Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - Flore Bringand

Publié le 03 Mai 2013

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Le projet urbain à l’initiative des habitants

 

Animatrice :

Flore BRINGAND, Professeur ENSA de Rennes

 

Intervenante :

Anna GONZALES, Architecte

 

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Introduction :

 

Hybridation fertile / une voie pour « faire ville » à partir de l’initiative individuelle privée. Si la densification de la ville existante est aujourd’hui admise, il faut encore lui donner du sens. Elle doit être profitable pour les habitants pionniers et désirable pour la génération suivante en apportant une meilleure « habitabilité de la ville ». Dans le cas des lotissements existants, composés d’une multitude de propriétés privées juxtaposées, une stratégie urbaine et architecturale est nécessaire pour solidariser, inciter et réguler les actions individuelles. De nouvelles typologies d’habitat interstitielles, « hybrides » sont à inventer pour mettre en place les conditions de l’intime, de « l’être chez soi » et de « l’accueil de l’Autre », seules garantes d’une acceptabilité sociale des nouveaux « vis-à-vis ».

 

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Résumé :

 

L’objectif de l’atelier de projet de quatrième année, objet de la présentation, est de témoigner d’une expérience sur la densification dans le cadre de travaux universitaires à l’Ecole d’Architecture de Bretagne.

 
La trilogie vertueuse

Les trois typologies dominantes de la ville, développés après la guerre - grands ensembles, lotissements et zones d’activités – constituent encore une manière de faire la ville aujourd’hui. Il est intéressant de constater que ces trois catégories ont en commun un potentiel important, et permettent de réfléchir à la croissance interne de la ville.

 

Caractéristiques de la trilogie

Les caractéristiques communes aux trois catégories précitées sont :

- la faible densité ;

- le fait qu’il s’agisse de tissus urbains situés au cœur des villes, après avoir été excentrés ;

- le vieillissement de ces quartiers, devenant de fait inadaptés à la population d’aujourd’hui.

 

Le renouvellement de la trilogie participe de la dynamique d’un développement vertueux

 

Le travail sur ces ensembles constitue également l’occasion de repenser la nouvelle cohérence de la ville et à travers cela, de contribuer à limiter l’étalement urbain.

Une telle démarche, qui propose une urbanisation alternative « d’acuponcture urbaine », permet d’atténuer les effets de la sectorisation par l’introduction de la mixité..

En tout état de cause, même si les grands ensembles ont fait l’objet d’expériences de mutation importantes, ils peinent encore à devenir de vrais quartiers intégrés dans les villes. De même, les zones d’activités ne font pas l’objet de véritables projets de mutation, le seul travail entrepris se limitant à la requalification.

 

« Second âge » de la ville dense, en phase exploratoire

 

Alors que le premier âge du lotissement consistait, ces dix dernières années, à l’édification de lotissements denses, le second âge est celui vécu aujourd’hui, des lotissements existants.

Si le projet BIMBY participe à la communication sur le sujet, d’autres exemples existent en France et se sont développés ces dernières années, notamment les travaux du Grand Paris et les travaux des écoles d’architecture tels que les nôtres ou ceux de Marne-la-Vallée.

 

De BIMBY à WIMBY : l’appel à idées du Pays de Rennes
 
Présentation de l’atelier

 

L’atelier s’est intéressé à deux communes, Chavagne et Liffré, respectivement situées à quinze et trente kilomètres de Rennes et comptant 6 000 et 3 000 habitants.

Le cas de Chavagne comportait en outre une dimension intéressante, dans la mesure où il s’agissait d’une ancienne cité-jardin de Gaston Bardet.

Ces logements avaient les caractéristiques communes de se situer à proximité immédiate de centre-bourg et d’être en fin de cycle de vie. Dès lors, la question de leur évolution se posant, il semblait indispensable de s’interroger sur l’adaptation de ces constructions ne correspondant plus aux attentes sociales actuelles.

 

Objectifs de l’atelier : donner du sens à la densification

L’objectif n’étant pas uniquement quantitatif, il était également important de déterminer la densification acceptable pour les habitants pionniers, tout en recherchant la bonne distance avec les nouveaux habitants.

