Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - Jennifer Bureau-Bernacchi

Publié le 02 Octobre 2013

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Bimby et PLU : outils de préservation du cadre de vie

 

Animatrice :

Jennifer BUREAU, Chargés d’études Urbanisme, PNR Haute Vallée de Cheuvreuse

 

 

Intervenants :

René MEMAIN, Maire de Cernay-la-Ville

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Jérôme LOVADINA, Urbaniste paysagiste

Joseph LE FOLL, Maire de Tremblay-sur-Mauldre

 

 

Introduction :

De l’imaginaire collectif, la densification est souvent perçue comme dégradant le cadre de vie car, elle réduit la place du végétal, de l’intimité… Et ce, d’autant plus lorsque l’on parle de densification dans les quartiers pavillonnaires. Il est pourtant démontré que la densification (si elle est réfléchie, adaptée et acceptée) peut être tout à fait compatible avec le préservation du cadre de vie. Cette notion du cadre de vie s’étend d’ailleurs bien au-delà du seul enjeu de la qualité de vie. Elle est également liée au développement du territoire, en matière économique, sociale, environnementale. Elle soulève également des questions d’échelles : logement, quartier, ville, agglomération...  Tous ces enjeux et échelles sont interrogés lors de l’élaboration d’un PLU. En quoi la démarche Bimby engagée dans un PLU peut être un outil de préservation du cadre de vie ? 

Télécharger ici la version pdf du résumé et de la retranscription complète de l'atelier


Résumé :

 

Cernay-la-Ville est un village résidentiel et rural du sud des Yvelines situé au cœur du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse. Le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse accompagne la municipalité dans ses démarches d’urbanisme. Cernay-la-Ville a récemment intégré la communauté de communes Plaines et forêts d’Yvelines qui regroupe des villages du sud des Yvelines autour de la ville de Rambouillet. Le village appartient au canton de Chevreuse et à l’arrondissement de Rambouillet.

Dans les années 1950, le village était rural à vocation agricole. Il se composait de cinq fermes. Au fil des ans, Cernay-la-Ville a évolué comme de nombreux villages de la grande ceinture parisienne. Dans les années 1970 à 1990, la transformation a été spectaculaire, avec des extensions pavillonnaires. La démographie passe ainsi de 500 habitants en 1950 à 1 800 habitants dans les années 1990. Actuellement, en revanche, la population diminue jusqu’à atteindre à ce jour 1 670 habitants.

Trois entités composent la zone, le village proprement dit et deux hameaux composés respectivement d’une trentaine et de cinq ou six habitations.

 

La population est d’un niveau social élevé. La moyenne d’âge est également élevée. 90 % des habitants de Cernay-la-Ville sont des propriétaires. Le village est essentiellement composé de maisons individuelles, en particulier de grande taille.

 

Parmi les acquis du village, figurent les commerces et les services qui font le confort de la vie quotidienne ainsi qu’une vie associative, culturelle et sportive extrêmement riche. En outre, le village se situe au cœur du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, à proximité cependant de différentes zones d’activité (Saint-Quentin, Massy, Orsay), ce qui alimente l’attrait du village. Cernay-la-Ville se trouve en outre à six kilomètres de la gare du RER B de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse, ligne qui amène à Denfert-Rochereau. Enfin, la gare SNCF de Rambouillet, à dix kilomètres, place cette ville à 35 minutes de Montparnasse.

Pour autant, Cernay-la-Ville subit un certain nombre de difficultés qui poussent le village vers la démarche Bimby, parmi lesquelles le vieillissement de la population, la baisse démographique et le coût du foncier, qui n’a cessé d’augmenter au cours des années écoulées. L’extension périphérique est quant à elle extrêmement compliquée voire impossible. Il n’est pas question notamment de se développer en périphérie de la plaine agricole qui se situe au sud du village.

Cernay-la-Ville n’en souhaite pas moins reconquérir un certain volume de population perdue. Par cette démarche, le village vise également une mixité intergénérationnelle, une mixité sociale (un rééquilibrage est nécessaire dans le domaine) et l’augmentation de l’offre locative (presque inexistante dans la commune à ce jour). A ces fins, la densification du bâti existant est indispensable. L’atelier d’architecture du Parc naturel a mené une étude du potentiel foncier du village qui a mis en évidence des possibilités de ce point de vue. En outre, le village doit diversifier le type de logements pour le recentrer vers du petit locatif.

