Catégorie Blogosphère

Publié le 06 Décembre 2012

Hélène Ancion • 6 décembre 2012 • Aménagement du territoire / Fédération Inter-Environnement Wallonie des associations au service de l’environnement

Source(s) : Fédération Inter-Environnement Wallonie des associations au service de l’environnement

Notions clés :
> NIMBY VS BIMBY

 


-

 

 

 

 

 

 

Dès qu’un projet de construction rencontre des résistances, il se trouve quelqu’un pour accuser ses opposants, à tort ou à raison, de "NIMBYsme". Voilà le grand mot lâché, un mot en -isme, obscur à souhait, aux sonorités étranges et assez faciles à retenir. Mais que recouvre-t-il au fait, ce NIMBY ? Wikipédia donne, dans sa version anglophone, une définition claire suivie d’une très amusante liste d’acronymes apparentés.

 

D’abord, la définition

NIMBY est l’abréviation pour "Not in my back yard", qui stigmatise le refus de développements immobiliers ou d’infrastructures trop proches de chez soi. Il est le versant urbanistique de l’attitude générale de rejet de toute concrétisation d’une politique dont on applaudit par ailleurs les principes. Le ou la NIMBYste refuse les sacrifices personnels sur l’autel de l’intérêt général ; il a nécessairement des vues étroites, égoïstes et myopes. Le vaste schéma de développement de sa région, qui explique l’opportunité du projet et le rend nécessaire à tel endroit précis, lui échappe. Accuser une personne de NIMBYsme revient donc à lui ôter toute longueur de vue, toute capacité de jugement incluant l’intérêt collectif. Ce n’est pas innocent.

Alors qu’il existe à coup sûr des citoyens tracassés seulement par leurs petites affaires et par le rendement de leur patrimoine immobilier, il en est d’autres qui s’indignent face à des projets mal ficelés, qui refusent d’échanger une rentabilité à court terme contre des déprédations définitives à l’environnement bâti, humain et naturel. Mettre les deux catégories de réaction dans un même casier étiqueté "NIMBY", est un amalgame douteux, de très mauvaise politique.

 

Les 7 secrets du NIMBY

A l’orée des années 2000, la Fédération Inter-Environnement Wallonie donnait la recette pour provoquer un bon NIMBY de derrière les fagots : "Les 7 secrets du NIMBY". Vous les trouverez en ligne sur le portail de l’Environnement animé par l’administration régionale. En voici le détail :

  1. Se conformer sans conviction aux conditions d’exploiter et maquiller les entorses en "petits accidents inévitables".
  2. Fonctionner sans contact avec la communauté locale.
  3. User d’appuis politiques pour concocter une révision du plan de secteur en vue d’étendre l’exploitation.
  4. Demander un permis d’exploiter [permis d’environnement] et être juste en-dessous du seuil où une étude d’incidences est obligatoire.
  5. En cas d’étude d’incidences, faire pression sur le bureau d’étude pour que l’analyse soit favorable. Faire également pression tout au long du processus auprès des responsables politiques pour que cela passe sans problème.
  6. Se conformer de manière minimaliste aux obligations d’enquête publique et de concertation.
  7. Commencer à installer le projet avant d’avoir les autorisations.

Cette recette infaillible pour soulever des nuages de colère révèle en miroir quelles attitudes seraient à cultiver pour qu’un projet évolue positivement. Comme le disent ces pages mises en ligne il y a douze ans par la DGO3, "peut-être ne s’agit-il finalement que de suivre quelques règles élémentaires à toute relation humaine : être de bonne foi, être rigoureux et construire." Ces règles valent pour toutes les parties impliquées dans un projet, du promoteur au riverain, en passant par l’autorité publique et l’administration, tant communale que régionale.

 

Quelques acronymes apparentés au NIMBY (glanés sur Wikipédia)

NIABY
"Not In Anyone’s Backyard" résume l’opposition à des projets qui seraient malvenus partout sur la planète. Un site nucléaire, une entreprise Grand SEVESO, sont des cibles de choix pour le NIABY.

NAMBI
"Not Against My Business or Industry" témoigne de l’aversion d’un entrepreneur pour une action, généralement publique ou citoyenne, qui menace la pérennité de son entreprise. S’il élargit son souci à la pérennité d’un secteur économique, ou à tout le moins à une filière d’entreprises, il ne peut plus être accusé de NAMBI.

BANANA
"Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything (or Anyone)" traduit la résistance à toute forme de projet, quel qu’il soit : ne construisez absolument rien nulle part, près de quoi que ce soit (ou de qui que ce soit) !

FRUIT
"Fear of Revitalization Urban-Infill and Towers" signifie à peu près "crainte de la revitalisation qui comble les dents creuses urbaines et construit des tours". Le mot FRUIT, qui renvoie à l’acronyme BANANA, a été utilisé une première fois dans un article de l’industrie immobilière de Vancouver pour désigner des opposants locaux irrationnels face à des développements planifiés. Le jeu sur les mots devait souligner la variété des réactions d’oppositions, jugées toutes plus absurdes les unes que les autres.

