Catégorie Bimby +

Auteur(s) : - David Miet

Publié le 11 février 2012

Notions clés :
> 19 millions de maisons
> de particulier à particulier
> densification pavillonnaire
> équité foncière
> filière courte
> gouvernance du PLU
> initiative des habitants
> nouveaux métiers

La filière Bimby apporte une réponse à des problèmes concrets, rencontrés quotidiennement par les urbanistes : trouver du foncier à bâtir, financer la rénovation énergétique du patrimoine bâti existant, adapter l’habitat des personnes âgées, etc.

Mais c’est l’identification, dans la filière Bimby, d’un espace d’expression pour certaines valeurs qui a été un vecteur d’enthousiasme chez un grand nombre de professionnels. Un enthousiasme aujourd’hui perceptible à travers les multiples initiatives prises aux quatre coins de la France pour faire émerger ou lancer une « démarche Bimby ».

 

Quelles sont ces valeurs ?

 

Un urbanisme démocratique

De nombreuses institutions "urbanistiques" sont aujourd’hui confrontées à plusieurs sortes de contradiction interne :

> d’une part elles délivrent un message « Grenelle » incitant les communes à ne pas s’étendre, afin de limiter les déplacements et de préserver les terres naturelles et agricoles ; et d’autre part, dans le cadre du Grand Paris par exemple, elles sont amenées à demander aux communes des objectifs de construction de logements bien plus élevés que la production actuelle.

> d'une part elles incitent à restreindre les droits à construire en extension, contribuant ainsi à créer la rareté foncière, alors que d'autre part elles prônent une action publique forte en faveur de la maîtrise des coûts du foncier,

> d'une part elles invitent à privilégier les opérations d'ensemble en renouvellement urbain, cherchant des terrains au sein des tissus déjà urbanisés, qui sont aussi les plus chers, et d'autre part elles aspirent à produire des logements plus accessibles financièrement.

 

Elles véhiculent donc des lignes d'action qui peuvent être perçues comme contradictoires.

Des contradictions qui trouvent a priori une solution dans l'idée d'une nécessaire "densité" : le foncier en renouvellement urbain est rare, donc construisons dense ! Une idée que beaucoup d'élus se voient mal imposer à leurs habitants qui, ont le sait, aspirent pour la majorité à vivre en maison individuelle. Une idée à laquelle beaucoup d'urbanistes se sont résignés, et qu'une partie d'entre eux a fini par ingérer comme substance même de son positionnement professionnel, s'auto-persuadant qu'il était de son devoir de sensibiliser le grand public aux vertus de la densité ...

Or l’hypothèse Bimby vient offrir une piste différente pour résoudre ces contradictions : les quartiers pavillonnaires construits ces dernières décennies recèlent un gisement foncier gigantesque, qui pourrait conduire à une augmentation significative de l'offre de terrains à bâtir à destination de la construction de nouvelles maisons individuelles ... sans engendrer aucun étalement urbain.

 

Autrement dit, dans les secteurs tendus des grandes agglomérations, là où l'on souhaiterait généraliser le renouvellement urbain :

> le foncier est rare et cher si l'on envisage d'y construire des opérations denses de 30, 100 ou 1000 logements.

> il est par contre potentiellement disponible en abondance si l'on envisage d'y construire de nouvelles maisons individuelles à l'unité, sur le terrain des maisons existantes.

 

Nous avons rencontré un grand nombre de personnes à qui cette perspective redonnait le sourire [1]. Envisager l'hypothèse que la maison individuelle soit peut être le meilleure solution à la fois économique et écologique pour reconstruire la ville sur la ville, en même temps qu'elle la solution la plus désirable politiquement, apporte comme un vent de fraicheur sur les discours urbanistiquement corrects de la densité.

 

Cette « impression de fraîcheur », plusieurs personnes nous l'ont exprimée par la suite. On peut la résumer ainsi :

> Les Français (mais également les Wallons [2]) préfèrent la maison individuelle.

> On peut construire de nouvelles maisons individuelles sans étalement urbain, en quantité significative.

> Cette filière « courte » est la plus économique.

