Catégorie Démarche Bimby

Auteur(s) : - Hugo Receveur

Publié le 04 février 2012

Auteurs de l’ouvrage : Kristof Guez, Pierre et Rémi Janin, Sabrina Gilet, Alexis Pernet, Hugo Receveur

Droits photographiques : Kristof Guez

Photomontage : Rémi JANIN

Notions clés :
> construire sans manger sur les espaces naturels et agricoles
> proposer de nouvelles habitations dans les quartiers les mieux desservis

Cet article présente une partie du travail mené par une équipe de concepteurs missionnés par les Parcs Naturel Régionaux voisins de l’agglomération Clermontoise. Il s’agit d’extraits issus de la partie prospective de cette mission envisageant la transformation du territoire mi-urbain et mi-rural, dans les décennies à venir.

Résumé de l’ouvrage

À la fois décriés et peu regardés, les paysages périurbains reflètent l’évolution des modes de vie, des économies locales, des relations souvent paradoxales que les sociétés entretiennent avec leur milieu. Ce livre propose de partir d’une lecture du paysage périurbain pour envisager différents modes de projet, d’évolution et de transformation des espaces en cours de métropolisation.

Le contexte ici exploré est celui du Pays du Grand Clermont, entré dans une procédure de Scot (Schéma de cohérence territoriale). Sous l’impulsion des Parcs naturels régionaux des Volcans d’Auvergne et du Livradois-Forez, une équipe composée de paysagistes, d’un architecte et d’un photographe a sillonné ce territoire et propose des modalités pour rendre visible, comprendre le paysage périurbain et agir sur ses formes.

Porteur d’une démarche de projet ouvert, ce livre invite élus, professionnels de l’aménagement et citoyens à prendre une part active et consciente dans ce chantier contemporain.

Prospection : Fictions périurbaines

Outre la question de la plasticité des espaces périurbains, ces scénarios testent les mémoires des lieux, qu’elles soient collectives ou individuelles, politiques ou citoyennes. Le scénario est un outil de projection qui en appelle à notre souvenir pour mieux préparer l’avenir. Intenter sur le périurbain, c’est se donner les moyens de l’imagination, veiller à l’approche de l’inattendu pour mieux réveiller ce qui était oublié, sous l’urbain. À travers ces scénarios, sont explorées les capacités de transformation d’un lieu, et petit à petit, se dessine l’image d’une métropole productive, générative, capable d’assurer sa propre subsistance.

Il s’agit là d’un nouveau regard sur les espaces périurbains de la métropole, devenus espaces de projets, riches de possibles. Ces quelques scénarios n’ont ni valeur d’exhaustivité ni bien sûr de factualité, ils sont simplement des pistes de réflexion et de prospection.

Scenario : Travailler chez soi

« Au début je pensais que ce serait pénible, mais je mettais tellement de temps pour rejoindre le bureau de l’autre côté de la ville et l’essence était devenue tellement chère. J’ai revendu une voiture sur les deux que nous avions, et j’ai aménagé mon garage en bureau. Finalement le volume est convenable, je l’ai isolé par l’extérieur et j’ai transformé l’ancien portail en baie vitrée. J’ai ainsi une vue large sur le jardin, je suis tranquille et déconnecté du reste de la maison.

J’ai désormais un employé, il travaille dans la même pièce que moi, nous avons aménagé une petite salle de réunion au fond du bureau. À midi nous mangeons dans un restaurant qui a ouvert il y a peu au rez-de-chaussée d’un pavillon devenu obsolète pour ses anciens propriétaires. Je retrouve dans ce lieu plusieurs de mes voisins car nous sommes de plus en plus nombreux à travailler dans ce lotissement. Ce sont surtout des professions libérales mais il y a de plus en plus d’artisans, ainsi que des personnes qui, à mi-temps, proposent des services d’aide à la personne, ce qui n’est pas pour déplaire aux personnes âgées qui ont décidé de rester dans le quartier. Quelques magasins s’installent également et donnent parfois au quartier des allures de rue commerçante. Lorsqu’il m’arrive de rejoindre le centre, je prends le tram. Un arrêt a été installé au cœur du lotissement.

