Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - Fordin Isabelle
- Astrid Tanguy

Publié le 24 Janvier 2012

Notions clés :
> solidarité intergénérationnelle

Une augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes

Nombreux sont les rapports portant sur le vieillissement de la population et la prise en charge de la dépendance [1]. En 2050, un français sur 3 aura plus de 60 ans [2] avec des risques potentiels de perte d’autonomie. Les enjeux du vieillissement de la population et de la dépendance des personnes âgées sont donc réels.

Aujourd’hui, les deux tiers des personnes dépendantes de plus de 80 ans résident à domicile et dans 4 cas sur 10 elles ne bénéficient que de l’aide que leur apporte leur famille [3].

La majorité des personnes âgées désire résider à domicile mais ces dernières vivent dans des logements de moins en moins adaptés à leur état physique, leurs maisons achetées 40 ans auparavant ne correspondant plus à leurs besoins actuels [4]. Pierre Laroque affirmait en 1962 que le maintien à domicile des personnes âgées est d’un point de vue social et économique préférable à d’autres solutions, aujourd’hui la majorité des professionnels de la gérontologie le confirme [5].

Le projet de recherche BIMBY a pour objet d’étude la densification des tissus pavillonnaires par construction de nouvelles maisons sur les terrains déjà bâtis, avant ou après division parcellaire.

Certaines personnes âgées ont déjà entrepris une démarche BIMBY qui pourrait en intéresser d’autres en leur apportant des solutions de financement d’adaptation de leur habitat pour favoriser leur maintien à domicile. Des entrevues ont été menées auprès de personnes âgées ayant initié une démarche BIMBY [6]. Celles-ci ont principalement entrepris la démarche en raison d’une moindre capacité physique ne leur permettant plus d’entretenir leur jardin voire leur intérieur et/ou en raison d’un bénéfice récolté pour disposer d’un complément de retraite ou pour couvrir des nécessités premières.

Trois principaux scénarios de vie de maintien à domicile se sont dégagés de ces entrevues :

- pour financer les travaux d’adaptation de sa maison la personne âgée vend une partie de son terrain en recourant à une division parcellaire, ce qui permet également de réduire le travail d’entretien de ce terrain.

- la personne âgée vend sa maison après division et en construit une autre sur son terrain, plus petite et mieux adaptée à sa condition physique, ce qui permet à la personne de rester dans un environnement familier (elle ne change pas de quartier) tout en ayant un logement neuf et adapté.

- la personne âgée part vivre chez ses enfants qui auront procédé à la construction d’un second logement sur leur terrain pour l’accueillir, ce qui permet également d’éviter l’isolement de la personne âgée et de maintenir les liens familiaux intergénérationnels.

Ces trois scénarios de maintien à domicile ont été présentés à des organismes d’aide aux personnes âgées en perte d’autonomie [7], avec la problématique suivante : dans quelle mesure sont-ils réellement adaptés aux besoins des personnes âgées dépendantes et peuvent-ils constituer une contribution significative pour favoriser le maintien à domicile ?

La synthèse des enquêtes menées auprès de ces organismes est présentée dans cet article.

Ces enquêtes ont été menées dans le département des Yvelines auprès d’acteurs effectuant un travail quotidien avec/pour les personnes âgées dépendantes, nous permettant ainsi d’obtenir des précisions sur leur vie quotidienne et d’identifier et analyser leurs besoins.

Les acteurs interrogés se situent à trois niveaux d’échelle :

- A l’échelle locale : trois associations d’aide au maintien à domicile

- A l’échelle territoriale : une coordination Gérontologique Locale (CGL)

- A l’échelle départementale : le Conseil Général et le PACT Yvelines (Propagande et Action Contre le Taudis)

Les professionnels de l'aide à domicile interrogés 

Au niveau local : des services médicaux aux services de loisirs

Trois acteurs appartenant à des associations différentes ont été interrogés : la directrice de l’association ASSOSS (animation et services aux seniors, aux personnes seules ou sédentaires d’Élancourt), le responsable du service mandataire de l’association ASADAVE (association d’aide à domicile aux personnes âgées de Versailles) et la directrice de l’association ASSAD (association de soutien et de services d’aide à domicile) située à Saint-Rémy-les-Chevreuses.

