Catégorie Presse

Publié le 16 Juillet 2014

Le rêve de la maison individuelle avec jardin est, la plupart du temps, réalisé en vue d’y vivre avec des enfants. La phase familiale a une durée limitée, alors que l’espérance de vie augmente. Beaucoup d’habitations initialement destinées à la vie de famille sont donc, après le départ des enfants, encore longtemps occupées par les parents seuls.

Quartiers qui vieillissent avec leurs habitants

Les propriétaires de maisons individuelles n’ont souvent pas tenu compte de leur vieillissement lors du choix du terrain, de l’implantation ou de l’organisation de la maison. Déménager dans un logement plus petit et mieux adapté peut être une solution. Mais ce type d’habitation, accessible aux personnes âgées, ne se trouve pas forcément au bon endroit. En conséquence, quitter la maison unifamiliale pour un logement plus adéquat implique souvent de changer radicalement de contexte et d’environnement. Or, nombre de personnes âgées – et tout particulièrement les propriétaires de pavillons, qui ont fait le choix de « vivre à la campagne » – tiennent à rester dans leur environnement familier, à maintenir leur réseau social de proximité et ne sont pas forcément prêtes à quitter leur voisinage et leur commune sans y être contraintes.

Réserves inexploitées : sous- occupation des maisons individuelles et réserves à bâtir internes

Dans les décennies à venir, le vieillissement des propriétaires actuels ainsi que l’augmentation de l’espérance de vie devraient encore accentuer la sous-occupation des maisons individuelles (avant leur éventuel retour sur le marché immobilier). L’offre de pavillons à vendre pourrait alors – du fait de l’évolution démographique et des styles de vie – largement dépasser la demande. Pour éviter demain la dévalorisation, voire les friches de quartiers de maisons individuelles, il faut susciter aujourd’hui l’intérêt des propriétaires en devenir pour le tissu bâti existant et ses réserves à valoriser.

Les réserves sont, pour une partie, liées à la sous-occupation des maisons unifamiliales. La sous-utilisation du potentiel à bâtir lors de la construction initiale de la maison représente l’autre partie. Ces réserves sont une opportunité à saisir pour les particuliers comme pour les communes.

Stratégie de valorisation : densification douce

Une stratégie de valorisation consiste à transformer bâtiment et jardin de manière à ce qu’ils puissent accueillir non seulement une, mais deux habitations, dont une au moins soit adaptée aux besoins d’habitants vieillissants.

La création d’un logement supplémentaire dans le tissu bâti de maisons individuelles se révèle souvent difficile et demande du doigté afin de préserver les qualités intrinsèques à ce mode d’habitation mais également pour garantir un développement urbain structuré et harmonieux des quartiers existants.

Comment s'y prendre

Dans le livre Métamorphouse. Transformer sa maison au fil de la vie (PPUR, 2014) Mariette Beyeler présente un vaste éventail de recommandations pour saisir le potentiel de transformation qu’offrent les réserves dans les maisons individuelles et les tissus pavillonnaires déjà construits. De nombreuses photos, plans et schémas illustrent la diversité des scénarios de transformation envisagés et des réponses architecturales réalisées. Cinq contributions d’auteurs issus de différentes disciplines (démographie, sociologie, économie, psychologie et droit) mettent en lumière les divers enjeux liés à la requalification par subdivision de l’habitat individuel.

Douze projets exemplaires

L’ouvrage est complété par la présentation détaillée de douze projets réalisés. Cette sélection montre l’éventail des typologies d’interventions possibles et la diversité des formes d’habitat envisageables :

  • une transformation qui permet aux propriétaires de rester dans leur maison sans changement de programme ;

  • plusieurs exemples d’habitations qui ont été subdivisées en deux logements séparés ;

  • trois cas de maisons individuelles qui ont été surélevées ou complétées par une annexe ;

  • un ensemble exemplaire d’immeubles en propriété par étages, dont les logements offrent la possibilité de subdivision interne.

Ces douze exemples n’ont pas valeur de recettes. Ils visent à éveiller l’envie d’utiliser ou de transformer avec créativité l’habitat individuel. Des situations similaires peuvent être interprétées différemment, et donner lieu à des solutions très diverses.

 

La plupart des maisons individuelles ne sont pas conçus pour une subdivision interne. Créer un deuxième logement dans un pavillon existant est une affaire complexe, raison pour laquelle le livre se concentre principalement sur des transformations et les stratégies d’interventions très concrètes pour résoudre les problèmes rencontrés. Quand le nombre de ménages et d’habitants augmente, il est, à titre d’exemple, primordial de préserver l’intimité de chaque habitation. En conséquence, une grande attention est portée à la manière dont sont traités les espaces semi-privés, les accès, les jardins et espaces extérieurs, les vues et les possibilités de retraite pour chaque ménage.

 

Ill 1

Sur une parcelle déjà bâtie, la surface habitable peut être augmentée en construisant une annexe ou une nouvelle construction indépendante...

... ou en exploitant mieux le volume bâti existant (p. ex. en le surélevant ou en aménageant la cave ou les combles)…

ou en aménageant de nouveaux espaces habitables aussi bien à l’intérieur qu’à côté de la maison existante.

(Illustrations: Mariette Beyeler. Métamorphouse)

 

Ill 2

Monsieur et Madame M. (67 et 62 ans, deux enfants, trois petits-enfants) construisent leur maison dans les années 1980. Leurs enfants sont encore petits.

 

Après le départ des enfants, les parents restent seuls. L’entretien de la maison et du jardin demande beaucoup d’énergie et de temps.

 

Ils décident d’agrandir et de surélever leur maison pour la subdiviser en deux appartements indépendants : un plus petit au rez-de-chaussée et un plus grand en duplex à l’étage.

Le rez-de-chaussée abrite l’appartement sans obstacles du couple de propriétaires; l’étage est aménagé en duplex avec terrasse généreuse pour une jeune famille. La propriété est aujourd’hui habitée par plus de personnes que jamais, sans que la qualité de l’habitation et des espaces extérieurs n’en ait pâti.

(Illustrations: Mariette Beyeler. Métamorphouse)

Ill 3

                                Avant

Avant

La propriétaire âgée habite seule une maison et un jardin dont l’entretien devient trop lourd.

 

                                Après

Après

La subdivision et la surélévation permettent l’aménagement d’une habitation généreuse pour un ménage supplémentaire.

 

(Illustrations: Mariette Beyeler. Métamorphouse)

Subdivision horizontale, annexe et surélévation pour deux habitations superposées

Architecte : Dietrich Untertrifaller

 

 

 

1. Subdivision horizontale, annexe et surélévation pour deux habitations superposées

(Photos : Ralph Feiner)

 

2. Chaque logement dispose de sa propre entrée, séparée l’une de l’autre par une paroi coulissante.

(Photos: Ralph Feiner)

 

3. La surélévation bénéficie de son propre espace extérieur.

(Photos: Ralph Feiner)

Illustrations

Sources : Mariette Beyeler. 2014. Métamorphouse. Transformer sa maison au fil de la vie. Lausanne: Presses polytechniques et universitaires romandes, PPUR.

www.metamorphouse.info

 

Par Mariette Beyeler

Architecte dr. sc EPFL

 

 


 

 

Liens externes : - http://www.metamorphouse.info