Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 15 Mai 2013

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012


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I love Bimby

 

Intervenante :

Natacha BOIDRON, Architecte

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Introduction :

Approche sensible et vision personnelle de la démarche Bimby dans le cadre d’une pratique libérale naissante : un exercice de modestie vers une rencontre possible avec l’architecture ordinaire et familière pour un projet ambitieux, « sustenable » ; l’architecte citoyen humaniste, colibri de la ville en crise ! 

Télécharger ici la version pdf du résumé et de la retranscription complète de l'atelier

 


Résumé :

 

En tant qu’architecte libérale, Natacha BOIDRON est enthousiaste à l’égard du projet Bimby, qui l’invite à se remettre en question et à agir dans la mesure de ses moyens, par petites touches. La démarche Bimby entraîne un changement de point de vue de l’architecte sur le pavillonnaire. Elle place en outre les habitants au cœur du processus de développement périurbain. Avec la densification douce, elle pose enfin un regard neuf sur les tissus pavillonnaires, envisageant de nouvelles manières d’habiter ensemble.

 


Retranscription :

 

Conférence de Natacha BOIDRON, Architecte, I love Bimby

Benoît LE FOLL : Nous tenions à faire intervenir des professionnels, pour qu’ils nous parlent de la manière dont ils souhaitent s’investir et développer leur activité autour de la démarche Bimby. Ayant remarqué un article de blog intitulé « I love Bimby », nous avons pris contact avec son auteur. Natacha Boidron, architecte, va donc nous expliquer comment elle voit la démarche Bimby dans sa pratique.

 

Natacha BOIDRON : Je suis architecte à Libourne, petite ville située près de Bordeaux. Comme vous venez de l’expliquer, j’ai été conviée à participer à ce colloque, suite à la parution, sur mon blog, d’un article intitulé « I love Bimby », dans lequel je reprenais les grands principes de la démarche.

 

Je suis donc présente aujourd'hui pour partager mon enthousiasme à l’égard de Bimby. J’ai structuré ma présentation en trois parties. Dans la première, je ferai état de la limite assignée à mon rêve d’architecte. Par la suite, je vous présenterai les éléments qui me paraissent fondamentaux dans la démarche Bimby. Enfin, je vous raconterai comment Bimby vient mettre du rose dans mon quotidien.

 

1. La limite de mon rêve d’architecte

Mon rêve d’enfant était de construire des maisons pour les gens. Ainsi, à sept ans, j’ai décidé de devenir architecte. En effet, lorsque l’on pose la question à un enfant, il définit l’architecte comme une personne qui construit des maisons. Dans le langage courant également, auprès des adultes, des non initiés, un architecte « fait des maisons ». Pourtant, dans la réalité, l’architecte fait peu de maisons.

La maison individuelle se trouve dans un contexte dualiste. D’un côté, il existe une culture du pavillon, celle des constructeurs, et de l’autre, il existe la culture de la maison, celle de l’architecte. Ce contexte est difficile à faire évoluer. Chacune de ces cultures propose une démarche très différente. Dans la culture du pavillon, le constructeur propose un produit fini, une sorte de modèle idéal personnalisable et régionalisable. Il avance sur ses certitudes. Dans la culture de la maison, l’architecte répond d’abord à des questions : à qui, pour qui, comment, pour quoi faire ? En effet, sans questions, sans programme, il ne peut exister de projet. L’architecte conçoit l’objet d’un rêve. Lorsqu’ils consultent un architecte, les gens rêvent de leur maison depuis longtemps. Tout au long du processus de conception, ils vont s’imaginer vivre dans leur maison. Ce rêve les aide à avancer dans leur vie, dans leur construction de vie. Il doit donc être en adéquation avec leur vie. L’architecte se sert du regard des gens sur la vie pour se situer au plus près des demandes, des goûts et des besoins de ses clients. Il avance sur ses doutes.

 

En résumé, les deux cultures que je décris n’utilisent pas le même langage. Je m’aperçois que je suscite de la crainte ou du mépris chez le futur habitant. Soit je représente un rêve inaccessible, réservé à une élite cultivée ; soit je suis tout juste bonne à apposer ma signature et mon cachet sur un projet que l’on me demande de ne surtout pas faire. J’observe également, chez mes confrères, qu’en général l’architecte ne s’intéresse pas à l’exercice de la banalité. Aménager un garage, modifier une façade, construire la maison de Monsieur et Madame Tout-le-Monde ne répondent pas à son ambition. Ces missions sont trop peu rémunératrices au regard de l’accompagnement pédagogique qu’elles impliquent.