LULU
"Locally unwanted land use", c’est à dire une affectation du sol à un usage et à des installations utiles à la société, mais que personne ne souhaite - en général - avoir dans son voisinage. Les dommages potentiels, les nuisances, la baisse de qualité de vie ou les valeurs immobilières amenuisées sont des motifs que les riverains avancent pour refuser le projet. Les LULU forment un catalogue impressionnant : décharges, prisons, hôpitaux, routes, usines, centrales énergétiques, parc à conteneurs, etc. La planification par les autorités s’efforce d’atténuer les effets indésirables d’un LULU ; elle s’appuie sur les règlements repris dans les Codes de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire pour localiser le plus judicieusement possible, pour organiser la consultation, pour déterminer des zones tampons et même enjoindre de camoufler les constructions du LULU à l’aide de végétation.

NIMEY 
"Not In My Election Year" ou "pas durant l’année de ma réélection", un réflexe très tenace chez nos politiciens. L’acronyme avait été mentionné par un participant au colloque "Nouvelle législation et bonnes pratiques de prévention et de gestion du NIMBY" de 2001 lors du débat avec la salle. Pour les références du colloque, voyez ci-dessous la partie "en savoir plus".

PIBBY
"Put In Blacks’ Back Yard" ("mettez [ça] dans le jardin des Noirs") dénote la faculté désarmante dont usent des habitants nantis pour refuser un projet de développement dans leur quartier, tout en fermant les yeux sur ce même projet quand il propose de s’implanter dans un quartier moins favorisé économiquement. Il s’agit d’une dénonciation du racisme urbanistique qui sévit aux Etats-Unis, mais le phénomène est également dénoncé en Europe de l’Ouest. Pour toucher du doigt les inégalités environnementales en Wallonie, il faut par exemple comparer les réactions aux projets carriers dans la vallée de la Meuse. Les nuisances sont toujours bonnes pour celui qui ne sait pas comment s’en protéger, ni faire valoir ses intérêts. Quant à celui qui sait comment réclamer auprès du bourgmestre, peu lui chaut si le caillou vient à manquer ou s’il y a du chômage technique à la clef, du moment que son coup de fil a pu freiner l’avancée du front de taille.

SOBBY
"Some Other Bugger’s Back Yard" est tout simplement "[mets ça dans] le jardin d’un autre mec", autrement dit le NIMBY de base, le NIMBY du gamin / de la gamine qui refuse de grandir : "Le projet est sûrement valable et tout et tout, pas besoin de s’interroger là-dessus cent-sept ans, il faut juste qu’il ne vienne pas ici, parce qu’ici c’est juste derrière chez moi. Et ailleurs, n’importe où, ça ne me gênera pas, même juste derrière chez mon voisin." Pour compléter cette définition, on notera que "sobby" est un adjectif anglophone familier utilisé pour dire "renifleur", "à la larme facile" ou encore "qui finit de pleurer doucement", voire "qui, par un mouvement saccadé de sa respiration, annonce un gros sanglot". Au pays de Candy...

Ceci n’est pas un acronyme mais une métaphore
"Drawbridge mentality" :
 Wikipédia est décidément très loquace sur le sujet du repli et du rejet des projets urbanistiques. A travers sa définition de la "mentalité du pont-levis", elle décrit une attitude très courante en Wallonie. Les automobilistes qui ne veulent pas de trafic dans leur rue, les néo-ruraux qui militent contre la construction d’un nouveau lotissement à côté du leur, vous l’aurez compris, c’est la mentalité du pont-levis. Une fois qu’on a trouvé son coin de paradis, on refuse l’accès à quiconque. Porte close ! Parfois, on refoule aussi ceux qui étaient là d’abord : « Tant qu’on y est, virez-moi ces fermiers qui passent à du 20 à l’heure avec leurs engins pleins de boue dans MON village.  »

 

A contre-courant de la rebuffade

BANeR
« Best Available Neighborhood Relations » est une sorte de label défendu par Inter-Environnement Wallonie, il y a quelques années, pour encourager la recherche de l’excellence dans les relations riverains-projet et couper l’herbe sous le pied du défaitisme et des intrigants. L’appel avait été lancé en 2008... il pourrait reprendre vigueur aujourd’hui, pour viser le meilleur voisinage possible, notamment dans les lieux de « haute densité ».

BIMBY
« Build In My Back Yard » est, comme son intitulé ne l’indique pas, un projet français. Il s’attache à définir une nouvelle filière de production de la ville, capable d’intervenir au cœur des surfaces urbanisées. Cette filière s’appuierait sur la capacité des acteurs de l’urbain (habitants, techniciens, élus) à mobiliser le foncier des tissus pavillonnaires pour financer le renouvellement et la densification progressive de ces quartiers. Les animateurs de ce mouvement ont pu observer que l’intérêt des individus peut aller dans le sens des intérêts de la collectivité. Par exemple, diviser un terrain pour mieux valoriser son bien sur le marché immobilier permet de proposer une offre diversifiée de logements individuels sur un territoire, sans engendrer d’étalement urbain.