 

Les orientations prises dans le projet d'aménagement et de développement durable sont aujourd'hui les suivantes : une densification mesurée et adaptée par secteur ; une croissance démographique pour se rapprocher de la charte du Parc naturel régional évaluée à 0,5 % par an, soit un objectif à atteindre en 2025 de 1 788 habitants, c'est-à-dire un besoin de 100 à 150 logements environ. L’objectif n’est évidemment pas négligeable en l’absence de potentiel foncier.

Pourquoi Bimby peut-il représenter une solution ? Bimby peut en l’occurrence permettre l’accueil d’une nouvelle population sur la commune, conforter une structure urbaine cohérente et attractive, valoriser et entretenir le patrimoine et le cadre de vie, préserver l’espace agricole.

L’étude menée par l’atelier d’architecture du Parc naturel régional a permis d’identifier un certain nombre de parcelles susceptibles d’aider à améliorer la situation foncière du village. En dix ans,le village a déjà accompli un tiers du chemin sur ce potentiel identifié.

La commune de Tremblay-sur-Mauldre ressemble beaucoup à Cernay-la-Ville dont elle n’est séparée que de quelques kilomètres. Simplement, le développement ne s’y est pas effectué par grands lotissements comme à Cernay-la-Ville mais par de petits lotissements de quatre ou cinq maisons. Tremblay-sur-Mauldre accueille 1 100 habitants.

 

Le village souhaite préserver l’espace agricole et améliorer le cadre de vie des habitants. La démarche entreprise consistait initialement à rejoindre le Parc naturel régional en signant la charte correspondante, qui imposait néanmoins quelques contraintes en termes de développement de la commune et de préservation des espaces agricoles et boisés. Une étude a donc été lancée sur la possibilité de s’assurer un nombre suffisant d’habitants (environ 1 500 habitants). L’objectif consistait à préserver le cadre de vie, non seulement dans la sens du paysage et de l’environnement mais également concernant les aspects sociologiques et économiques. Il s’agissait en l’occurrence également de tenir compte des difficultés des habitants pour tenter de trouver des solutions. Les administrés ont été interrogés. Ils sont très favorables à une évolution du cadre de vie. Ils sont par exemple favorables à l’ouverture d’espaces communs dans certains quartiers. Les modes de vie ont en effet évolué depuis l’époque des vastes terrains dans lesquels les habitants s’enfermaient. Aujourd'hui, les personnes ne souhaitent plus de grand terrain, qui demande un temps important d’entretien. Dans le cadre du PNR, les problématiques sont similaires. Il s’agit de préserver le cadre de vie mais également de se développer.

 

La démarche a suscité un réel enthousiasme au sein de la population. Le résultat est allé au-delà des espérances. Aujourd'hui, la population attend la mise en place de la réglementation qui permettra de débloquer la situation pour créer une partie des 110 à 120 habitations supplémentaires attendues.

En effet, le cadre de vie est inévitablement impacté par la densification. Des difficultés de circulation, de stationnement, ou liées à la densification proprement dite (la création de zones d’ombrage par exemple) peuvent se faire jour. Il devient indispensable de trouver les moyens réglementaires pour pouvoir y répondre.

 

Dans les PLU figure en général la nécessaire préservation du cadre de vie. La tâche reste néanmoins extrêmement difficile car il demeure difficile de donner une définition précise du cadre de vie. Pour certaines personnes, il s’agira de préserver les écoles, les commerces, etc. Pour d’autres habitants, la préservation portera sur le cadre environnemental. Les ateliers de concertation PLU avec la population apportent quant à eux une vision quelque peu différente puisque la préservation du cadre de vie correspond souvent au souhait de ne pas accueillir une population nouvelle. Les habitants souhaitent conserver leur « petite échelle de vie ». Au-delà de la notion de cadre de vie, peut dès lors se cacher la notion de repli sur soi. C’est pourquoi le cadre de vie, qui signifie une certaine ouverture, sous-tend parfois une interprétation différente dans la population. La définition de la préservation du cadre de vie devient une absence de développement. La notion de préservation du cadre de vie, qui se retrouve pourtant dans l’ensemble des documents d’urbanisme, est donc à double tranchant.