L’association ASSOSS, créée en 2004, propose auprès de ses 50 adhérents des services d’entretien du jardin (haies, etc.) et de la maison -hors ménage quotidien- ainsi que des activités collectives de bien-être : activités de maintien en forme et de socialisation. Le portrait type d’une personne âgée aidée à domicile par l’association est celui d’une femme de 60 à 75 ans habitant seule une maison individuelle sur la commune depuis très longtemps et suffisamment autonome pour entretenir son intérieur. L’attachement à son environnement proche, notamment à l’entraide de son voisinage, lui est primordial.

L’association ASADAVE, créée en 1954 à l’initiative de bénévoles, a pour objectif de permettre le maintien à domicile des personnes âgées et compte aujourd’hui 300 bénéficiaires pour une équipe de quatre vingt salariés. Les personnes aidées par l’association sont majoritairement des femmes âgées de 85 ans et plus, bénéficiant d’une auxiliaire de vie. Ce sont des personnes très dépendantes à la recherche de « solutions humaines », selon l’expression des acteurs rencontrés, leur permettant de rester le plus longtemps possible à domicile. Parmi les bénéficiaires, 20% vivent en maison individuelle. « Ces dernières ont fait construire des maisons spacieuses dans les années 1960, elles venaient de province et faisaient partie des cadres supérieurs et plus » [8].

L’association ASSAD de soutien et d’aide à domicile existe depuis 1967 et compte aujourd’hui 450 bénéficiaires (avec une moyenne d’âge de 90 ans) pour une soixantaine de salariés. La plupart des personnes aidées par l’association sont des femmes dépendantes de 85 ans et plus, bénéficiant d’une auxiliaire de vie. La majorité de ces bénéficiaires ont des revenus modestes et vivent en pavillon avec un jardin. Elles attachent beaucoup d’importance à la présence des voisins : « elles vivent seules, parfois bien entourées car ancrées dans leur quartier » [9].

Au niveau territorial : des services d’information et de coordination au service médico social

Le département des Yvelines est découpé en 9 territoires d’action sociale et médico sociale. Chacun de ces territoires dispose d’une coordination gérontologique locale (CGL) financée par le Conseil Général (CG).

La CGL Ville Nouvelle, correspondant au territoire situé au cœur du département des Yvelines, est l’une de ces 9 coordinations. La responsable de la CGL Ville Nouvelle indique que l’activité de son service est déléguée par le CG à l’association « La Rencontre » qui gère par ailleurs plusieurs établissements médico-sociaux dans le domaine du handicap.

La CGL Ville Nouvelle (CGL-VN) bénéficie d’un réseau important de partenaires, notamment des centres communaux d’action sociale (CCAS), des réseaux gérontologiques, des services d’aide à la personne et de soins à domicile ainsi que des secteurs d’action sociale. Elle est composée de 8 personnes : la responsable, une secrétaire, 4 travailleurs sociaux, 1 médecin gériatre, qui intervient une demi- journée par semaine, et une psychologue à raison de deux demi-journée.

L’activité de la CGL-VN s’organise autour de deux dispositifs.

Le premier consiste en l’évaluation, la mise en place et le suivi des plans d’aide dans le cadre de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) à destination des personnes âgées dépendantes. Le second met en œuvre les missions d’un centre local d’information et de coordination de niveau 3 [10] (CLIC). Ce dernier gère l’accueil, l’information, l’orientation, l’évaluation, la mise en place et le suivi des aides pour l’ensemble des personnes de plus de 60 ans sur le territoire de la CGL. Le CLIC s’adresse aux personnes âgées mais également à leurs aidants naturels et aux professionnels. Centre ressources, c’est également un observatoire du vieillissement sur son territoire. L’équipe intervient via des visites à domicile, des entretiens sur site et des actions collectives. Les problématiques liées au maintien à domicile, à l’isolement, à l’entrée en institution sont les motifs d’entrée en relation les plus fréquents.