> Ces projets émergeront de l’initiative des habitants.

> Le maire et l’urbaniste proposeront d'orienter et de canaliser ces flux d'initiatives dans les secteurs stratégiques [3].

> Des choix démocratiques aboutiront à des scénarios sans étalement urbain, car l’étalement urbain n’intéresse réellement qu’une faible partie des propriétaires et de la population en général.

> L’aspiration de la majorité des Français pour la maison individuelle n’est donc pas contradictoire, finalement, avec les principes d’une Ville Durable. Elle sera peut-être même l'un de ses premiers piliers.

 

Ce raisonnement, qui sous-tend toute l’idée de la filière Bimby, constitue une sorte de « soulagement » pour tous ceux qui espèrent, au fond d'eux, un retour possible du choix démocratique en urbanisme, pour tout ceux qui ne prennent aucun plaisir à essayer d'imposer des formes denses à une population qui n'en veut pas.

 

D’autres personnes sont au contraire relativement angoissées par le fait de mettre l’habitant au cœur du projet urbain. C’est le cas, par exemple, du directeur d’une importante agence de paysage qui nous confiait, il y a un an, qu’il préférait « amener les habitants à la table du projet » plutôt que de « mettre l’habitant au cœur du processus de décision du projet urbain ». Celui-ci nous expliquait ainsi qu’une grande majorité des professionnels de l’aménagement n’allaient certainement pas apprécier qu'on redonne les clés de l'urbanisme aux habitants, et que c’était précisément pour cette raison que la démarche BIMBY lui semblait vouée à l’échec.

 

C’est, selon nous, plutôt la raison qui fait qu’elle est vouée à se développer, via tous les professionnels qui ne se retrouvent pas dans les pratiques « top down » (descendantes) de l’urbanisme opérationnel actuel, et qui voient dans les outils et les méthodes de la filière BIMBY une ouverture vers de nouvelles pratiques professionnelles.

Ces nouvelles pratiques ont un postulat en commun, savoir qu’une partie de la « solution » réside dans la « démocratie » : dans la mise en place de dispositifs de gouvernance permettant une décision effective, par les habitants, sur les orientations à donner à l'évolution de leur cadre de vie, bien plus que sur une sensibilisation voire une éducation aux vertus présumées de la densité.

 

Un urbanisme open source

Quelques mois seulement après le commencement des travaux du projet BIMBY, nous rencontrâmes une première « reprise » du concept BIMBY, entreprise par un grand groupe d’ingénierie français, ré-employant le vocabulaire ainsi qu’une partie des hypothèses et propositions que nous développions. Cette initiative était-elle la première application du concept Bimby en dehors de nos propres travaux ?

Malheureusement, cette découverte fut aussi décevante qu'elle était rapide : des tissus pavillonnaires présentés comme des problèmes urbains plutôt que comme des ressources potentielles pour la ville de demain ; un propos exprimé avec une tonalité et des mots négatifs, qui sont hélas ceux que la profession est habituée à employer lorsqu’elle s’exprime sur ce sujet qu’elle maîtrise si peu :

« Freins à la mise en place de modes de transports doux et priorité donnée au transport individuel ; mono-fonctionnalité ; logements et services municipaux mal adaptés au vieillissement de la population… 

Les zones pavillonnaires périurbaines construites dans les années 1970-80 sont aujourd’hui peu conformes aux exigences environnementales et sociales des villes. »

 

Nous avions pourtant toujours pensé que la diffusion libre des connaissances serait la meilleure façon, pour ces connaissances de progresser et de s’affiner, et pour les territoires d’en bénéficier. Devant ce premier constat d'échec, nous avons pourtant été tentés de remettre en question cette forme de politique « open source » de diffusion des connaissances du projet de recherche BIMBY.

Voyant comment l’approche Bimby était ainsi déformée, nous avons cependant étudié l’hypothèse, un moment, d’entrer dans une logique de protection ou de labélisation d’une forme spécifique de la démarche Bimby, à l’instar de la démarche HQE par exemple.

