Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 17 Septembre 2012

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Intervenant :

Thomas HANSS, paysagiste.

 

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Introduction :

Les quartiers résidentiels urbains et périurbains sont couramment associés à l’idée de déficit en matière d’espaces publics. Squares, jardins ou places y sont rares et la qualité vécue de ces espaces ne repose pas sur de tels aménagements. Ces quartiers possèdent pourtant un réel potentiel de qualité d’espace public : un potentiel à cultiver à travers le traitement des jardins privés et les initiatives d’habitants.

 

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Résumé :

Les petits projets peuvent apporter de la qualité à un espace public lorsqu’ils sont cumulés à l'échelle d'une rue. Un espace public est un lieu libre d’accès à tous et propre à accueillir des usages variés. Les riverains d’un quartier pavillonnaire utilisent peu les squares et les placettes, disposant déjà de jardins. Pour apporter de la qualité en termes d’espace public pavillonnaire, la rue semble un terrain plus judicieux. En effet, les façades, les clôtures et les jardins représentent une interface entre les parcelles privées et l’espace public. Ainsi, Montfermeil fourmille d’exemples où la parcelle privée apporte de la qualité à l’espace public, que ce soit par les façades végétales, la préservation des arbres, les façades repères, l’ouverture de la parcelle sur la rue ou les haies séparant les propriétés. Ainsi, les habitants créent des éléments attirants de l’extérieur, qui font repère dans un espace où le quadrillage est régulier et les rues rectilignes. Il apparaît donc que le pavillonnaire n’est pas systématiquement synonyme d’enfermement. La crainte peut être la suivante : si Bimby prend forme, la division parcellaire créera de nouvelles voies d’accès sur rue. Cependant, plusieurs stratégies de division peuvent préserver la qualité de l’existant, en préservant les arbres. À Montfermeil, quatre propriétaires ont pris le parti de créer une seule voie d’accès de la rue, en préservant les quatre propriétés et les quatre parkings autour d’un jardin commun. Dans un autre cas de figure, deux maisons sont mitoyennes. Une partie de la parcelle voisine est ouverte sur le stationnement, l’autre sur le jardin du voisin.

 

Retranscription :

 

Thomas HANSS : Je vais m’intéresser à la micro-conception de petits projets, qui, cumulés sur une rue ou un quartier, peuvent apporter de la qualité de vie. Ce n’est pas une vision planificatrice. Le jardin privé serait-il l’avenir de l’espace public des quartiers résidentiels ? La question est tranchée.

La notion d’espace public, très large, intéresse autant la philosophie, la politique et l’urbanisme. Voici ma définition : un espace public est un lieu libre d’accès à tous et propre à accueillir des usages variés. Si j’essaie de recenser ces derniers, je dois pouvoir m’y repérer, cheminer d’un point à un autre, rencontrer d’autres personnes, jouer, se souvenir, contempler de la végétation ou des détails architecturaux, m’arrêter ou encore me reposer. Nous pouvons trouver d’autres usages, mais un espace public qui permettrait ces activités serait déjà intéressant.

 

Lorsque j’entends parler d’espaces publics, nous avons l’image d’une grande place. Parmi les espaces publics rénovés, nous avons la Place de la République à Paris, ou encore les berges du Rhône à Lyon. Cependant, les projets peuvent être plus restreints. Les efforts se portent davantage sur des lieux où la vie publique est scénarisée. Ils sont ponctuels et restreints. Dans un quartier pavillonnaire, nous ne trouverons ni place, ni placette, ni jardin. Cependant, les espaces publics s’en trouvent-ils absents ? Nous en trouvons différents types. L’opérateur d’un quartier pavillonnaire assez récent d’Elancourt a décidé d’y créer un espace public. Un petit square y est implanté. Or ces espaces sont finalement peu utilisés, car les riverains ont déjà un jardin.

Je vous conseille de vous rendre à Saint-Quentin-en-Yvelines. Chaque espace de ville nouvelle détient son musée du quartier pavillonnaire. Dans certains tissus, l’opération a été très réfléchie, avec un système de places et d’aires de jeu. Or ils sont peu utilisés, voire en déshérence. À mon sens, si nous souhaitons apporter de la qualité en termes d’espace public pavillonnaire, la rue me semble un terrain d’étude plus judicieux.