Par ailleurs, l’idée selon laquelle que la densification devait constituer un plus pour la ville, était fortement présente.

 

C’est pourquoi les étudiants ont recherché le sens de différentes manières, par le biais d’une démarche de prospection et prospective : enquêtes auprès des habitants, connaissance fine des lieux, anticipation d’un horizon 2050...

Certains projets ont par ailleurs travaillé sur la notion de résilience, tandis que d’autres ont étudié la place de la voiture dans l’espace public et privé.

 

De même, la question de l’activité dans les lotissements a constitué un sujet important pour la commune de Liffré.

Finalement, l’atelier a pu mettre en évidence le fait que la densification du lotissement permettait d’aborder et de résoudre un grand nombre de sujets.

 

Faire la ville à partir de l’initiative individuelle privée

Dans cette perspective, les étudiants devaient adopter une véritable stratégie en s’interrogeant notamment, pour chaque lotissement, sur le point de départ, la stratégie, les actions publiques à solliciter pour engager une dynamique privée. C’est pourquoi les projets ont travaillé sur la double action, publique et privée.

 

Chavagne, ville sensible

A Chavagne, le bourg est directement ouvert sur le paysage, de sorte que l’environnement est pour l’heure préservé.

La problématique de cette commune s’organise autour de la consommation des terres agricoles, du fait notamment de la création de la ZAC La Touche.

Le lotissement Bardet présente la particularité d’être une cité-jardin construite dans les années 1960, avec diverses caractéristiques telles qu’un axe de circulation rayonnant permettant de relier chaque îlot, un réseau de venelles piétonnes en parallèles et des jardins potagers, préservant un cadre très vert.

Le parti-pris du projet vise la ville poreuse à partir de l’optimisation du réseau de venelles existantes, pour créer des nouvelles rampes de constructibilité.

Ainsi dans une optique de simplification un certain nombre de cas ont été déterminés.

 

A titre d’exemple le premier cas se basait sur des venelles existantes, dont un seul propriétaire serait concerné, en faisant émerger dans un deuxième temps de nouvelles venelles pour susciter des initiatives publiques, privées et mixtes.

Il s’agit toujours de pouvoir construire mais de ne pas oublier les usages régionaux en vigueur, notamment dans les maisons Bardet. De plus, il est envisagé de donner aux habitants l’autorisation de bâtir une base d’activités, qui permettrait d’établir un lien avec les nouvelles venelles créées, en aménageant des espaces à usage collectif et des placettes. Une vie en commun avec les nouveaux arrivants pourrait ainsi être favorisée.

 

En définitive en aménageant des unités assez petites sur une parcelle de 800 mètres carrés, trois logements sont réalisés au lieu d’un, lorsque le terrain est divisé en deux.

Au titre du deuxième cas, le sujet de la hauteur est important pour conserver des jardins pour les habitants pionniers et les habitants futurs. A cet égard il est possible d’imaginer des jardins suspendus, des terrasses, c’est-à-dire un habitat intermédiaire entre la campagne et la ville.

 

Questions pour débattre

 

L’atelier a fait émerger un certain nombre de questions, relatives au sens, à la forme et à la fabrication :

- Pour qui densifie-t-on et pour quelle société ?

- Comment la transformation d’un lotissement existant peut-elle rendre la ville mieux habitable ?

- Comment surmonter la peur de la densité ?

- Quelle forme donner à la densification dans les lotissements ?

- Quelle place pour l’architecture contemporaine ?

- Quelles sont les conditions de l’accueil de l’autre ?

- L’acuponcture urbaine, une autre manière de concevoir le développement 

- Comment faire la ville à partir de l’initiative individuelle privée ?

- Les acteurs de la promotion privée et les constructeurs de maisons individuelles sont-ils prêts à intervenir dans les lotissements existants ?

 

En réponse à une question de la salle, il est précisé que si plusieurs réunions ont eu lieu avec les élus, dont le retour a été très positif, Il n’a pas été possible d’obtenir les réactions des habitants.