Les appels générés auprès de la CGL VN sont initiés par la personne âgée ou par l’entourage familial, social ou des professionnels de santé de la personne âgée. En septembre 2011, 800 dossiers APA et 1000 dossiers CLIC sont enregistrés.

Au niveau départemental : des aides financières pour la présence d’auxiliaire de vie et l’amélioration de l’habitat

La responsable adjointe du service de soutien à domicile des personnes âgées/personnes handicapées du Conseil Général des Yvelines et le directeur du PACT Yvelines ont été interrogés.

Le vieillissement de la population et l’allongement de la durée de vie génèrent une augmentation du nombre de personnes âgées dépendantes [11]: le département a connu une augmentation de 7,5% de seniors [12] en quatre ans (246243 seniors en 2006 contre 267712 en 2010 [13]).

Pour leur venir en aide, l’Etat a mis en place en 2002 une allocation spécifique : toute personne âgée d'au moins 60 ans et nécessitant une aide quotidienne peut bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA). Il s’agit d’une aide pour le financement d’une partie des heures d’aide à domicile dont la personne âgée a besoin, par exemple les heures de présence d’une auxiliaire (cette aide peut aussi concerner d’autres aspects : dépenses liées à la dépendance, accueil de jour, aménagement du logement, etc.).

Le Conseil Général attribue cette aide en fonction du degré de dépendance, évalué notamment sur la base de variables concernant la perte d’autonomie domestique et sociale [14]. Le montant de l’APA est également déterminé en fonction des revenus de la personne âgée. La responsable adjointe du service du soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines estime que seuls 4,5 % des plus de 60 ans et 13 % des plus de 75 ans en bénéficient, dans le département des Yvelines.

D’autre part, l’isolement des personnes âgées peut être compensé par des dispositifs d’assistance payants mis en place par le Conseil Général : accueil de jour, accueil familial à caractère social, aide à la mobilité (PAM : pour l’aide à la mobilité), télé assistance ; et par des actions innovantes : gardes itinérantes de nuit, baluchonnage, etc.

Le PACT Yvelines, qui s’inscrit dans l’union départementale des PACT de France, contribue à l’amélioration d’un grand nombre de logements [15]. Selon le directeur de l’association, « la vieillesse, les accidents de la vie, la maladie réduisent parfois l’autonomie des personnes. L’adaptation du lieu de vie est une condition du maintien à domicile et plus largement du maintien dans une communauté sociale ». Ainsi, l’association s’adresse notamment aux personnes âgées dépendantes en axant ses services sur l’adaptation du domicile des seniors et l’accessibilité de leur lieu de vie pour les maintenir dans leur logement. Le personnel du PACT Yvelines conseille les personnes âgées et réalise les aménagements nécessaires, ceux-ci étant financés par l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH).

Le directeur souligne que le PACT Yvelines accompagne 500 personnes âgées par an en proposant notamment un partage de certains logements en vue de favoriser des liens intergénérationnels et procéder à une optimisation de l’espace.

Le maintien dans un environnement familier : un besoin réel

Aider les jeunes retraités à se projeter dans le « Grand Age »

La responsable de la CGL Ville Nouvelle souligne que 75% des appels reçus concernent des personnes âgées déjà dépendantes et insiste sur le fait que le nombre élevé de personnes dépendantes est assimilable à « une micro société » et qu’il continue d’augmenter. Elle rajoute que « la dépendance est cachée par la personne âgée qui ne court pas derrière ce statut et lutte contre cette perte d’autonomie jusqu’à recourir par obligation à une aide personnalisée ».