 

Comment agir pour que l’impact de la densification sur le cadre de vie ne soit pas négatif ? Il est évidemment nécessaire de trouver un équilibre entre densification et préservation du cadre de vie. Les deux notions ne sont pas contradictoires. Elles s’équilibrent au contraire. Sur des secteurs particuliers, un équilibre doit être trouvé entre densification et préservation du cadre de vie notamment pour garantir ou faire émerger l’identité du quartier. Si les élus se lancent dans la démarche, la raison en est qu’ils bénéficient d’une bonne vision de la population. Les échanges sont permanents. Les élus connaissent les aspirations de la population. Cette situation peut laisser espérer le succès des opérations. En l’occurrence, les démarches auraient été plus difficilement lancées il y a dix ou vingt ans car les mentalités étaient différentes. Aujourd'hui, les probabilités  pour que les démarches menées rencontrent le succès sont plus fortes.

 

 

 

Retranscription :

 

Conférence de René MEMAIN, Maire de Cernay-la-Ville : Cernay-la-Ville : une adaptation aux enjeux économiques et environnementaux

 

Jennifer BUREAU : Il existe différentes visions de la notion de cadre de vie. Nous étudierons aujourd'hui le cadre de vie selon la vision de l’élu, puisque nous avons la chance d’avoir deux élus à nos côtés. La vision peut également être celle du professionnel et celle de la collectivité, deux conceptions défendues respectivement devant vous par Monsieur Lovadina et par moi-même.

Avant de commencer, je vous propose de poser les bases du débat. Quelle est, en premier lieu, la définition du cadre de vie ? Il peut s’agir d’une vision restrictive. Le cadre de vie s’arrête, en l’occurrence, à l’environnement. Une vision plus ouverte envisage le cadre de vie comme sous-tendant des notions de développement, d’aménagement, c'est-à-dire une notion de vivre-ensemble. Je pense que ce dernier thème sera au cœur de notre atelier : comment le Bimby peut-il alimenter la notion de vivre-ensemble ?

Le cadre de vie peut s’entendre également sous plusieurs échelles, le jardin, la parcelle, le quartier, la commune, l’échelle intercommunale. Dès lors, il convient de s’interroger sur la manière dont la notion de cadre de vie peut ou non émerger du Bimby.

 

René MEMAIN : Cernay-la-Ville est une charmante commune de la vallée de Chevreuse. Je vous apporterai ce matin mon témoignage sur notre singularité puisque nous avons choisi de nous lancer dans la révision du plan local d’urbanisme sans droit d’expansion au foncier bâti. Nous devons ainsi faire preuve d’originalité et d’inventivité pour faire en sorte que la révision du plan local d’urbanisme, par rapport aux enjeux économiques et environnementaux qui sont les nôtres, alimente la prospérité de notre village.

Cernay-la-Ville est un village résidentiel et rural du sud des Yvelines situé au cœur du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse. Le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse nous accompagne dans nos démarches d’urbanisme. Nous venons d’intégrer récemment la communauté de communes Plaines et forêts d’Yvelines qui regroupe des villages du sud des Yvelines autour de la ville de Rambouillet. Nous appartenons au canton de Chevreuse et à l’arrondissement de Rambouillet.

Dans les années 1950, le village était rural à vocation agricole. Il se composait de cinq fermes. Au fil des ans, le village a évolué comme de nombreux villages de la grande ceinture parisienne. Dans les années 1970 à 1990, la transformation a été spectaculaire, avec des extensions pavillonnaires. La démographie passe ainsi de 500 habitants en 1950 à 1 800 habitants dans les années 1990. Actuellement, en revanche, la population diminue jusqu’à atteindre à ce jour 1 670 habitants.

Trois entités composent la zone, le village proprement dit et deux hameaux composés respectivement d’une trentaine et de cinq ou six habitations.

La population est d’un niveau social élevé. La moyenne d’âge est également élevée. 90 % des habitants de Cernay-la-Ville sont des propriétaires. Le village est essentiellement composé de maisons individuelles, en particulier de grande taille.