En tout état de cause, le projet pour Chavagne a permis aux équipes de parvenir au sentiment partagé qu’il fallait agir par une initiative mixte, publique et privée, à laquelle un grand nombre de communes réfléchissent actuellement.

 

 

 

Retranscription :

 

Conférence de Flore BRINGAND, Professeur, ENSA Rennes 

 

Flore BRINGAND : Anna GONZALES et moi-même, ne sommes pas partenaires du projet de recherche BIMBY, mais sommes ici pour témoigner d’une expérience sur la densification dans le cadre de travaux universitaires à l’Ecole d’Architecture de Bretagne. La présentation a donc un caractère exploratoire et ne constitue aucunement un cas concret. Nous vous montrerons en même temps quelques exemples permettant d’explorer le sujet de manière très précise.

 

Architecte urbaniste, je dirige l’agence QUINTET à Paris et suis enseignante à l’ENSA de Rennes depuis cinq ans.

Anna GONZALES est une ancienne étudiante, puisqu’elle vient d’obtenir son diplôme à l’école d’Architecture de Bretagne. J’ai souhaité qu’elle puisse présenter ce jour son travail de diplôme, qui est issu du travail d’atelier que j’ai mené.

 

L’atelier dont il s’agit est un atelier de projet de quatrième année, quelque peu particulier dans la mesure où il est commun à un double cursus d’étudiants architectes et d’urbanistes de l’université de Rennes II, aux termes d’une convention conclue il y a une quinzaine d’années entre cette dernière et l’école d’architecture. Ainsi les étudiants architectes peuvent obtenir un double diplôme d’architecte et d’urbaniste, en effectuant parallèlement un master d’urbanisme à l’université. Les quarante étudiants participants à l’atelier sont donc pour moitié architectes et pour moitié urbanistes, de sorte qu’ils se retrouvent déjà dans une situation professionnelle enrichissante.

 

D’autres enseignants sont également présents, dont un sociologue à l’université Rennes II, afin que les étudiants intègrent dès la conception formelle des projets la dimension humaine de l’aménagement et de l’urbanisme.

 

A l’occasion de cet atelier, j’ai convié l’équipe BIMBY à plusieurs reprises à l’Ecole d’Architecture de Bretagne pour ouvrir les étudiants à cette dynamique en cours. Inversement, Benoît Le FOLL a pris connaissance de nos projets et a estimé intéressant de pouvoir ainsi étudier des exemples de densification de lotissements existants.

Je signale en outre que quatre projets sont affichés dans le hall de l’école, deux illustrant la densification des lotissements et deux visant la densification des zones d’activités. Nous nous sommes en effet intéressés à deux autres morceaux de ville qui nous semblent densifiables : les grands ensembles et les zones d’activités. Les étudiants de Bretagne présents seront ravis de répondre à vos questions.

 

Un certain nombre de sujets seront traités :

- La trilogie vertueuse

- De BIMBY à WIMBY : nous vous expliquerons à cet égard la problématique de l’atelier qui s’est déroulé l’an dernier en réponse à l’appel à idées sur la densification du Pays de Rennes.

- Projet de fin d’études d’Anna GONZALES : Chavagne, ville sensible

- Des questions pour débattre

 

La trilogie vertueuse

Flore BRINGAND : A l’Ecole d’Architecture, Il semblait important que les étudiants se confrontent à la difficile question de la transformation de la ville existante, dans une vision globale. Les trois typologies dominantes de la ville, développés après la guerre - grands ensembles, lotissements et zones d’activités – constituent encore une manière de faire la ville aujourd’hui.

Il est intéressant de constater que ces trois catégories ont en commun un potentiel important, et permettent de réfléchir à la croissance interne de la ville.

 

Caractéristiques de la trilogie

Les caractéristiques communes aux trois catégories précitées sont :

- la faible densité ;

- le fait qu’il s’agisse de tissus urbains situés au cœur des villes, après avoir été excentrés ;

- le vieillissement de ces quartiers, devenant de fait inadaptés à la population d’aujourd’hui.