Mais la lourdeur d'une telle logique apparaît dès qu’on s’imagine les premiers moyens à mobiliser pour la mettre en œuvre : labéliser la démarche Bimby n’aurait-il pas pour conséquence, au contraire, d’insister sur la forme, sur la conformité apparente d’une démarche à des principes, alors que ceux-ci ne sont aujourd’hui formulés que de façon balbutiante, et qu’ils demandent au contraire à ne pas être figés dans leur première forme pour pouvoir mieux évoluer par la suite ?

 

D'autres raisons auraient pu nous éloigner, elles aussi, de cette logique open source : des partenaires, professionnels exerçant en libéral dans de petites structures, nous ont souvent exprimé, par exemple, une forme de réticence à l’idée de diffuser trop largement et trop rapidement nos travaux, craignant que « de gros bureaux d’étude ne se les approprient ».

Mais là encore, la protection apparaît très vite comme un mauvais calcul : en ne diffusant pas librement nos travaux, n’est-ce pas justement l’ensemble des petites structures que nous privons de connaissances plutôt que les structures plus importantes qui ont, de toute façon, un réseau suffisamment ramifié pour accéder très rapidement à tous les contenus qui se développent un peu partout en France ?

 

A la réflexion, ne pas entrer dans une logique de développement open source de nos connaissances présente le double défaut :

-  de figer trop tôt et de façon trop lourde des méthodes, démarches, hypothèses qui sont encore largement à construire et à faire évoluer, et pour l’évolution desquelles nous avons besoin d’autres partenaires intellectuels,

de pénaliser les petites structures, les organisations indépendantes, qui sont sans doute l’un des meilleurs viviers pour générer les innovations espérées au sein et au delà de la démarche Bimby.

 

A l’inverse, en optant très tôt, et notamment à la demande d’un certain nombre d’acteurs extérieurs, pour une mise à disposition immédiate et libre des résultats intermédiaires de nos travaux, le projet Bimby a adopté une « attitude open source » qui peut générer une double dynamique :

- celle qui consiste à envisager une perspective d’élargissement du « marché potentiel » de la filière Bimby, quelques soient les acteurs envisagés : si les découvertes du projet Bimby sont significatives, elles créeront des valeurs, une économie et un marché nouveaux pour les études urbaines, le conseil, la construction, etc. N’est-il pas plus stratégique, aujourd’hui, de faire croître ces idées et le marché qu’elles sont susceptibles d’engendrer plutôt que d’essayer de se réserver quelques parts d’un gâteau dont tous les ingrédients ne sont pas encore réunis ?

- celle qui consiste à mettre en réseau les travaux similaires initiés ici et là, qui sont aujourd’hui minoritaires dans les pratiques courantes de l’urbanisme, et qui sont donc ceux qui ont le plus besoin d’une mise en réseau afin d’émerger et de trouver une identité propre. N’est-il pas plus stratégique de rassembler, de mettre en relation et de mettre en avant les spécificités de l’ensemble des travaux portant sur l’intensification pavillonnaire – celle qui est initiée par les habitants eux-mêmes – plutôt que de les diluer dans les approches vagues, globales et « main stream » de la pensée urbanistiquement correcte du moment ?

 

Le projet de recherche Bimby et la plateforme bimby.fr ont été conçus comme des outils d’amorçage d’un processus, plus général et pérenne, de production et de consommation de connaissances spécifiques qui permettront de structurer une nouvelle filière : une filière dont on peut faire l'hypothèse qu'elle permettra la production de nouvelles valeurs urbaines, grâce à l’émergence de nouveaux métiers dont l’identité et le modèle économique seront portés par une dynamique open source de production et de consommation des connaissances.

Cette perspective est enthousiasmante pour certains, mais aussi inquiétante pour un grand nombre d’entre nous : que restera-t-il du « bon goût », de la « bonne échelle », des « starchitectes » ou de la « pensée globale officielle » si les connaissances sont libres d’évoluer et de se constituer à partir du réel, en dehors des filtres des sociologues et des experts, à la guise et au gré de chaque professionnel ? Il suffit de voir comment, une fois sur deux, à l'issue d'une bonne présentation de la filière Bimby, une partie de la salle s'empresse de préciser que la filière Bimby est bien une solution parmi d'autres, à employer avec modération, précisant que les opérations plus traditionnelles ont encore de beaux jours devant elles ... pour comprendre que cette filière a toutes les chances de produire un basculement - ou plutôt un rééquilibrage - dans les métiers de l'urbanisme opérationnel.