 

Parmi nos acquis, figurent en premier lieu les commerces et les services. Nous disposons dans le village, bien qu’il soit de taille modeste, de l’ensemble des commerces et services qui font le confort de la vie quotidienne. Nous avons également une vie associative, culturelle et sportive extrêmement riche. En ce qui concerne le patrimoine environnemental, nous nous situons au cœur de la forêt de Rambouillet. Nous disposons d’un site renommé, les Vaux de Cernay. Au niveau du patrimoine historique et culturel, nous bénéficions de la présence de l’abbaye des Vaux de Cernay, abbaye cistercienne du 12ème siècle, ainsi que du patrimoine relatif aux peintres paysagistes (mouvement de peinture du 19ème siècle, de la période pré-impressionniste) que nous remettons en valeur actuellement.

Nous nous situons donc au cœur du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, à proximité cependant de différentes zones d’activité (Saint-Quentin, Massy, Orsay), ce qui alimente l’attrait du village. Nous sommes situés en outre à six kilomètres de la gare du RER B de Saint-Rémy-Lès-Chevreuse, ligne qui amène à Denfert-Rochereau. Enfin, la gare SNCF de Rambouillet, à dix kilomètres, place cette ville à 35 minutes de Montparnasse.

Pour autant, nous subissons un certain nombre de difficultés qui nous poussent vers la démarche Bimby, parmi lesquelles le vieillissement de la population, la baisse démographique et le coût du foncier, qui n’a cessé d’augmenter au cours des années écoulées. L’extension périphérique est quant à elle extrêmement compliquée voire impossible. Il n’est pas question notamment de se développer en périphérie de la plaine agricole qui se situe au sud du village.

Nous n’en souhaitons pas moins reconquérir un certain volume de population perdue. Par cette démarche, nous visons également une mixité intergénérationnelle, une mixité sociale (un rééquilibrage est nécessaire dans le domaine) et l’augmentation de l’offre locative (presque inexistante dans la commune à ce jour). A ces fins, nous devons densifier le bâti existant. L’atelier d’architecture du Parc naturel a mené une étude du potentiel foncier du village qui a mis en évidence des possibilités de ce point de vue. En outre, nous devons diversifier le type de logements pour le recentrer vers du petit locatif.

 

Nos orientations dans le projet d'aménagement et de développement durable sont aujourd'hui les suivantes : une densification mesurée et adaptée par secteur ; une croissance démographique pour se rapprocher de la charte du Parc naturel régional évaluée à 0,5 % par an, soit un objectif à atteindre en 2025 de 1 788 habitants, c'est-à-dire un besoin de 100 à 150 logements environ. L’objectif n’est évidemment pas négligeable en l’absence de potentiel foncier.

Pourquoi Bimby peut-il représenter une solution ? Bimby peut en l’occurrence permettre l’accueil d’une nouvelle population sur la commune, conforter une structure urbaine cohérente et attractive, valoriser et entretenir le patrimoine et le cadre de vie, préserver l’espace agricole.

 

L’étude menée par l’atelier d’architecture du Parc naturel régional dont je parlais précédemment a permis d’identifier un certain nombre de parcelles susceptibles d’aider à améliorer la situation foncière du village. En dix ans, nous avons déjà accompli un tiers du chemin sur ce potentiel.

 

Jennifer BUREAU : Le Bimby vient ainsi aujourd'hui en complément des sites déterminés comme stratégiques.

 

René MEMAIN : Absolument.

 

De la salle : Avez-vous évalué la capacité en termes de logements du potentiel foncier dégagé par l’étude menée par l’atelier d’architecture du Parc naturel régional ?

 

René MEMAIN : Nous dénombrons 70 logements. Ensuite, le Bimby vient compléter la démarche. Nous avons, depuis l’étude sur le potentiel foncier, mis en œuvre des projets communaux. Nous avons réalisé des acquisitions foncières (puisque nous bénéficions d’un droit de préemption total sur le village) qui permettront de mettre en place des programmes de petits collectifs notamment destinés à engager la démarche.

 

De la salle : Le Bimby doit en effet s’accompagner d’une démarche communale volontariste sur certains projets. Le Bimby vient simplement compléter ces projets.

 

René MEMAIN : Absolument.

De la salle : Lorsque vous avez identifié le potentiel foncier, avez-vous rencontré votre population ?

