviter que les enfants ne longent la route Nationale. Cette décision était liée à la volonté d’un propriétaire. Lors des ateliers, il a é été proposé de figer cet élément ou de réfléchir à des stratégies à mettre en place en cas de changement de propriétaire.

Philippe LEMAIRE, Responsable du Département Aménagement Durable des Territoires, CETE NC : Les quartiers pavillonnaires se caractérisent par un problème de « franchissabilité » des îlots. La qualité de fréquentation de ces espaces peut être issue d’éléments végétalisés situés à hauteur d’îlot, mais de fait inaccessibles. Certains îlots sont extrêmement difficiles à contourner pour un piéton. Pour cette raison, il convient de mener une analyse systématique des besoins de franchissement et d’accès à cette qualité intrinsèque de cœur d’îlot. Cela ne se traduit pas nécessairement par une mise à disposition de l’espace, mais la possibilité de franchissement, en identifiant des solutions qui pourront être mises en œuvre progressivement au fur et à mesure des mutations par la collectivité. Les emplacements réservés peuvent être mobilisés pour le franchissement d’îlots. Il convient de mener une analyse systématique de la question consistant à rendre les îlots franchissables. A l'heure actuelle, cette réflexion n’est jamais menée de manière systématique au sein des tissus pavillonnaires.

Alberto GIORGIUTTI : La question soulève également la problématique du lien social. D'une manière générale, les quartiers pavillonnaires des espaces publics limités à la rue sont plutôt des espaces de flux. Il n’y a a priori pas de lieu de rencontre. Chacun vit chez soi avec plus ou moins de bonheur. Ne faut-il pas profiter de la grande énergie déployée par BIMBY pour intégrer la notion de mutualisation de l’espace et favoriser le développement de flux partagés ?

 

Hugo RECEVEUR : Une piste consiste à soulever la question des réseaux d’assainissement et d’eau pluviale. Le franchissement des îlots soulève la question de la récupération des eaux pluviales. L’imperméabilisation des sols par la construction impose de trouver des outils vivables et viables techniquement. Il convient de trouver les bons outils à mettre en commun avec le voisinage, et à combiner avec des franchissements, de nouvelles servitudes...

Xavier LEMOINE : Je prends note de votre interpellation qui me laisse penser que nous avons manqué un aspect du sujet. J’étudie le temps et le coût des opérations de renouvellement urbain. Sur les 350 hectares de ma commune dévolus au pavillonnaire, je pourrais soulever la question du « vivre ensemble ». Je ne sais comment le pavillonnaire évoluera. Je cours après un transfert de population des ghettos verticaux vers les ghettos horizontaux. Les critères de renouvellement urbain sont prioritairement ouverts au tissu pavillonnaire. Je n’ai pas de réponse à cette problématique. Il faudra trouver des outils de portage et avoir une grande patience. Ce sont des espaces colossaux avec une densité de population très faible.

 

Alberto GIORGIUTTI : BIMBY est la stratégie qui permettrait de trouver quelque chose qui ne coûte pas nécessairement très cher.

 

Eric BEAUDU : Les rues ne sont peut-être pas des espaces publics. Il y a des espaces de rencontre qui se sont créés spontanément dans le cas présenté en Auvergne. Nous tâchons de comprendre le fonctionnement de l’existant. Il y a des dynamiques en cours. Nous tentons de comprendre les repères des habitants par rapport. Nous cherchons si des lieux font l’objet de réflexions pour intégrer cette dimension de lien social à un tissu pavillonnaire.

 

Henri LE PESQ, Directeur CAUE des Côtes d’Armor : Je témoignerai sur une expérience de remembrement urbain menée dans la commune de Langueux à proximité de Saint-Brieuc. BIMBY est une démarche de négociation qui vise à favoriser la concertation pour permettre de créer des sentes à l’intérieur des îlots. Ça a marché dans notre territoire.

 

Valérie LAFOR, Architecte urbaniste au CAUE du Bas-Rhin : Nous réfléchissons depuis quelques années sur ce thème. Nous avons commencé à travailler sur la réappropriation de certains îlots. Les gens n’utilisaient pas ou quasiment pas la division parcellaire. Il apparaissait un vrai problème pour les enfants qui jouaient dans la rue. L’idée consistait à créer quelques poches au sein des îlots, reliées les unes aux autres, et donner un morceau de terrain au propriétaire pour favoriser la densité sur une limite séparative, ou une possibilité de surélévation.

Thomas HANSS : Avez-vous des éléments sur ce projet ?

Valérie LAFOR, CAUE du Bas-Rhin : Le projet est en train d’être dessiné. Un autre travail sur les mesures compensatoires est lié au fait que des chaussées étaient surdimensionnées. Nous avons proposé d’offrir du terrain à bâtir aux habitants de manière à réduire la chaussée, ce qui diminue les coûts de fonctionnement. Les habitants ont récupéré un espace constructible. Ce projet a permis de combler les rampes de garage qui souffrent à chaque averse. Les garages sont construits au niveau de la voirie, nous pouvons construire dans les étages des logements pour personnes âgées, étudiants, etc.

Thomas HANSS : Pourriez-vous communiquer vos réflexions ?

Valérie LAFOR : Le CAUE mène cette étude depuis de nombreuses années. Une collectivité nous demandait comment réduire la chaussée, un particulier voulait étendre la surface de son logement. Nous avons apporté une réponse applicable et intéressante. Nous espérons avancer progressivement par les débats.

Valentine DESPLATS, CAUE des Bouches-du-Rhône : Les débats sont enthousiasmants, mais nous assistons à une mutation des pratiques d’urbanisme planificateur de spécialiste. Nous devrions parvenir à un urbanisme négocié, sur une matière dont il faut avoir la connaissance. Il apparaît un besoin d’ingénierie et de temps qui présente un coût. Dans notre territoire, certains PLU coûtent 20 000 euros. Or un PLU de qualité suppose de mener un travail de terrain au niveau de la parcelle. Je me demande comment nous pourrons y parvenir, comment générer le bon prix du temps passé pour accompagner cette évolution du tissu pavillonnaire.

Thomas HANSS : Je propose de présenter quelques pistes de réponse. Le PNR de la Haute Vallée de Chevreuse finance à 70 % une expérimentation qui apporte un élément de réponse à cette problématique, en finançant les études des communes qui souhaitent mener cette démarche. L’ADEME s’intéresse aux diagnostics énergétiques dans une démarche de rénovation de l’existant. Les Conseils généraux s’intéressent au vieillissement de la population et à l’aide à la personne. BIMBY doit apporter une aide judicieuse aux collectivités. Une commune qui paie un PLU 20 000 euros ne peut financer ce genre d’étude, mais des bribes de solution commencent à s’élaborer.

 

Philippe LEMAIRE : Cette question pourrait être abordée dans le cadre de la plénière demain après-midi. Le coût d’un droit à construire pour une collectivité est proche de 20 000 euros hors coût du foncier. Le droit à construire peut émerger avec une heure ou deux heures de vacation de jeune architecte, ce qui coûte nettement moins cher que 20 000 euros. Il faut être pédagogue dans l’acte d’élaboration du PLU.

Thomas HANSS : Cette proposition remet en cause la pratique, les honoraires et le plan de travail. Cette démarche doit être expérimentée. J’espère que cette table ronde vous a intéressés. Merci à tous.

 

À télécharger : - 120710 montfermeil complet FINAL.pdf
- 150910 Atelier BIMBY Nouveau paysage - nouvel espace public.pdf
- 03 AT BIMBY nouveau paysage, nouvel espace public.pdf

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