Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 17 Septembre 2012

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

L’architecture des micro-parcelles au Japon : perspectives pour les architectes

 

 

Intervenante :

Selva DENIAUX, architecte.

 

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Introduction :

 

Il est possible d’établir un parallèle entre l’évolution des tissus pavillonnaires au Japon et le projet Bimby. L’exemple japonais montre l’appropriation par les architectes des parcelles issues de redécoupages successifs. De la même manière, le projet Bimby, en générant des parcelles plus complexes à lotir, représente un potentiel terreau pour les architectes. Au Japon, cette densification a généré une architecture particulière, sur mesure, et innovante.

 

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Résumé :

 

Compte tenu de la densité de Tokyo, de la généralisation de l’habitat individuel, du coût du foncier et de l’importance des taxes de succession, les parcelles sont exiguës (200 mètres carrés en moyenne). Les règles de construction en vigueur les contraignent davantage, obligeant les propriétaires à édifier les maisons au moins à deux mètres de l’axe de la rue et à ne pas ombrager les bâtiments existants. Ainsi, les architectes doivent redoubler d’innovation et d’ingéniosité pour produire des habitations dans des parcelles si exiguës et contraintes. Les maisons à demi-niveaux permettent ainsi de séquencer les actes de la vie quotidienne et à chaque habitant d’investir l’espace et d’exister sans gêner les autres. Une maison en N peut ainsi mélanger l’espace extérieur et l’espace intérieur, introduisant le jardin et les arbres dans la maison. L’architecte peut également jouer sur la lumière zénithale, afin d’apporter lumière et intimité à la maison dans un tissu dense. Enfin, les architectes s’appuient sur les usages de leurs clients, pour exclure ceux qui ne sont pas nécessaires et accorder davantage d’espace aux activités quotidiennes des habitants. La France peut s’inspirer des réalisations des architectes japonais des années 2000, même si les réglementations, le climat et la relation entre architectes et ingénieurs n’y est pas la même. Le premier enjeu pour Bimby est de replacer l’architecte au début du processus et de faire de l’architecte une solution, davantage qu’une obligation réglementaire.

 

Retranscription :

 

Selva DENIAUX : La ville de Tokyo est dense, horizontale, très fragmentée et étendue en termes de banlieues. La forme d’habitat la plus répandue est le pavillon individuel. La ville a explosé au cours du XXème siècle. Elle se compose d’un tissu hétéroclite de pavillons datant d’époques diverses, avec des parcelles de 200 mètres carrés en moyenne. La moitié d’entre elles s’étend sur moins de 100 mètres carrés. En effet, le prix du foncier et les taxes de succession sont très élevés à Tokyo, à tel point que les héritiers vendent une partie de leurs terrains afin de s’en acquitter. C’est la raison du développement au Japon de micro-parcelles particulières.

 

Plusieurs règles de construction définissent la forme de ces micro-parcelles. L’article 1 des textes en vigueur indique qu’un seul édifice peut être bâti sur une parcelle. L’article 54 interdit au propriétaire de construire un bâtiment au bord d’une parcelle : il doit être en retrait de la limite de la parcelle d’une distance qui varie de 0,5 à 2 mètres, selon les quartiers. Cette obligation trouve sans doute son fondement dans la forte sismicité de la zone. Les articles 19 et 43  indiquent qu’une parcelle doit être  en contact avec la rue sur deux mètres au minimum, pour être constructible. C’est la raison pour laquelle les parcelles découpées en bandeau sont courantes à Tokyo.

 

D’autres règles d’urbanisme transforment ces parcelles, déjà complexes, en des surfaces encore plus petites. Ainsi, un règlement d’urbanisme entier impose aux nouvelles constructions de ne pas ombrager les édifices existants. La construction d’une nouvelle maison devient plus compliquée, dans un tissu très dense, où les voisins sont très proches de part et d’autre, lorsque le propriétaire ne peut faire de l’ombre aux constructions existantes. Toutes ces contraintes sont l’occasion pour les architectes de redoubler d’inventivité pour rendre habitables ces lieux souvent exigus et peu engageants.

 

Par ailleurs, la rue doit s’étendre sur un minimum de quatre mètres de large. Lorsqu’une rue ne répond pas à cette contrainte, les maisons doivent être distantes d’au moins deux mètres de l’axe central de la rue. La zone plus proche de la rue est inconstructible et réservée au domaine public. Ces contraintes obligent les architectes à innover pour rendre ces parcelles complexes habitables.

 

Plusieurs solutions permettent de construire une grande maison sur un petit terrain situé au cœur d’un espace très dense. Ainsi, les maisons à demi-niveaux amplifient une petite surface. Les espaces de vie sont multipliés ainsi pour séquencer et espacer les activités quotidiennes. Ainsi, l’aménagement de la maison est surtout horizontal et diagonal. Les divers habitants de la maison peuvent ainsi prendre place à différents étages et exister sans se gêner, dans un espace suffisant.

 

La maison N est constituée d’une succession de plans, de sorte que l’espace extérieur et l’intérieur se mêlent. Les attributs typiques de l’enveloppe extérieure, y compris les arbres, parfois, s’introduisent dans la maison.

 

La maison en mosaïque, qui tire parti essentiellement de la lumière zénithale, préserve l’intimité de la maison - ce qui est un pari difficile dans des quartiers aussi denses -, tout en tenant compte de l’environnement extérieur et du voisinage. Les architectes n’hésitent pas à exclure certains usages de la maison pour gagner plus de place sur les activités essentielles des habitants, ce qui suppose de bien connaître les habitudes des habitants.

 

La France peut sans doute utiliser tous ces principes dans le cadre du projet Bimby. Cependant, je suis consciente que les réglementations et le climat y sont forts différents, et que la complicité entre architectes et ingénieurs n’est pas si évidente. Cependant, je suis persuadée que nous parviendrons à innover et à développer de nouveaux modes de vie et de nouvelles architectures dans ces parcelles.

 

Un intervenant : Comme vous le savez, les architectes se sont désintéressés de la maison individuelle, notamment pour des raisons financières. Comment imaginer aujourd’hui qu’ils puissent trouver un intérêt économique et culturel à se replonger dans ces problématiques, sur des espaces petits ? Avez-vous pris le pouls de la profession sur ces aspects ?

 

L’animateur : Le premier enjeu consiste à faire revenir l’architecte au début du processus. Or il rencontrera les habitants avant l’élaboration du PLU. Il doit intervenir en amont, avant le redécoupage. En outre, ces parcelles deviennent de véritables lieux d’architectures, sur lesquels les architectes sont les seuls capables de proposer des solutions et d’adapter l’architecture aux modes de vie. L’architecte ne doit pas être une obligation réglementaire, mais une solution.

 

Un intervenant : La profession et la rémunération posent problème également.

 

L’animateur : A 10 000 euros le mètre carré, l’optimisation des parcelles prend tout son sens.

 

À télécharger : - 23 TED architecture des micro parcelles.pdf
- présentationBIMBY.pdf

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