René MEMAIN : Nous n’avons pas entrepris la démarche d’aller rencontrer les propriétaires concernés par les extensions. Nous avons simplement pu vérifier que la démarche s’effectue régulièrement au gré des successions notamment. Ainsi, nous avons été extrêmement surpris de pouvoir réaliser en quelques années un tiers des possibilités.

Jennifer BUREAU : Vous êtes en veille foncière.

 

René MEMAIN : Absolument.

 

Jennifer BUREAU : Pour rattacher votre exposé à notre atelier, soulignons que le cadre de Cernay-la-Ville est extrêmement particulier, avec des services, une supérette, une boucherie, une boulangerie, une pharmacie, des équipements (gymnase, etc.), une vie associative active. Pour une petite commune de 1 600 habitants, la situation est extrêmement favorable. Selon vous, le Bimby permet pour autant d’alimenter le vivre-ensemble en facilitant notamment les rencontres entre les habitants. Pouvez-vous nous expliquer plus précisément les raisons pour lesquelles le Bimby facilite le vivre-ensemble ?

René MEMAIN : Nous souhaitons garder notre ville au calme et continuer de faire vivre les commerces et les équipements. La baisse démographique pourrait nuire à notre politique. Or nous ne pourrons probablement pas lutter contre la baisse démographique sans densification. Bimby permettra en outre d’harmoniser les différentes zones de bâti et de préserver ainsi le lien associatif et culturel dans la commune.

 

Jennifer BUREAU : Aujourd'hui, la population est vieillissante. L’intérêt de Bimby réside donc également dans la possibilité de faire venir de nouveaux ménages.

 

René MEMAIN : Depuis les années 1990, le coût du foncier n’a cessé d’augmenter. Aujourd'hui, le primo-accédant est écarté du marché. Nous avons tenté de mettre en place un programme à destination des primo-accédants il y a peu de temps. Dans le délai de cinq années nécessaires pour monter le projet, les primo-accédants avaient été écartés du marché car le coût du foncier avait terriblement augmenté dans l’intervalle. Leurs projets n’étaient plus réalisables. Nous souhaitons à présent ramener vers nous cette population, qui est une population de jeunes ménages, avec des enfants, susceptibles de renouveler les générations. Aujourd'hui, en effet, dans certains pavillons de sept pièces vivent des couples voire des personnes seules. Nous devons corriger la situation. Par notre action correctrice, nous créerons peut-être du lien entre les différentes populations. En effet, une personne âgée aura peut-être le souhait de partager sa maison avec un couple plus jeune qui pourra l’aider à continuer de vivre chez elle.

 

De la salle : Avez-vous réfléchi également aux conséquences du rajeunissement de la population sur les équipements dont dispose le village ?

 

René MEMAIN : Le village est dimensionné pour recevoir 2 000 habitants, limite dans laquelle nous devons rester. Nous aurons besoin simplement éventuellement d’une demi-classe scolaire supplémentaire.

 

De la salle : Pour vous, la densification est une manière de rendre le territoire plus attractif. Dans l’inconscient collectif, au contraire, la densification est synonyme de mal-être. Comment dès lors se déroule la densification dans votre village ?

 

René MEMAIN : Les mentalités évoluent. J’ai rejoint Cernay-la-Ville il y a trente ans. Je souhaitais disposer notamment d’un grand jardin pour les enfants. Aujourd'hui, le mode de vie a évolué. L’entretien d’un vaste terrain devient notamment difficile, en particulier en vieillissant mais également en raison du manque de temps nécessaire pour les personnes qui travaillent. La densification peut ainsi répondre à une demande de ce point de vue.

 

De la salle : Vous-êtes-vous interrogé sur la possibilité d’utiliser la parcelle boisée située dans Cernay-la-Ville ?

 

René MEMAIN : Il s’agit d’une parcelle de 8 000 m² située au cœur du centre historique. Son utilisation repose aujourd'hui sur la volonté éventuelle du propriétaire de s’en séparer. Elle pourrait s’effectuer également à l’occasion d’une succession.

 

Jennifer BUREAU : Le PLU est cependant en cours. Une réflexion sera donc menée sur le sujet pour tenter de préserver la zone.

 

René MEMAIN : Pour autant, nous ne devons pas nous priver de la possibilité d’étudier l’éventualité d’utiliser la parcelle boisée.