 

Autour de ces lieux communs, mon rêve d’enfant trouve ses limites. Il m’arrive parfois de me dire qu’il serait utile d’ajouter sur ma plaque la mention « maître d’œuvre », afin d’attirer davantage de clients. Dans ce contexte, en tant qu’architecte, moi qui rêve de construire des maisons, je n’en construis pas. Je vois dans la démarche Bimby la possibilité de cultiver une ouverture d’esprit propice au changement, en particulier sur le présupposé de ce qu’est un architecte et de ce qu’il fait.

 

2. Les éléments fondamentaux de la démarche Bimby

Bimby implique un changement de point de vue sur le pavillonnaire. Ni au-dessus, ni en dessous, nous nous trouvons à côté, et cette forme de perspective ouvre le champ de la réflexion.

Je vois dans la démarche Bimby la possibilité de cultiver une ouverture d’esprit propice au changement de point de vue sur la banlieue pavillonnaire, qui est en général le vilain petit canard de l’architecture ordinaire et familière, de la non-ville. Bimby vient ainsi réveiller l’ouverture d’esprit endormie de l’architecte. Jusqu’à présent, ce dernier avait comme placé un paravent pour ne pas voir le pavillonnaire.

Ensuite, Bimby apporte la conciliation, qui me semble un terme plus approprié que concertation. La conciliation comporte en effet une notion d’échange. La démarche proposée, consistant à mener des entretiens avec les habitants, place ces derniers au cœur du processus de développement. L’habitant devient ainsi le sachant de sa maison, de son jardin, de son quartier. L’architecte n’apparaît plus comme le gardien de la réglementation, ni comme un démiurge capricieux, mais comme un homme-outil nécessaire. Face à cette inversion, une nouvelle langue se fait jour, et la relation peut naître.

Bimby repose enfin sur l’intensification, qui est une sorte de densification positive, moins dévalorisante. Bimby pose un regard neuf sur les tissus pavillonnaires et donne naissance à des propositions durables, au sens premier du terme, à savoir qui durent. La densification douce mène à de nouvelles manières d’habiter ensemble. Elle peut faire émerger des questions de proximité, de relations intergénérationelles, de logement social. Cette densification positive va générer des modes de vie différents, et va peut-être enfin poser la question de l’urbanité des espaces.

 

3. Comment Bimby vient mettre du rose dans mon quotidien

J’ai été salariée pendant huit ans dans une petite structure. Je me suis installée en libéral il y a neuf mois afin d’ouvrir mon horizon. Saisie par la difficulté d’une pratique isolée, dans ma recherche de clients, à quoi prétendre si ce n’est à la maison individuelle ? Dans ce contexte, la rencontre avec Bimby, en juin 2012, m’a ouvert le champ des possibles. Bimby m’invite à me remettre en question et agir à ma mesure, par petites touches, comme le colibri. Je citerai un texte extrait du livre Pierre Rahbi, intitulé La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et attirés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ces agissements dérisoires, lui dit : Colibri! Tu n’es pas fou? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu?

- Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part ».

Comme le colibri, je m’interroge sur les moyens dont je dispose pour accompagner cette démarche. Cela explique aussi la raison de ma présence à ce colloque. En particulier, je m’interroge sur les moyens que je peux mettre en œuvre pour inciter ma commune à se pencher sur cette question. Je dois aller à la rencontre du maire, essayer de le convaincre. A ce jour, je fais de l’affichage sur les fenêtres de mon agence, pour informer les habitants. J’organise également des ateliers pédagogiques avec des enfants, au cours desquels je les invite à réfléchir sur l’architecture, la ville et l’espace public. Cela requiert l’usage d’un langage approprié, un peu comme l’architecte à la rencontre d’un client qui souhaite construire un pavillon. Il s’agit de trouver les mots, qui ne sont pas ceux que nous utilisons dans notre jargon.

 

Pour conclure, je vous lirai un extrait de l’ouvrage de Françoise-Hélène Jourda, Les 1 001 mots du développement durable à l’usage de tous. A la rubrique « pédagogie », l’auteure nous dit : « Le développement durable bouleverse les mentalités et contrecarre beaucoup d’intérêts. De plus, il est difficile de faire percevoir à chacun qu’il doit être acteur et que cette démarche lui sera, à plus ou moins long terme, favorable. Un discours pédagogique est indispensable, car ce ne sont pas les élites, qu’elles soient intellectuelles ou financières, qui détiennent la clef de ce changement des mentalités, mais chacun d’entre nous. Expliquer une fois, deux fois, et recommencer, et finalement remporter l’adhésion. Car s’il y a un concept qui se partage, c’est bien celui du développement durable ».

Face à l’item « Architecte », elle ajoute : « Si l’architecte ne s’implique pas fortement dans cette démarche, acceptant de remettre en question sa pratique, ses habitudes, son écriture, il ne se comporte pas en citoyen responsable ».