La responsable insiste sur l’aspect prévention de l’action de son équipe. En effet, elle constate que les jeunes retraités ne se projettent pas dans le « Grand Âge » et insiste sur le fait que « choisir son projet de vie, c’est pouvoir s’y impliquer ». Pour cela, des ateliers sont proposés aux personnes âgées sur l’idée de « bien vieillir ». En complément de ces activités et pour lutter contre l’isolement, des ateliers artistiques (théâtre, écriture, lectures publiques, rencontres intergénérationnelles, …) et des réunions collectives sont organisés. Ils permettent également de constituer une base documentaire, observatoire du « Grand Âge » et des problématiques liées à la dépendance.

Le besoin de rester à domicile

Selon la directrice de l’association ASSOSS, les trois scénarios présentés par les acteurs du projet de recherche Bimby correspondent au besoin des aînés : « rester le plus longtemps possible à domicile ».

Tous les acteurs rencontrés soulignent ce souhait de maintien à domicile de la part des personnes âgées et leur refus du placement en maison de retraite : « l’idée de placement en maison de retraite fait peur, une écrasante majorité de personnes âgées souhaite rester chez elles » [16]. Les bénéficiaires de l’ASADAVE n’envisagent pas non plus leur placement dans des institutions spécialisées : « le désir de rester chez soi reste très fort, la maison de retraite évoque souvent la solution finale » [17].

La directrice de l’ASSAD précise que 80% des personnes âgées de l’association vivent à domicile et certaines refusent l’idée d’être placées en institution. Les 20% restants représentent les personnes âgées placées en maison de retraite par choix ou par nécessité même si « le placement tardif d’une personne âgée en maison collective nuit à sa santé » [18].

Offrant des possibilités de maintien à domicile, la démarche Bimby intéresse donc les acteurs interrogés pour répondre au besoin de leurs bénéficiaires.

L’entourage comme facteur déterminant

Le maintien d’une personne à son domicile le plus longtemps possible ne dépend pas seulement de son âge. En effet, la présence de son entourage est déterminant [19], tout comme l’aide à domicile par l’auxiliaire de vie qui doit être adaptée au rythme de la personne âgée. Ainsi, le maintien au domicile sera d’autant plus efficace. Une des associations locales rencontrées le confirme : les personnes âgées sont très attachées à leur environnement proche, « les limites du maintien à domicile ne sont pas liées à l’âge. L’entourage est un facteur déterminant dans le maintien à domicile » [20].

Les scénarios de vie issus de la démarche Bimby intègrent cette notion d’entourage, que ce soit un entourage lié au voisinage (scénarios 1 et 2) ou familial (scénario 3). Ils s’inscrivent donc dans la conception des associations du maintien à domicile.

Des personnes âgées sensibles aux changements

Le directeur du PACT Yvelines souligne la nécessité d’approfondir l’aspect psychologique des scénarios. En effet, la personne âgée est sensible au changement de son environnement et s’en trouve affectée car le changement est vécu comme une intrusion à ses habitudes : « les modifications, mêmes minimes, indispensables à la santé de la personne âgée sont problématiques » [21].

Cela peut concerner les modifications apportées à leur intérieur, auxquelles les personnes âgées sont très sensibles : « la personne âgée accepte les modifications simples dans son logement, par exemple une rampe, mais pas l’installation d’un gros équipement, par exemple un lit médicalisé » [22]. Certaines d’entre elles refusent l’aide qui pourrait leur être apportée. Une période d’adaptation est nécessaire pour tisser une relation de confiance entre la personne âgée et l’auxiliaire de vie, « il y a une nécessité de rassurer et d’entrer en douceur chez les bénéficiaires » selon la directrice de l’association ASSAD.

Les modifications affectant les personnes âgées peuvent également concerner un changement de situation ou d’habitat. La responsable travaillant au Conseil Général des Yvelines indique notamment que le deuxième scénario présenté, consistant à construire une nouvelle maison sur son terrain et à vendre l’ancienne, est délicat car « la personne âgée peut avoir des difficultés à accepter quelqu’un d’autre vivre dans sa maison ». Cet attachement affectif à la maison dépend sans doute des personnes, et les sociologues du projet Bimby ont pu interroger des personnes âgées chez qui ces aspects n’ont pas constitué des obstacles insurmontables [23].