 

Cette inquiétude, nous la rencontrons de façon encore plus fondamentale lorsqu’on envisage qu’une partie des connaissances de la filière Bimby soit transmise aux habitants eux-mêmes, à commencer par la nature de la plus-value foncière qu’ils retireront d’une division foncière.

La division de terrain est une ressource potentielle de 50, 100 voire 200 000 € qui gît potentiellement dans le jardin de chaque foyer propriétaire d’une maison individuelle. En l’état actuel des règlements, 20% des terrains de ces maisons sont divisibles et permettraient de construire une seconde maison.

Que cet élément de connaissance se diffuse comme une trainée de poudre et l’offre en terrains à bâtir s’amplifiera. Nous l’avons vécu maintenant plus d’une centaine de fois lors des entretiens d’une heure réalisés par les architectes mobilisés pour discuter avec les habitants des communes du Tremblay-sur-Mauldre et des Essarts-le-Roi : 20% des habitants comprennent, grosso modo, et avant de venir rencontrer nos architectes, ce principe simple qui tire partie de la pénurie foncière, sans pour autant bien s’imaginer le réaliser. Après les entretiens, ils sont 100% à l’avoir assimilé plus complètement, et 60% à y songer sérieusement pour les années à venir. Le ratio final est le suivant : 1 logement projeté dans les 10 ans à venir pour en foyer reçu !

 

Nous avons là le meilleur exemple qui démontre qu’une politique open source, en urbanisme, est génératrice de valeurs pour l’ensemble des acteurs d’une filière : si les habitants tirent profit d’une nouvelle façon, disons architecturale, d’envisager leur patrimoine, ne seront-ils pas en mesure de s’offrir, par exemple, les services d’un architecte pour les accompagner dans la transformation de celui-ci ?

Que l’on mesure combien ce type de raisonnement est éloigné de l’idée d’imposer le recours aux services d’un architecte à partir d’une surface de construction donnée. Que l’on mesure à quel point ce type de raisonnement est un challenge excitant pour une discipline comme l’architecture, et quel rôle fondamental celle-ci pourrait jouer dans la production de l’urbanisme si elle n’était plus simplement envisagée comme une « culture », avec ses représentants autorisés, mais comme une forme de connaissance spécifique, technique, artistique, dont la mise en œuvre par des professionnels qualifiés serait susceptible de créer des valeurs nouvelles, une économie.

 

Un urbanisme sur mesure

Pour bien comprendre ce qui se tapit sous cette notion un peu galvaudée du « sur mesure », nous pouvons mettre en regard deux types de réaction, contrastées, de nos partenaires au fur et à mesure du déroulement de nos travaux :

> Un grand nombre d’entre eux nous posent cette question : « Quelle est la valeur ajoutée de la densification par BIMBY par rapport aux autres formes de densification ? »

> Question qu’il faut mettre en regard de la réaction d’un jeune architecte qui déclarait, plein d’enthousiasme, à l’issue de son premier entretien avec un couple d’habitants de la commune des Essarts-le-Roi : « j’ai fait mon premier Bimby ».

 

Que peut-il bien y avoir de nouveau, pour un jeune architecte, à dessiner sur sketchup quelques volumes et une implantation, lors d’une discussion avec un couple d’habitants ? Après 6 années d’études, et quelques années d’expérience professionnelle, que peut-on découvrir de neuf dans le fait de dessiner rapidement une maison ? Et pourquoi un tel sentiment d’accomplissement est-il provoqué par un phénomène apparemment transparent pour le sociologue ?

La réponse n’est pas simple mais elle peut être exprimée simplement : le « sur mesure ».

 

20 logements produits lors d’une opération groupée sont 20 logements produits en série : des T2, T3, T4, peints en blanc, et dans le meilleur des cas, conçus par un architecte de talent.