 

De la salle : Dans la continuité de la présentation de Natacha Boidron, quels moyens peut-on mettre en œuvre, pour prolonger, en tant que professionnel privé, la recherche Bimby ?

 

Benoît LE FOLL : Cette question renvoie à nos travaux de cet après-midi. Mais je peux déjà vous donner quelques clefs. Nous souhaitons que le Bimby soit libre, comme un logiciel libre. Nous avons conçu de nombreux composants : des outils de communication, des guides de rédaction des règles du PLU, des outils d’analyse sociologique, des solutions techniques, etc. Tous ces outils sont mis à la disposition des acteurs intéressés par la démarche. Comme dans les logiciels libres, si vous utilisez un outil de Bimby dans le cadre de votre activité, vous remettez au pot, par la suite, ce que vous avez développé ou adapté.  

 

Le projet prendra fin le 8 décembre 2012. Nous avons disposé de moyens importants pour mener ce projet, à savoir trois millions d'euros de recherche.

A présent, nous souhaiterions voir des « colibris » se déployer un peu partout en France, qui se l’approprient. Il serait bien que les professionnels, des agents immobiliers aux CAUE, en passant par les constructeurs etc., arrivent à se créer des lieux sur les territoires, où ils iront chercher ces outils et en feront de nouveaux à partager. Il existe 36 000 communes en France, et des millions de maisons à construire. Cela requerra l’implication de tous.

Nous essaierons de continuer à faire vivre le site Bimby, qui a vocation à être l’encyclopédie de la densification pavillonnaire. Nous aimerions que les acteurs, sur les territoires, se fassent leur propre vision de Bimby. Nous ne vous donnerons pas de méthode toute faite. Chaque territoire doit reconstruire la façon dont il devra se densifier. Nous mettons à votre disposition de multiples outils… à vous de construire votre stratégie locale, en fonction des enjeux spécifiques des territoires. Il ne peut y avoir une méthode s’appliquant uniformément à l’ensemble du territoire.

 

De la salle : Toutes les communes de France ont-elles connaissance du projet à ce jour ?

 

Benoît LE FOLL : Nous avons organisé environ 200 conférences depuis trois ans, un peu partout en France. Nous pouvons donc considérer qu’un certain nombre de communes ont connaissance du projet. D’autres conférences sont prévues. Nous comptons aussi sur vous pour aller porter Bimby sur les territoires. Il existe également un certain nombre de vecteurs, comme les CAUE, qui, pour la plupart, communiquent à ce sujet. Nous allons faire en sorte que les directions départementales des territoires soient aussi des vecteurs d’information. Là encore, il vous revient de propager les idées du Bimby.

 

De la salle : Disposez-vous d’un relais au ministère du Logement ?

 

Benoît LE FOLL : Pour arriver à faire ce que nous avons fait, il nous a fallu nous montrons un peu cavaliers. Nous n’avons pas demandé toutes les validations requises, nous n’avons pas tout mené dans les formes. Le ministère n’est donc pas très content après nous.

Il n’empêche que nous bénéficions de soutiens au Certu, qui est l’organisme dépendant du ministère du Logement, en charge de l’urbanisme. Il est présent aujourd'hui. Nous avons par ailleurs bon espoir de nous réconcilier prochainement avec notre tutelle.

 

David MIET : En réalité, Bimby suscite de nombreux débats et n’emporte pas l’adhésion de tous. Hier, le vice-Président du conseil régional de l’ordre des architectes d’Île-de-France. Le débat existe aussi au sein de sa structure. Certains acteurs ont une image positive de la démarche. D’autres non. Il est certain que Bimby donne lieu à de nombreux débats, également au sein des CAUE. Notre ambition n’est d’ailleurs pas spécialement de parvenir au consensus. Nous estimons qu’il est bénéfique de créer des débats. Il s’agit d’une forme de diffusion qui nous convient.

 

Benoît LE FOLL : On nous demande d’ailleurs souvent si le projet de Bimby est ancré à droite ou à gauche. Or, nous avons rencontré des maires de toutes obédiences politiques. Certains sont présents aujourd'hui à ce colloque. Bimby constitue un outil, et nous sommes des architectes, des techniciens. Il ne nous revient pas de prendre des décisions, celles-ci incombent aux élus. Nous ne recherchons pas un ancrage politique, mais un outil permettant aux élus de développer une politique qui correspond aux aspirations des habitants.

À télécharger : - R TED I love Bimby.pdf
- Agence Natacha.pdf

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Commentaires 1 Commentaire(s)
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Bruno Sabatier | 22 Mai 13 à 11:42

I love la fraicheur de cette architecte : enthousiasmant