Par ailleurs, toujours selon la responsable travaillant au Conseil Général des Yvelines, sensibles au changement, les personnes âgées sont très attachées à la transmission de leur patrimoine. « Soucieuse de léguer à ses enfants la totalité de ses biens, une personne âgée pourrait être réticente à recourir à une division parcellaire », sa crainte étant de diminuer les biens revenant de droit à ses enfants. Cette crainte peut être réelle alors que dans les faits, dans les agglomérations soumises à une forte pression foncière, procéder à la division et à la vente d’une partie de terrain augmente la valeur du patrimoine global de la personne, les terrains constructibles étant une denrée rare.

Disposer d'un gain financier pour rester à son domicile

Des difficultés pour rester à domicile

Alors que la majorité des personnes âgées souhaite rester vivre à domicile, un nombre relativement élevé de personnes âgées est obligé de quitter la maison familiale en raison de charges trop importantes [24]. En effet, le maintien à domicile coûte très cher et « vendre une partie de son terrain est un moyen très intéressant pour bénéficier d’un gain financier sans se mettre en danger » [25]. La démarche Bimby s’adresse donc notamment aux personnes âgées ayant besoin d’un apport financier pour rester vivre chez elles.

Par ailleurs, en raison d’un contexte économique actuel difficile, certaines bénéficiaires de l’association ASSOSS privilégient l’aide financière qu’elles apportent à leurs enfants en vendant leur maison plutôt que de rester y vivre. Dans certains cas, procéder à la vente d’une partie de leur jardin permettrait aux personnes âgées d’une part de rester à domicile et d’autre part d’apporter une aide financière à leurs enfants plus aisément.

Le directeur du PACT Yvelines note également l’apport financier qu’engendre la démarche Bimby : celle-ci « existe sans qu’on le sache et il pourrait être intéressant de l’envisager chez des personnes qui auraient besoin d’accroître leurs ressources ». En effet, une part élevée de personnes âgées accompagnées par les associations interrogées vit en pavillon et leurs revenus sont très modestes.

Un financement de l’aide au maintien à domicile amoindri

Certaines associations rencontrées s’accordent pour dire qu’une partie des personnes âgées dépendantes pourrait bénéficier de l’APA mais elle n’en fait pas la demande. En effet, certaines d’entre elles sont dans une phase de refus de leur dépendance ou se découragent devant les procédures administratives, d’autres veulent se débrouiller toutes seules.

De plus, les financements attribués par la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) et l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH) sont progressivement réduits [26]. En effet le nombre d’heures attribué aux personnes âgées dépendantes a été régulièrement diminué [27], pourtant, le maintien à domicile nécessite un suivi régulier et donc l’intervention de personnels médical, social (auxiliaire de vie) et technique (installation d’équipements spécialisés, entretien adapté, etc.). Mais si proportionnellement les plans d’aide prennent en charge moins d’heures, en revanche la dépense globale de l’APA à domicile augmente régulièrement au Conseil Général des Yvelines.

Selon le témoignage de certaines associations, l’évolution du secteur du service d’aide à la personne âgée dépend des financements et de la crise économique. Avec une baisse de financements, une très forte chute d’activités au sein du secteur est à craindre. Seuls 3 à 4% des enfants de personnes âgées dépendantes prennent en charge totalement leur parent. Selon la responsable adjointe du service de soutien à domicile des personnes âgées/personnes handicapées du Conseil Général des Yvelines, les trois scénarios présentés sont très intéressants dans la mesure où la personne âgée est maintenue à domicile. Les interventions à domicile pourraient se poursuivre, ce qui serait moins perturbateur pour la personne âgée et ne risqueraient pas de mettre en péril le secteur des services à la personne.