 

De la salle : Le processus Bimby est-il en cours actuellement dans votre commune ?

 

René MEMAIN : J’ai signé la commande. Les premiers entretiens avec les particuliers se dérouleront en novembre prochain.

 

De la salle : Le tissu pavillonnaire semble relativement dense. A-t-il la capacité d’accepter les redécoupages parcellaires ?

 

René MEMAIN : Au sud du village, les redécoupages ne seront pas possibles. Des terrains d’une surface comprise entre 1 500 et 2 000 m² présentent en revanche un potentiel dans la zone située au nord du village. La densification aura lieu en effet par secteur et non sur l’ensemble de l’agglomération.

 

De la salle : A l’intérieur du territoire, vous ciblerez donc les secteurs où Bimby s’appliquera.

 

Jérôme LOVADINA : La démarche Bimby prend ensuite le pas sur le PLU. Les ateliers sont menés indépendamment.

 

De la salle : Finalement, dans nos discussions, des actions extrêmement diverses sont toutes taxées de « démarche Bimby ». Plus nous discutons, moins mes idées sont claires sur le sujet.

 

Jérôme LOVADINA : Cernay-la-Ville avait un besoin de créer entre 105 et 110 logements. Nous avons mené un travail sur le PLU jusqu’à identifier 70 logements. Il manque donc un certain nombre de logements. Bimby vient ainsi compléter la démarche. A travers les entretiens, en effet, nous pourrons remplir les objectifs fixés dans le PLU.

 

De la salle : Vous baptisez donc Bimby un simple processus de concertation.

 

Jérôme LOVADINA : Non. Les processus sont menés totalement indépendamment. Nous recevrons les administrés pour dégager un éventuel gisement. A notre idée, il en existe un au nord du village.

 

Jennifer BUREAU : L’intérêt de la démarche Bimby, en l’espèce, vient du fait que Cernay-la-Ville se compose de résidences privées. Or la commune souhaite faire évoluer les secteurs pavillonnaires. Bimby a pour objectif de faire évoluer ces secteurs pour le moment figés.

 

De la salle : Avez-vous identifié, en rencontrant les administrés, des masses boisées ou des cœurs d’îlots à préserver ? Cumulez-vous en l’occurrence intérêt particulier et intérêt général ?

 

De la salle : Les entretiens auront cet objectif. Nous ne les avons pas encore organisés à ce jour. Nous avons un travail à mener avec les habitants pour réaliser ce travail de repérage.

 

Jennifer BUREAU : La démarche sera menée parallèlement au PLU. En effet, un travail est mené au niveau du PLU sur les cœurs d’îlot, sur les haies, sur les bosquets, etc.

 

De la salle : Nous savons tous cependant qu’avec les budgets impartis pour conduire les PLU, il n’est pas possible d’entrer dans les parcelles par exemple pour identifier un arbre majeur.

 

Joseph LE FOLL : Nous pouvons au contraire conduire cette démarche d’identification.

 

De la salle : Je pense que cette possibilité dépend de l’échelle d’intervention. Dans une commune de la taille de Cernay-la-Ville, l’identification est peut-être envisageable. Je travaille pour ma part à la communauté urbaine de Bordeaux qui regroupe 27 communes. Un tel travail parcelle par parcelle pour réviser le PLU n’est pas envisageable dans le temps imparti. C’est pourquoi les entretiens peuvent permettre de compléter le travail mené sur l’ensemble du territoire.

 

René MEMAIN : A Cernay-la-Ville, nous avons par exemple identifié des mares qui contribuent à l’équilibre du réseau d’hydrographie. Il est absolument indispensable de les protéger. Il en ira probablement de même pour certains arbres. Les entretiens permettront leur identification.

 

Jennifer BUREAU : Vous avez la chance cependant de disposer d’un PNR. L’ensemble des communes ne bénéficient pas de cet outil qui permet de se montrer précis en matière de préservation de l’environnement.

 

René MEMAIN : Le rôle de l’atelier d’architecture du Parc naturel régional est effectivement extrêmement important. Sans le contexte dont nous avons bénéficié ainsi, je ne suis pas certain que nous nous serions lancés dans la démarche de densification.

 

Jennifer BUREAU : Je vous propose à présent d’écouter Monsieur Le Foll.