 

La rue-type de Montfermeil comporte peu de plantations. L’espace public est constitué de la voirie et des réseaux, plus ou moins publics. Celui que je perçois se compose d’une voirie, mais également d’une série de façades, de clôtures et de jardin constituant l’interface entre le public et le privé. Certaines rues sont plantées. Certaines autres obligent à l’abattage d’arbres. La commune a refait la voirie d’une autre rue, avec une série de bordures. Pour autant, elle n’est pas forcément intéressante. Une autre rue est plus amène, en dépit de l’état de la voirie. La raison tient aux jardins privés. Ainsi, pour ajouter de la qualité à ce type d’espace, comment intervenir ? Nous réalisons actuellement une étude à Montfermeil. Nous recensons des éléments de parcelle privée, qui apportent de la qualité à l’espace privé. Ainsi, les façades végétales représentent un motif récurrent. Dans une autre parcelle, c’est l’arbre qui constitue la façade. Nous avons également relevé les haies, qui séparent les parcelles. Par ailleurs, certains arbres remarquables constituent Montfermeil, dont un tilleul de 200 ans, ou un bosquet de chênes. Les personnes ont choisi de préserver ces végétaux. Par ailleurs, les façades repères permettent aux promeneurs de se repérer dans le tissu pavillonnaire de Montfermeil, composé d’un quadrillage régulier et de rues rectilignes. Les vergers et les jardins paysagistes donnent également sur la rue. Ainsi, les riverains choisissent un traitement ouvert sur rue, et de réaliser un effort, en créant un élément attirant qui fait repère. Les façades patrimoines sont repérées au PLU de Montfermeil. Ainsi, les riverains du pavillonnaire ne se désintéressent pas forcément de l’espace public. En effet, ils choisissent de le préserver. L’enfermement n’est pas la règle. Nous pouvons en montrer une autre image. Dans un certain nombre de situations, la parcelle privée se retourne sur l’espace public. Un riverain a choisi de poser du mobilier sur la rue. Les jardins trottoirs attestent également de la volonté de l’habitant de participer à une belle rue. Un habitant a choisi d’installer deux places de stationnement accessibles par la voie publique, avec l’implantation d’un arbre sur voie publique et un retrait du mur de clôture. Ainsi, l’observation de l’existant et le travail avec l’habitant peuvent favoriser la mise en place de petites opérations, pour apporter une véritable qualité d’usage sur une rue donnée.

 

De la salle : Si nous décidons de densifier le tissu pavillonnaire avec Bimby, nous devrons minéraliser le début de la parcelle, en fond de rue, au détriment d’autres arbres. Non ?

 

Thomas HANSS : Certes, nous pouvons croire qu’une division parcellaire crée de nouvelles voies d’accès sur rue. C’est problématique, d’autant que l’espace de stationnement est limité. Cependant, plusieurs stratégies de division peuvent préserver la qualité de l’existant. Certains propriétaires privés ont pris ce parti. Dans un certain nombre de divisions en drapeau, un accès très mince a permis de préserver l’arbre. 

 

L’animateur : Vous retrouverez les discussions sur le site Internet.

 

Thomas HANSS : Ces questions manquent de modèles. A Montfermeil, nous nous étions intéressés à deux situations, notamment de divisions en drapeau. Elles étaient gérées par le privé de façon très qualitative. Dans le premier cas, la parcelle regroupait quatre logements. Les quatre propriétaires ont traité la parcelle comme jardin en commun, avec un seul accès sur rue, un seul portail, quatre maisons, quatre garages. Dans le second cas, deux maisons sont mitoyennes. Sur la parcelle voisine, une partie est ouverte sur le stationnement, l’autre sur le jardin du voisin. Ainsi, nous trouvons déjà des formes de division pertinentes pour répondre à ces questions-là.

 

L’animateur : Je passe la parole à Hugo Receveur, paysagiste. Sis près de Clermont-Ferrand, il ne subit pas une pression foncière exceptionnelle, ni coûteuse. Pourtant, il se confronte à toutes ces questions. Il dressera ainsi un exposé de son travail sur les centres bourgs.

 

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