Ainsi, pour le directeur du PACT Yvelines, la démarche « Bimby peut être une réponse ». Toutefois, les associations insistent sur l’approche économique qui ne peut pas être acquise spontanément par une personne âgée. Un accompagnement doit porter l’ensemble du projet jusqu’à sa réalisation. A ce sujet, la commune pourrait être un maître d’ouvrage intéressant et rassurant pour une personne âgée, notamment dans les petites communes où les maires et leurs adjoints sont souvent connus de leurs habitants [28]. Certaines personnes âgées pourraient également initier une démarche Bimby en étant accompagnées par leurs enfants et/ou petits-enfants si elles en ont besoin.

Un accompagnement nécessaire des personnes âgées dépendantes

A l’ASADAVE, les enfants et petits-enfants sont généralement les interlocuteurs immédiats de l’association et les décisions sont souvent prises avec leur aval. La majorité des personnes âgées de l’association bénéficie de la proximité de leur famille. C’est le cas de l’association ASSAD pour laquelle les enfants s’adressent et s’en remettent à l’association pour obtenir une aide à domicile et un suivi médical de leur parent. Généralement, ils suivent l’évolution du vieillissement du parent par le biais de l’association. Cette dernière joue un rôle d’intermédiaire, de médiatrice voire de confidente auprès des membres de la famille, « certains parents n’aiment pas que les enfants décident à leur place (intervention dans les soins, la toilette) » [29].

Selon la directrice de l’association ASSAD, le projet BIMBY est très intéressant car « aujourd’hui beaucoup d’enfants ne peuvent pas prendre en charge leurs parents chez eux ». Cependant, il s’agit, selon elle, d’un projet à construire avec les enfants ou de jeunes retraités. En effet, les personnes dépendantes en âge avancé ne sont plus en mesure de réaliser un tel projet. La directrice de l’association ASSOSS le confirme en indiquant que ce projet doit être porté par de jeunes retraités ou par les enfants des aînés en perte d’autonomie. En effet, il nécessite un accompagnement et un suivi permanent jusqu’à sa réalisation et « une personne âgée aura tendance à baisser les bras face à un tel projet ».

Par ailleurs, le directeur du PACT Yvelines souligne que les aspects juridiques, patrimoniaux et architecturaux sont très importants dans une démarche Bimby et nécessitent l’intervention d’acteurs spécialisés en partenariat avec les métiers d’assistance à maîtrise d’ouvrage.

Lutter contre l'isolement par un rapprochement parents-enfants 

Préserver l’intimité : une condition essentielle au fonctionnement de la démarche

Le scénario 3, qui consiste pour la personne âgée à habiter une nouvelle maison construite dans le jardin de ses enfants, est le plus intéressant selon certains acteurs rencontrés car il est « rassurant pour la personne âgée et aussi pour les enfants qui pourront mieux l’aider » [30]. Permettre aux seniors d’habiter dans un environnement familial contribue donc à lutter contre leur isolement mais également à tisser des liens intergénérationnels. Le responsable de service de l’association ASADAVE va plus loin en soulignant la nouvelle réflexion que propose le projet BIMBY sur la façon d’habiter, dont l’intérêt serait d’intégrer la mixité sociale.

Toutefois, selon certains acteurs interrogés, l’idée de rapprochement parents-enfants reste conflictuelle. En effet, les règles de comportement liées à l’indépendance et à l’intimité doivent être respectées pour que les relations entre parents et enfants soient maintenues. « Le rapprochement des parents n’est pas toujours positif. Quelques cas existent où la personne dépendante et sa famille sont sur le même terrain et personne ne se parle » [31].

Cependant, pour d’autres acteurs, ce scénario est intéressant dans la mesure où l’intimité de chaque membre de la famille est préservée, « personne ne vit chez personne, [c’est une] forme d’indépendance pour le couple aidant-aidé » [32].

Le projet de recherche Bimby s’attache à étudier cette thématique de préservation de l’intimité des habitants lors de la densification de leur parcelle. Des solutions architecturales et d’implantation du bâti permettant le respect de l’intimité de chaque habitant seront mises en évidence, dans le cadre du projet, pour prévenir les conflits familiaux potentiels.