 

Conférence de Joseph LE FOLL, Maire de Tremblay-sur-Mauldre : Le cadre de vie, une mutation politique

 

Joseph LE FOLL : Ma commune ressemble beaucoup à Cernay-la-Ville dont elle n’est séparée que de quelques kilomètres. Simplement, notre développement ne s’est pas effectué par grands lotissements comme à Cernay-la-Ville mais par de petits lotissements de quatre ou cinq maisons. Nous avons un château du 17ème siècle classé. Nous accueillons 1 100 habitants.

Les principes sont identiques à ceux de Cernay-la-Ville. Nous souhaitons préserver l’espace agricole et améliorer le cadre de vie des habitants. Notre démarche consistait initialement à rejoindre le Parc naturel régional en signant la charte correspondante, qui imposait néanmoins quelques contraintes en termes de développement de la commune et de préservation des espaces agricoles et boisés. Nous avons donc lancé une étude sur la possibilité dès lors de nous assurer un nombre suffisant d’habitants (environ 1 500 habitants). Notre objectif consistait dès lors à préserver le cadre de vie, non seulement dans la sens du paysage et de l’environnement mais également concernant les aspects sociologiques et économiques. Il s’agissait en l’occurrence également de tenir compte des difficultés des habitants pour tenter de trouver des solutions. Nous avons interrogé les administrés. Ils sont très favorables à une évolution du cadre de vie. Ils sont par exemple favorables à l’ouverture d’espaces communs dans certains quartiers. Les modes de vie ont en effet évolué depuis l’époque des vastes terrains dans lesquels les habitants s’enfermaient. Aujourd'hui, les personnes ne souhaitent plus de grand terrain, qui demande un temps important d’entretien. Dans le cadre du PNR, nous affrontons tous ainsi des problématiques similaires. Il s’agit de préserver le cadre de vie mais également de se développer.

La démarche que nous avons menée s’est révélée relativement extraordinaire. Nous ne nous attendions pas à l’enthousiasme que nous avons rencontré au sein de la population. Le résultat est allé au-delà de nos espérances. Aujourd'hui, la population attend la mise en place de la réglementation qui permettra de débloquer la situation pour créer une partie des 110 à 120 habitations supplémentaires dont nous avons besoin.

 

Jérôme LOVADINA : Nous nous sommes notamment interrogés sur la manière la mieux adaptée pour quantifier le logement social sur les parcelles. Quand les communes développent d’autres projets parallèlement à la démarche, il devient possible de mettre en œuvre une politique liée au logement social. Dans la démarche, en outre, l’équilibre entre projets communaux et projets particuliers devient essentiel. Ces deux objectifs construisent le projet communal.

 

Jennifer BUREAU : Les entretiens que nous avons menés avec les habitants des Essarts ont également fait émerger de petits commerces ou de petites activités. J’imagine que la situation est identique au Tremblay-sur-Mauldre.

 

Joseph LE FOLL : Nous menons une étude particulière financée en partie par le PNR.

 

Jennifer BUREAU : Par exemple, aux Essarts, une discussion avec une personne a permis la création d’un salon de coiffure. La démarche participe donc au cadre de vie au sens du développement et de la demande. L’échange est extrêmement intéressant dans le cadre du PLU notamment en ce qui concerne la mixité des activités et pas uniquement le logement.

 

Jérôme LOVADINA : Sur la question du cadre de vie, des difficultés de circulation, de stationnement, ou liées à la densification proprement dite (la création de zones d’ombrage par exemple) peuvent se faire jour. Nous devons tâcher de trouver les moyens réglementaires pour pouvoir y répondre. Le cadre de vie sera en effet impacté par la densification.

Quand nous travaillons sur les PLU, nous constatons qu’y figure en général la nécessaire préservation du cadre de vie. La tâche reste néanmoins extrêmement difficile car nous peinons à donner une définition précise du cadre de vie. Quand j’ai vu l’intitulé de notre atelier, je me suis d’ailleurs interrogé car je ne parvenais pas à définir la notion de cadre de vie. Pour certaines personnes, il s’agira de préserver les écoles, les commerces, etc. Pour d’autres habitants, la préservation portera sur le cadre environnemental. Les ateliers de concertation PLU avec la population apportent quant à eux une vision quelque peu différente puisque la préservation du cadre de vie correspond souvent au souhait de ne pas accueillir une population nouvelle. Les habitants souhaitent conserver leur « petite échelle de vie ». Au-delà de la notion de cadre de vie, peut dès lors se cacher la notion de repli sur soi. C’est pourquoi le cadre de vie, qui signifie une certaine ouverture, sous-tend parfois une interprétation différente dans la population.