Je ne regrette pas de m’être installé ici, je profite le jour de mon jardin. Notre pavillon date un peu, les arbres sont maintenant grands et j’entends les oiseaux dès le matin. Il arrive aussi que des animaux sauvages traversent les lotissements, j’en aperçois parfois lorsque je commence tôt au printemps ou à l’automne. J’ai vu un chevreuil une fois et même un renard. Des apiculteurs nous ont aussi sollicités pour installer quelques ruches à l’arrière de la maison puisque cette façade est exposée vers l’est. Nous en avons deux. Le quartier commence à intéresser de nouveaux habitants, beaucoup ont vendu des bouts de terrain à d’autres, ce qui fait que les maisons sont plus nombreuses. De toute façon, cela devenait inévitable. En effet les espaces constructibles sont devenus rares car la métropole mène une nouvelle politique de maintien des surfaces agricoles productives. Dans la plaine, d’anciens bâtiments industriels ont même été supprimés pour retrouver des espaces de cultures. Pour notre part, nous avons vendu un bout de parcelle au nord de la maison, nous ne nous en servions d’ailleurs pratiquement pas. Le soir, j’essaie de ne pas finir trop tard, c’est toujours le risque de travailler chez soi, mais cela me permet d’aller chercher mes enfants à l’école. Le plus petit est à la crèche, à deux pas de la maison dans un ancien pavillon qui a été transformé. » 

Réflexion : Héberge et densifier

Héberger, c’est recevoir chez soi l’ami, l’étranger, le nouveau, l’ancien, l’étudiant. En construction, l’héberge est la ligne correspondant à la limite de mitoyenneté d’un mur de séparation commun à deux constructions contiguës, de hauteur inégale. Cette ligne prend toute son importance dans les villages sur buttes volcaniques où elle permet l’accumulation de constructions sur un même front, calées les unes contre les autres. Cette ligne d’appui est une ligne de structure entre une maison et sa voisine, mais aussi entre une entité urbaine et l’espace ouvert, posant alors la question d’une possible extension ou de la restriction, celle des isolats pavillonnaires.

Mais qu’en est-il lorsque fait défaut, dans certains quartiers, cette notion de mitoyenneté ? Là où autant d’entrebâillements pourraient accueillir des habitants cherchant à construire. Si nous considérons le mariage entre l’hébergement durable et le fait d’une mitoyenneté, nous envisageons là les possibles d’une ville dense.

Parlons alors de surface d’hébergement ou d’appui, un projet de voisinage ne peut être viable qu’à partir du moment où il est économiquement sensé pour les hôtes, propriétaires de leur bien et acteurs de leur quartier. Dans ce cas un projet d’architecture est essentiel afin d’allier le compromis à la valorisation des différents biens immobiliers.

Se poser ou se reposer, sur ou contre une entité existante, favorise la mise en place progressive d’une densité cohérente, évitant alors une consommation excessive des espaces métropolitains. Envisagé ainsi, cet appui devient le ferment d’un renouvellement architectural, s’inscrivant comme une suite du courant pavillonnaire. Le projet d’architecture est indispensable au développement de cet appui constructif et permet de l’affirmer non comme un parasitisme immobilier, mais bien comme un complément visant à un équilibre urbain.

Les opérations contemporaines cherchent à reproduire la densité passée, cela passe souvent par une architecture régionaliste, ou par une autre plus actuelle reproduisant l’apparence des cités ouvrières en bandeau. Se restreindre à ce choix reviendrait à confondre la copie avec l’original. Pour finir, n’oublions pas que la densité des centres anciens à laquelle nous faisons souvent référence s’est pratiquée sans tri esthétique, sans avoir à tout recommencer, mais bien en tolérant l’appui au fil du temps.

Liens externes : - Dossier de presse
- Aperçu de l'ouvrage à feuilleter
- Vidéo du lancement
- Retour de presse
- Photographe : Kristof Guez

L'habitant : À midi nous mangeons dans un restaurant qui a ouvert il y a peu au rez-de-chaussée d’un pavillon devenu obsolète pour ses anciens propriétaires. Je retrouve dans ce lieu plusieurs de mes voisins car nous sommes de plus en plus nombreux à travailler dans ce lotissement. Ce sont surtout des profess... L’urbaniste : À la fois décriés et peu regardés, les paysages périurbains reflètent l’évolution des modes de vie, des économies locales, des relations souvent paradoxales que les sociétés entretiennent avec leur milieu. Ce livre propose de partir d’une lecture du paysage périurbain pour envisager différents mo...

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