A l’inverse, 20 logements produits en Bimby sont 20 maisons conçues sur mesure pour chaque foyer, chaque famille, chaque maître d’ouvrage, avec pour chacune un maître d’œuvre.

Le « sur mesure » génère chez le professionnel un sentiment d’accomplissement qui n’a pas d’égal. Il correspond au sens vrai du métier de concepteur : imaginer une forme spéciale pour répondre aux besoins spécifiques d’un maître d’ouvrage.

 

C’est pour concevoir que beaucoup de professionnels de l’urbanisme, de l’architecture et du paysage se sont engagés dans ces métiers, pour éprouver le sentiment d’accomplissement que procure le travail de conception.

Voici la première valeur du « sur mesure », qui est une valeur interne à la profession : l’urbanisme Bimby a besoin de « plus de conception au m2 de SCHON construit » que l’urbanisme de ZAC ou de lotissement. Il génère des emplois de concepteurs, de conseillers et de médiateurs qui sont les emplois recherchés par les étudiants qui décident de se lancer dans ces filières.

 

Reprenons maintenant la première question, dont le point de vue procède de l’extérieur : « Quelle est la valeur ajoutée de la densification par BIMBY par rapport aux autres formes de densification ? »

 

En termes de valeurs créées :

- Il est évident qu’une maison sur mesure répond mieux aux besoins de ses habitants. Elle a donc plus de valeur d’usage, comme un costume sur mesure a plus de valeur qu’un costume prêt à porter, lorsqu’il est porté par la bonne personne.

- Politiquement, notre jeune architecte a écouté, au nom de la mairie, des habitants pendant une heure, en dessinant pour eux leurs projets comme leurs inquiétudes. Pour un habitant d’un quartier pavillonnaire, cette écoute de qualité a beaucoup plus de valeur qu’une campagne de communication autour d’un éco-quartier. Pourquoi ? Parce que la campagne de communication est générique alors que l’écoute d'un architecte dessinant pour vous pendant une heure est « personnelle ». Pour un maire, et en poussant un peu le trait, Bimby a autant de valeur en tant qu’écoute réelle et comprise de ses habitants qu’en tant que façon de trouver des terrains à bâtir …

- Urbanistiquement, le sur mesure a plus de valeur que la série comme un tableau original a plus de valeur que sa copie. Nous trouvons encore des urbanistes à préférer une rue dans laquelle les bâtiments sont tous les mêmes plutôt qu’une rue dans laquelle chaque maison est différente des autres. Mais ils ne forment pas la majorité …

 

En termes de coûts de production :

Les travaux récents de Jean-Charles Castel, du CERTU, démontrent qu’il n’y a pas d’économie d’échelle dans la production de logements : au m2 de SCHON construit, les 20 logements « en groupé » coûtent plus chers que les 20 logements conçus à l’unité, même sur mesure, « en Bimby ». Ceci pour de multiples raisons, qui convergent : coûts de construction plus élevés, coûts de portage foncier, coûts de commercialisation, etc.

Le raisonnement est contre-intuitif. Cela a été une grande découverte pour la plupart de nos partenaires et pour nous-mêmes[4]. Et c’est en général le point qui est le plus bloquant, pour nos opposants, comme il est l’un des plus motivants pour les autres.

 

Lorsque l’on a compris ces éléments d’économie, qui gagneraient à faire l’objet d’une diffusion open source plus large dans les milieux de l’urbanisme, on éprouve le sentiment « que la nature est bien faite » : en matière de logement, le sur mesure coûte moins cher que la série.

A l’inverse, pour beaucoup de professionnels que nous avons rencontrés, et à qui nous avons fait cette démonstration, ce sentiment se couplait à un autre : nous leurs montrions que l’urbanisme qu’ils pratiquaient tous les jours, ou les solutions que leurs travaux s’appliquaient à promouvoir quotidiennement, ne tiraient pas parti, justement, de ce que « la nature est bien faite ». Bien au contraire, l’habitat groupé et collectif, que toutes les institutions urbanistiques s’emploient à promouvoir depuis des dizaines d’années, s’avère en réalité très coûteux pour une plus-value qui ne fait pas encore consensus.