 

Le renouvellement de la trilogie participe de la dynamique d’un développement vertueux

Il est instructif de travailler sur ces ensembles dans la mesure où ils constituent des poches isolées dans la ville. C’est aussi de l’occasion de repenser la nouvelle cohérence de la ville et à travers cela, de contribuer à limiter l’étalement urbain : la priorité de construire la ville sur la ville étant privilégiée, on réduit la consommation de terres agricoles.

Cette démarche, qui propose une urbanisation alternative « d’acuponcture urbaine », permet d’atténuer les effets de la sectorisation par l’introduction de la mixité. En effet, alors que ces trente dernières années ont vu prospérer les ZAC et le diffus, il semble possible d’introduire une dynamique différente dans la ville, alternative mais non exclusive.

En tout état de cause, même si les grands ensembles ont fait l’objet d’expériences de mutation importantes, ils peinent encore à devenir de vrais quartiers intégrés dans les villes. Notamment, les lotissements existants ne connaissent quasiment pas de projets d’envergure de densification, même si le sujet progresse.

De même, les zones d’activités ne font pas l’objet de véritables projets de mutation, le seul travail entrepris se limitant à la requalification.

 

« Second âge » de la ville dense, en phase exploratoire.

 

Alors que le premier âge du lotissement consistait, ces dix dernières années, à l’édification de lotissements denses, le second âge est celui vécu aujourd’hui, des lotissements existants.

Si le projet BIMBY participe à la communication sur le sujet, d’autres exemples existent en France et se sont développés ces dernières années, notamment les travaux du Grand Paris et les travaux des écoles d’architecture tels que les nôtres ou ceux de Marne-la-Vallée. De tels travaux ont en effet contribué à remettre en scène la question de la transformation de la ville.

 

A l’issue de ces ateliers, des livrets seront diffusés à partir de l’automne par le Pays de Rennes, qui entend communiquer sur le sujet et utilisera les travaux d’étudiants pour sensibiliser les élus des soixante-cinq communes le composant. De même le cahier de l’IAU et la revue de l’ENSAB comportent des dossiers.

 

De BIMBY à WIMBY : l’appel à idées du Pays de Rennes

 

Présentation de l’atelier

 

L’atelier s’est intéressé à deux communes, Chavagne et Liffré, qui se situent respectivement à quinze et trente kilomètres de Rennes et comportent 6 000 et 3 000 habitants.

Le cas de Chavagne comportait en outre une dimension intéressante, dans la mesure où il s’agissait d’une ancienne cité-jardin de Gaston Bardet, donc comportant une importante notion de patrimoine. Il s’agit de lotissements de dix logements à l’hectare, sur lesquels les étudiants sont parvenus à quadrupler la densité, passant à quarante logements à l’hectare sans brutalité.

 

Ces logements comportaient les caractéristiques communes de se situer à proximité immédiate de centre-bourg et de dater des années 60-70, donc en fin de cycle de vie. Dès lors, la question de leur évolution se posait.

Liffré se trouvait exactement dans la même situation.

 

L’ensemble de ces maisons en fin de cycle constituaient en outre des « passoires énergétiques ». Dès lors, il semblait indispensable de s’interroger sur l’adaptation de ces constructions par ailleurs conçues pour des grandes familles et ne correspondant plus aux attentes sociales actuelles.

 

Objectifs de l’atelier : donner du sens à la densification

L’objectif n’étant pas uniquement quantitatif, il était également important de déterminer la densification acceptable pour les habitants pionniers, tout en recherchant la bonne distance avec les nouveaux habitants.

A l’occasion de la densification, il était en outre nécessaire de repenser le rôle du lotissement et des centralités dans la ville.

 

Par ailleurs, l’idée selon laquelle que la densification devait constituer un plus pour la ville, était fortement présente. Ainsi, les étudiants devaient trouver le moyen d’offrir un nouveau projet collectif et un nouveau confort en privilégiant de nouvelles interactions sociales et en réintégrant de l’activité et des équipements, en définitive en suscitant une vie collective dans un univers par essence individualiste.

 

C’est pourquoi les étudiants ont recherché le sens de différentes manières, par le biais d’une démarche de prospection et prospective :

- enquêtes auprès des habitants ;

- connaissance fine des lieux ;

- anticipation d’un horizon 2050 en établissant des hypothèses à très long terme : évolution des modes de vie et des changements climatiques.