D’autre part, selon l’acteur travaillant au Conseil Général des Yvelines, le changement d’environnement immédiat du senior peut être mal vécu : « il est tout de même à craindre une perte de repère de la personne âgée en raison du nouvel emménagement. C’est un autre mode de vie ». La directrice de l’association ASSAD en donne un exemple : une des bénéficiaires de l’association a entrepris une démarche BIMBY en faisant construire une maison adaptée dans le jardin de ses enfants. « Elle a perdu tous ses repères, cela n’a pas fonctionné du tout » [33]. Ne serait-il pas préférable d’envisager un rapprochement parents-enfants chez le parent dépendant ?

Un foncier à disposition des enfants, une aide à disposition du parent

L’entretien mené auprès de la directrice de l’association ASSAD a permis de mettre en exergue un quatrième scénario qu’il est possible d’intituler « enfants logés, parent aidé. Dans ce scénario, la personne âgée permet à ses enfants de construire une deuxième maison dans son jardin. Les enfants, en contrepartie, assurent une aide régulière répondant au besoin d’accompagnement de leur parent. Il s’agit du scénario rencontré le plus fréquemment par l’association ASSAD et perçu par la responsable de la CGL Ville Nouvelle comme étant actuellement la solution mise en œuvre sur son territoire. La directrice de l’association ASSAD précise que ce scénario est généralement réalisé en début de carrière des enfants, les parents aidant leurs enfants financièrement en leur apportant le foncier.

Actuellement, un nouveau scénario se dessine au travers d’habitations récentes, bâties volontairement de façon à accueillir un parent devenu dépendant. En effet, un studio est aménagé dans la maison familiale des enfants lors de sa construction. Lors de l’entretien mené avec la directrice de l’association ASSAD, une variante du scénario « enfants logés, parents aidés » s’est révélée envisageable : la personne âgée propose à ses enfants de construire une deuxième maison adaptée à sa dépendance dans son jardin. Les enfants habitent à leur tour dans la maison familiale. Ils peuvent ainsi assurer l’accompagnement nécessaire au changement d’habitation du parent dépendant, répondre à ses besoins et réduire le coût d’acquisition d’une maison en ne payant pas le foncier à bâtir.

Les scénarios du projet BIMBY sont des réponses possibles aux besoins des personnes âgées - Des solutions qui demandent un accompagnement

Les scénarios présentés par les acteurs du projet de recherche Bimby apportent des solutions pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie et répondent à la logique des associations rencontrées, notamment celle du PACT Yvelines qui consiste au partage des modes d’habitation, au maintien des liens intergénérationnels et à une optimisation de l’espace. Cette adéquation répond bien à la volonté d’adapter le domicile des seniors et de rendre accessible leur lieu de vie résidentiel pour les maintenir dans leur logement.

Les professionnels rencontrés estiment les scénarios de vie qui leur ont été présentés comme réalisables, s’ils correspondent aux souhaits des personnes âgées et si elles sont accompagnées dans leur démarche. Il serait alors envisageable de les maintenir le plus longtemps possible à domicile, mais aussi de préserver leur environnement par de nouveaux aménagements adaptés à leur condition de vie, en construisant un logement mieux adapté ou en entreprenant des travaux d'adaptation de leur domicile.

L’ensemble des professionnels du maintien à domicile enquêtés a donc insisté sur le fait que les personnes âgées dépendantes ne sont plus en mesure de s’engager toutes seules dans une démarche de division parcellaire (scénarios 1 et 2), de vente de leur maison (scénarios 2 et 3), ou de construction d’un nouveau logement (scénarios 2 et 3). Ce sont leurs enfants qui pourraient en être à l’initiative. Les jeunes retraités pourraient également être des acteurs potentiels dans cette solution de densification, ce qui a été constaté lors d’entrevues menées dans le cadre du projet [34].

De plus, un accompagnement de la part des organismes d’aide à l’amélioration de l’habitat semble opportun. En effet, ils pourraient être des partenaires potentiels privilégiés pour le diagnostic et le conseil aux particuliers propriétaires souhaitant initier une démarche Bimby.