 

Comme l’exprime très bien Jean-Charles Castel, il faut voir la densité des formes urbaines comme un « investissement public », du même type que celui qui est consenti par une collectivité lorsqu’elle finance un tramway.

Alors combien sommes-nous prêts à investir pour produire des appartements en série plutôt que des maisons sur mesure ?

 

Un urbanisme démocratique, sur mesure et open source : pourquoi ces valeurs et pas d’autres ?

Ces 3 valeurs semblent « coller » à la possibilité-même de voir un renouvellement généralisé des quartiers pavillonnaires.

 

1. Les tissus pavillonnaires sont un antidote à l’urbanisme autoritaire : il est fatal, politiquement, de dessiner quelque chose dans le jardin des gens avant même d’en avoir discuté avec eux. Appartenant à une myriade de petits propriétaires, ces quartiers ne bougeront que lorsque ceux-ci auront décidé qu’ils évoluent, et que leurs voisins l’auront accepté. Tout mode d’action non démocratique a de grandes chances d’être cantonné à la marge des quartiers pavillonnaires, qui sont des territoires "sensibles" politiquement parlant.

 

2. Les tissus pavillonnaires sont un antidote à l’urbanisme standardisé : avec 19 millions de maisons individuelles en France, 200 000 terrains à produire chaque année, la tentation de la série est grande … Mais elle est vite oubliée lorsqu’on regarde la réalité en face : 19 millions de propriétaires, 200 000 maîtres d’ouvrage par an, dont les terrains ont tous une morphologie différente, dont les maisons sont toutes différentes, et qui habitent des quartiers soumis à des règlements spécifiques. Les quartiers pavillonnaires ne pourront évoluer que par un urbanisme à la parcelle, « sur mesure ».

 

3. Les tissus pavillonnaires sont un antidote à l’infantilisme du « star system » urbanistique : pour produire 200 000 « micro-conceptions par an », et sortir autant de terrains et de maisons sur mesure, il faut une compétence réelle et généralisée. Pour organiser une telle production il est difficile d’envisager autre chose qu’une politique open source. Il ne s’agit plus de choisir le « bon urbaniste », qui nous aidera à choisir le « bon quartier » et, ensuite, la « bonne forme urbaine », mais de généraliser l’accès aux connaissances et aux compétences qui permettront à toute une profession de piloter, de canaliser, de susciter et concevoir de bonnes divisions de terrain. Le bluff organisé ne résistera pas aux tissus pavillonnaires, dont les millions de maisons existantes ont un pouvoir de dilution extrême de toutes formes de « signatures »,« empreintes » et autres « gestes » dont certains acteurs de nos métiers sont coutumiers. Si ces quartiers évoluent, c’est le savoir-faire d’une profession qui sera rendu manifeste, et non le génie supposé de quelques concepteurs d’exception.

 

Si les tissus pavillonnaires demeureront, à n'en pas douter, des antidotes à l’urbanisme autoritaire, standardisé et infantilisé, ils forment également, en retour, une sérieuse opportunité pour ceux qui souhaiteraient expérimenter un urbanisme réellement démocratique, sur mesure et open source. Les quartiers pavillonnaires ayant le don de s’étendre sur des territoires considérables, chacune de ces perspectives pourra s'envisager progressivement. Commençons par essayer de faire plus démocratique et nos capacités d’action se démultiplieront peut-être.

 

Nous l’avons expérimenté aux Essarts-le-Roi et au Tremblay-sur-Mauldre : le simple fait de mettre à disposition de chaque foyer propriétaire d’une maison un architecte pendant une heure, afin de réfléchir avec eux au devenir de leur propre parcelle, bouleverse à la fois :

L’idée que les habitants se faisaient de l’urbanisme, et de ce que celui-ci est capable de leur apporter,

L’idée que les élus se font de ce qu’ils peuvent apporter à leurs habitants, et de la façon dont leurs habitants peuvent contribuer au développement urbain.