 

Certains projets ont donc travaillé sur la notion de résilience, la densification permettant d’apporter aux lotissements des qualités urbaines et architecturales en vue d’obtenir un confort par temps froid, chaud etc…

D’autres ont étudié la place de la voiture dans l’espace public et privé, dans l’optique par exemple que le stationnement mutualisé puisse devenir un nouveau lieu de sociabilité.

De même, la question de l’activité dans les lotissements a constitué un sujet important pour la commune de Liffré, dont le Maire a parfaitement admis l’idée d’accueillir les petites entreprises dans son centre, voire dans les lotissements, plutôt que dans les zones d’activités, et finalement résoudre d’autres problèmes tels que celui de la circulation et du stationnement lors des heures de déjeuner.

Finalement, l’atelier a pu mettre en évidence le fait que la densification du lotissement permettait d’aborder et de résoudre un grand nombre de sujets.

 

Faire la ville à partir de l’initiative individuelle privée

 

Dans cette perspective, les étudiants devaient adopter une véritable stratégie en s’interrogeant notamment, pour chaque lotissement, sur le point de départ, la stratégie, les actions publiques à solliciter pour engager une dynamique privée. C’est pourquoi les projets ont travaillé sur la double action, publique et privée. Les actions publiques ciblées permettent en effet d’accompagner la densification, d’assurer des enjeux d’intérêt général et des questions de mixité urbaine, et de réintroduire éventuellement des équipements.

 

Conférence d’Anna GONZALES, Architecte ADE : Chavagne, ville sensible

 

Anna GONZALES : La commune péri-urbaine de Chavagne, au sud-est de Rennes, compte 3 700 habitants et est située en promontoire par rapport à la topographie présentée. Le bourg est directement ouvert sur le paysage, de sorte que l’environnement est pour l’heure préservé.

La problématique de cette commune s’organise autour de la consommation des terres agricoles, en voie de faire passer Chavagne du statut de bourg à celui de ville (5 000 habitants), notamment, la création de la ZAC La Touche. C’est pourquoi nous nous attachons à remettre en cause la construction de cette ZAC, en travaillant sur la compacité de la ville de Chavagne et en préservant ses caractéristiques particulières.

 

Le lotissement Bardet présente la particularité d’être une cité-jardin construite dans les années 1960. Ses caractéristiques, sur lesquelles nous nous sommes basés pour bâtir notre projet, sont les suivantes :

- un axe de circulation rayonnant permettant de relier chaque îlot ;

- un réseau de venelles piétonnes en parallèle ;

- des jardins potagers, préservant un cadre très vert.

 

Par ailleurs, Gaston Bardet a conçu trois typologies : des maisons mitoyennes regroupées par deux, des maisons seules sur leur parcelle, et maisons mitoyennes regroupées.

Le parti-pris du projet vise la ville poreuse à partir de l’optimisation du réseau de venelles existantes, pour créer des nouvelles rampes de constructibilité.

 

Flore BRINGAND : Ceci est important dans la mesure où les venelles étaient caractéristiques. L’une des conceptions de Gaston Bardet était en effet de bâtir ce réseau de chemins piétonniers à la manière des cités-jardins et des itinéraires piétons alternatifs. L’un des points de départ du projet consistait donc à s’appuyer sur ce réseau en le multipliant.

 

Anna GONZALES : Nous avons énuméré un certain nombre de cas dans une optique de simplification.

Le premier cas se basait sur des venelles existantes, dont un seul propriétaire serait concerné, en faisant émerger dans un deuxième temps de nouvelles venelles pour susciter des initiatives publiques, privées et mixtes. Ce premier cas donnerait deux possibilités, dont le cœur d’îlot, prenant appui sur les nouvelles venelles et les venelles existantes ;

Le troisième cas de figure viendrait en mitoyen.

Des photographies sont projetées à l’écran et commentées.