Jennifer BUREAU : De nombreuses personnes affirment venir aux entretiens Bimby uniquement pour faire connaître leur refus de toute évolution.

 

Jérôme LOVADINA : La définition de la préservation du cadre de vie devient dès lors une absence de développement. La notion de préservation du cadre de vie, qui se retrouve pourtant dans l’ensemble des documents d’urbanisme, est donc à double tranchant.

 

De la salle : La démarche consiste notamment à intervenir sur des quartiers pavillonnaires dont nous savons qu’ils ont produit un paysage urbain banalisé et indigent. Dans les quartiers concernés, s’agit-il par conséquent de préserver ou de requalifier le cadre de vie ?

 

Jennifer BUREAU : Certains quartiers pavillonnaires possèdent une identité.

 

De la salle : Il n’en demeure pas moins que pour faire remonter l’identité des quartiers, un travail d’identification des ensembles est indispensable.

 

De la salle : Le quartier doit en effet posséder sa propre identité. Le résident doit pouvoir être fier d’affirmer qu’il habite un lotissement particulier. Dans certains lotissements, les rues et les maisons sont entièrement identiques. Comment dès lors donner une identité et une vie véritable à un quartier pour que les personnes soient contentes d’y vivre ?

 

Jérôme LOVADINA : Tel est l’objet du colloque. Les différents ateliers déjà menés ont apporté des éléments au débat.

 

De la salle : Quelle que soit la définition donnée au cadre de vie, quels sont les moyens réels dont nous disposons pour le faire évoluer autres que l’acquisition foncière ?

 

René MEMAIN : Nous avons mené une réflexion sur le sujet au sein du Conseil municipal. La création d’une résidence supplémentaire en périphérie du village nous avait été proposée. Le Conseil municipal s’est prononcé contre cette proposition. Nous nous sommes alors orientés vers la densification. Il nous semblait en effet que le fait de créer une bulle supplémentaire en périphérie n’ajoutait pas au cadre de vie. Cette bulle supplémentaire n’aurait pas nécessairement respecté l’identité du village. La densification, l’utilisation d’outils tels qu’un travail sur les clôtures, un travail sur les matériaux, sur les signes qui identifient le bâti, permettaient au contraire de conserver son caractère au village, qui est celui du cœur du village d’autrefois. Quant à l’acquisition foncière, il est de la responsabilité d’une municipalité d’y avoir recours pour maîtriser son cadre de vie. Dans le cas contraire, tout nous échappe.

 

De la salle : Comment agir pour que l’impact de la densification sur le cadre de vie ne soit pas négatif ?

 

Jennifer BUREAU : Il est évidemment nécessaire de trouver un équilibre entre densification et préservation du cadre de vie. Les deux notions ne sont pas contradictoires. Elles s’équilibrent au contraire. Sur des secteurs particuliers, un équilibre doit être trouvé entre densification et préservation du cadre de vie notamment pour garantir ou faire émerger l’identité du quartier.

 

De la salle : Que pensent les populations de la densification ?

 

René MEMAIN : Si nous nous sommes lancés dans la démarche, la raison en est que, nous élus, bénéficions d’une bonne vision de la population. Je connais individuellement chaque famille du village. Les échanges sont permanents. Nous connaissons les aspirations de la population. Cette situation peut laisser espérer le succès de l’opération. Nous avons en effet une idée des aspirations de chacun. En l’occurrence, la démarche n’aurait pu être lancée il y a dix ou vingt ans car les mentalités étaient différentes. Je suis presque assuré aujourd'hui au contraire que la démarche que nous mènerons rencontrera le succès.

À télécharger : - AT Bimby et PLU outils de préservation du cadre de vie.pdf
- Colloque Bimby Cadre de vie.pdf
- Témoignage Cernay la Ville Colloque BIMBY.pdf

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