YIMBY
« Yes In My Back Yard » marque l’assentiment de citoyens envers des projets qui rencontrent des obstacles de type NIMBY : les YIMBYstes demandent expressément à ce que tel projet soit mis dans leur quartier, malgré les protestations NIMBYstes exprimées par ailleurs. Il existe, d’après Wikipédia, des coalitions YIMBYstes informelles à San Francisco, Los Angeles, Phoenix, Seattle, Stockholm, Gothenburg, Uppsala, Oslo, Toronto. Leur appui s’avère décisif, notamment pour des projets de logement social et de nouveaux logements abordables. Des parcs éoliens sont aussi soutenus par ce genre de groupement, de façon à contrer l’opposition générée par le NIMBY.

 

Pour prévenir le NIMBY, des conseils qui n’ont pas pris une ride

  • Aux entrepreneurs et promoteurs :

"Parlez juste, plutôt qu’en quadrichromie"
La forme de votre communication importe, bien sûr. Mais ne vous trompez pas de genre : le dépliant sur papier glacé distribué dans toutes les boîtes aux lettres sera probablement contre-performant, alors que le « parler vrai » en réunion vous fera gagner des points.

"Travaillez aussi en interne : tous vos collaborateurs parlent pour vous"
Il y a la position officielle, et puis celle que l’on peut percevoir. La manière dont vos collaborateurs expriment votre projet sera une confirmation ou une trahison de votre position officielle. Et son influence risque de ne pas être mince…

  • Aux autorités :

"Soyez là"
A tort ou à raison, les citoyens perçoivent souvent leurs représentants comme décalés, dans un monde particulier, abstrait des contraintes quotidiennes. Une des réponses est votre présence sur le terrain, dans les réunions où les discussions naissent, les crispations s’amorcent et où les solutions peuvent germer.

"Soyez neutre"
Vous êtes au cœur du dossier et pourtant vous devez être étranger à chacun des intérêts en jeu. Vous représentez la collectivité et avez charge de veiller au bien commun, qui n’est réductible ni à la satisfaction immédiate de votre électorat, ni au seul développement économique de votre région. Vous ne pouvez être partisan, mais vous devez intervenir : en garantissant la procédure, en décidant et surtout en veillant au suivi et au contrôle.

"Dépoussiérez les moyens de consultation"
Les outils de consultation qui sont à votre disposition sont principalement l’enquête publique. Il n’est pas rare que ces procédures deviennent une sorte de routine, dans laquelle plus personne ne ressent clairement les enjeux. Pourtant, une consultation bien menée, dépassant le cadre habituel et consacré de la procédure, peut s’avérer très efficace pour des projets potentiellement conflictuels.

  • Aux riverains :

"Fondez votre combat sur l’intérêt général"
Il y a des projets inacceptables. Mais il y a aussi des projets légitimes, même si on ne voit pas du meilleur œil qu’ils s’installent au bout de son jardin.

La seule façon d’être pertinent, et donc mobilisateur au-delà du cercle des personnes directement intéressées, est de fonder son combat sur l’intérêt général. Un projet paraîtra contestable aux yeux de l’extérieur non pas parce qu’il vous incommode, mais parce qu’il va à l’encontre du bien commun et d’une certaine idée de ce que doit être le respect de l’environnement.

Dans cette optique, ne perdez pas de vue que l’intérêt général n’est pas la défense collective d’intérêts particuliers.

"N’oubliez pas que vous avez des hommes en face de vous"
Certes, des projets sembleront parfois être menés par des machines, des monstres administratifs ou capitalistes autistes. Ce n’est pourtant jamais le cas. Dans les projets, à leur base, il y a toujours des hommes qui sont aussi des êtres raisonnables, sensibles et citoyens.

Il n’est pas impossible que, derrière la gangue de leurs fonctions, ces hommes vous entendent. Les attaquer à titre personnel ne les incitera jamais à la bienveillance à votre égard.

Acceptez le dialogue
Une position de principe consiste à refuser tout dialogue : "projet inacceptable, ça ne se discute pas"
Outre son caractère obtus, ce comportement de pur rejet risque de se retourner contre vous. Par exemple, si vous introduisez un recours contre l’acceptation d’un projet, il sera facile de vous rétorquer un manque de coopération, alors que votre participation aurait permis de nourrir la nuance de la décision.

Pour retrouver ces recommandations et bien d’autres, visitez les pageshttp://environnement.wallonie.be/nimby/

 

Faire du NIMBY une force de travail : en savoir plus

Liens externes : - http://www.iew.be/spip.php?article5111=