Les sommes perçues à la suite de la vente de l'ancienne maison ou du terrain divisé permettraient de financer ces aménagements mais également l’assistance au maintien à domicile dont la personne âgée a besoin, sans avoir besoin de recourir à l'aide financière de ses enfants.


[1] Laroque, 1962, « Politique vieillesse », publication de la Commission d'étude des problèmes de la vieillesse

[2] INSEE, 2010, « Projections de population à l'horizon 2060 »

[3] Soullier, Weber, 2011, direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), publication de l'implication de l'entourage et des professionnels auprès des personnes âgées à domicile n°771

[4] Laroque, 1962

[5] Soullier, Weber, 2011

[6] B. Sabatier, I. Fordin, 2011, « La densification pavillonnaire : quels motifs individuels ? » publications sur le site internet bimby.fr et article à paraître dans la revue Etudes Foncières

[7] Un support graphique regroupant des exemples concrets de densification par division parcellaire destinée à accueillir une personne âgée leur a été présenté

[8] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable du service mandataire de l'association ASADAVE, le 06 septembre 2011

[9] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSAD, le 09 septembre 2011

[10] Présentation des niveaux de label

niveau 1 : informer, orienter, faciliter les démarches, fédérer les acteurs locaux

niveau 2 : informer, orienter, faciliter les démarches, fédérer les acteurs locaux, élaborer un plan d'accompagnement ou un plan d'intervention

niveau 3 : informer, orienter, faciliter les démarches, fédérer les acteurs locaux, évaluer les besoins, élaborer un plan d'aide, accompagner et assurer le suivi du plan d'aide en lien avec les acteurs extérieurs, coordonner

[11] Evaluations 2010 des Coordinations Gérontologiques, document transmis par la responsable adjointe du service soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines

[12] Dans cet article, est appelé « seniors » toute personne âgée de 60 ans et plus

[13] Evaluations 2010 des Coordinations Gérontologiques, document transmis par la responsable adjointe du service soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines

[14] Le degré de dépendance est évalué selon une grille AGGIR (autonomie gérontologie groupe iso-ressources)

[15] Source : site internet du PACT, www.pact78.org

[16] Extrait de l'entretien mené auprès de la responsable adjointe du service soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines, le 07 septembre 2011

[17] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable du service mandataire de l'association ASADAVE, le 06 septembre 2011

[18] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSAD, le 09 septembre 2011

[19] Extrait de l'entretien mené auprès de la responsable adjointe du service soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines, le 07 septembre 2011

[20] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable du service mandataire de l'association ASADAVE, le 06 septembre 2011

[21] Extrait de l'entretien mené auprès du directeur du PACT Yvelines, le 08 septembre 2011

[22] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSAD, le 09 septembre 2011

[23] http://bimby.fr/2011/04/diviser-sa-parcelle-pour-sy-batir-une-maison-de-plain-pied

[24] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSOS, le 06 septembre 2011

[25] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable du service mandataire de l'association ASADAVE, le 06 septembre 2011

[26] Extrait de l'entretien mené auprès du directeur du PACT Yvelines, le 08 septembre 2011

[27] Un sénior bénéficiant de 25 heures d'aide à domicile il y a 10 ans se voit attribuer seulement 5 heures aujourd'hui (exemple donné par la directrice de l'association ASSAD)

[28] Extrait de l'entretien mené avec le directeur du PACT Yvelines le 08 septembre 2011

[29] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSAD, le 09 septembre 2011

[30] Extrait de l'entretien mené auprès de la responsable adjointe du service soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines, le 07 septembre 2011

[31] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSAD, le 09 septembre 2011

[32] Extrait de l'entretien mené auprès de la responsable adjointe du service soutien à domicile du Conseil Général des Yvelines, le 07 septembre 2011

[33] Extrait de l'entretien mené auprès de la directrice de l'association ASSAD, le 09 septembre 2011

[34] B.Sabatier, I.Fordin, 2011

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