 

Bien sûr, ce procédé n’est qu’une étape, vers des modalités de prise de décision véritablement démocratiques. Mais il crée déjà une différence avec les modalités actuellement en pratique, une différence qui est suffisamment significative pour produire son effet. A l’issue de l’expérimentation du Tremblay-sur-Mauldre, 50 propriétaires de maisons individuelles ont fait dessiner à nos architectes un voire deux logements supplémentaires sur leur parcelle, tandis que 3 ou 4 propriétaires terriens nous en ont fait dessiner autant, mais par « paquets de 15 ».

Imaginons un instant un processus de démocratie directe, où l’on demanderait aux habitants de voter entre :

- le scénario A (70 logements en Bimby, à l’unité, sur 50 parcelles différentes)

- et le scénario B (70 logements en étalement ou en dent creuse, sous forme de 4 lotissements ou opérations groupées).

 

Chacun est à même de se figurer la nature du résultat : pour peu que les habitants soient informés des possibilités qui s’offrent à eux, pour peu qu’ils aient connaissance de la valeur potentielle de leur bien (open source), pour peu qu’ils puissent la visualiser sous forme d’un projet concret et spécifique (sur mesure), alors la démocratie directe est une solution au problème conjugué de l’étalement urbain, du manque de foncier à bâtir, et du renouvellement du patrimoine bâti existant.

Cette conclusion est une « découverte ». Elle peut émerveiller, enthousiasmer, faire rouspéter, ou douter, c’est selon …

 

Le réseau Bimby+ : vers un urbanisme démocratique, sur mesure, et open source 

Le réseau Bimby+ vise à rassembler, quant à lui, les acteurs qui accepteraient de considérer ces valeurs comme des hypothèses, et de travailler à voir dans quelles conditions celles-ci peuvent être vraies.

Ces valeurs sont des valeurs parmi d’autres, pas meilleures, pas moins bonnes dans l’absolu. Elles ont le mérite d’être adaptées à leur objet : l’évolution de notre patrimoine pavillonnaire. Elles ont également le mérite d’être partageables à grande échelle, par une profession. Nous avons vu cependant maintes et maintes fois comment il peut s'avérer difficile de les mettre réellement en oeuvre, à partir de nos habitudes et de nos pratiques actuelles.

 

L’idée du réseau Bimby+ nous a été suggérée par deux étudiants, très actifs de l’Institut Français d’Urbanisme : Antonin Lafaye et Jean Kurdziel. Des étudiants qui se mobilisent en tout sens, comme beaucoup d’autres, pour s’offrir un avenir professionnel enthousiasmant.

C’est avec ces étudiants que nous allons concevoir et animer, dans les mois à venir, ce réseau de connaissances et de professionnels, dans l’idée de faire émerger un urbanisme démocratique, open source et sur mesure ; un urbanisme qu’ils comptent exercer avec succès.



[1] Un sourire que traduit, par exemple, le ton léger de cette invitation : la Maison de l’urbanisme du Brabant organise le 9 décembre une conférence « Bimby : La fin des 4 façades, une alternative à la maison individuelle : faites construire dans votre jardin !  » 

[2] Cf. note précédente : « La lutte contre l’étalement urbain et la densification de l’espace n’encourage pas la construction de la maison individuelle, qui reste pourtant un des modèles préférés des Wallons … ».

[4] Quelques urbanistes des Etablissements Publics Fonciers nous ont souvent fait la remarque qu’il était courant, en fait, d’équilibrer certaines opérations en ZAC non rentables par la production et la vente de quelques lots libres, dont les acquéreurs sont en général prêts à payer plus cher la charge foncière que les promoteurs.

 

L’urbaniste : L’aspiration de la majorité des Français n’est donc pas contradictoire, finalement, avec les principes d’une Ville Durable. Ce raisonnement, qui sous-tend toute l’idée de la filière Bimby, est une sorte de « soulagement » pour tous ceux qui espèrent un retour possible du choix démocratique en urb... L'élu : pour peu que les habitants soient informés des possibilités qui s’offrent à eux, pour peu qu’ils aient connaissance de la valeur potentielle de leur bien (open source), pour peu qu’ils puissent la visualiser sous forme d’un projet concret et spécifique (sur mesure), alors la démocratie directe es...

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