Il s’agit toujours de pouvoir construire mais de ne pas oublier les usages régionaux en vigueur, notamment dans les maisons Bardet. L’idéal de Gaston Bardet était d’avoir un rez-de-chaussée ouvert sur le voisinage, afin que les habitants se l’approprient à leur façon. L’intersection entre la rue et la venelle permettrait les espaces à usage collectif. De plus, il est envisagé de donner aux habitants l’autorisation de bâtir une base d’activités. Un tel lieu permettrait en effet de faire un lien avec les nouvelles venelles créées, en aménageant des espaces à usage collectif et des placettes. Une vie en commun avec les nouveaux arrivants pourrait ainsi être favorisée.

Les logements pourraient ainsi varier du plain-pied au duplex et au triplex, avec jardin et terrasse, afin d’être revendus à des jeunes ménages n’ayant pas les moyens de s’installer dans le centre-bourg, tandis que les actuels habitants des maisons Bardet accèderaient à d’autres logements.

 

Flore BRINGAND : Sur ce premier cas de figure, les maisons Bardet existantes constituent le point de départ, en recherchant la possibilité de s’implanter sur une parcelle autrement que dans le fond de jardin pour conserver des espaces de jardin potager ensoleillés et organiser des vues indirectes. Les nouvelles maisons installées se situeraient plutôt en longueur sur la parcelle, et non comme habituellement, en fond direct.

En définitive en aménageant des unités assez petites sur une parcelle de 800 mètres carrés, trois logements sont réalisés au lieu d’un, lorsque le terrain est divisé en deux.

 

Anna GONZALES : Dans cette continuité, en ayant déjà créé des venelles, on peut installer des logements de plain-pied en cœur d’îlot pour accueillir des personnes âgées ou handicapées.

 

Flore BRINGAND : Pour revenir aux images relatives au deuxième cas, le sujet de la hauteur est important pour conserver des jardins pour les habitants pionniers et les habitants futurs. Une hauteur raisonnable devrait nécessairement être trouvée, mais l’idée méritait d’être retenue dans ces quartiers. En effet, la cité-jardin de Chavagne avait été conçue dans les années 1960 pour une population rurale s’installant dans l’agglomération rennaise, et ayant donc un réel besoin de jardins. Or aujourd’hui, les nouveaux arrivants de Chavagne sont déjà des urbains, de sorte des nouveaux habitats peuvent d’ores et déjà être envisagés. A cet égard il est possible d’imaginer des jardins suspendus, des terrasses, c’est-à-dire un habitat intermédiaire entre la campagne et la ville.

 

Anna GONZALES : La question de la hauteur permettait également d’éviter les vis-à-vis, en partant des venelles, en essayant d’utiliser les apports solaires et en gardant l’intimité.

Une simulation du PLU fait l’objet d’une projection.

Par rapport au PLU actuel, la particularité au niveau du centre-bourg tient au fait que la ZAC La Touche est actuellement en construction.

 

Flore BRINGAND : Je précise que ce que vous voyez à l’écran est une simulation du PLU actuel.

Questions pour débattre

 

Flore BRINGAND : Un certain nombre de questions ont d’ores et déjà été dégagées selon trois thèmes : le sens, la forme, la fabrication. Il vous est bien entendu loisible de réagir sur l’ensemble et d’introduire d’autres thèmes de réflexion.

Questions relatives au sens

- Pour qui densifie-t-on et pour quelle société ?

- Comment la transformation d’un lotissement existant peut-elle rendre la ville mieux habitable ?

- Comment surmonter la peur de la densité ?

 

Questions relatives à la forme

- Quelle forme donner à la densification dans les lotissements ? Il est en effet nécessaire de parvenir à définir une offre avec les habitants, et de proposer une offre alternative intéressante. Les maisons sont en effet plutôt des maisons de ville et représentent un autre mode de vie.

- Quelle place pour l’architecture contemporaine ?

- Quelles sont les conditions de l’accueil de l’autre ?

 

Questions relatives à la fabrication

- L’acuponcture urbaine, une autre manière de concevoir le développement : il s’agit de l’idée selon laquelle il est nécessaire de réinvestir de la réflexion dans les logements existants.

- Comment faire la ville à partir de l’initiative individuelle privée ? La méthode BIMBY est à cet égard particulièrement révélatrice

- Les acteurs de la promotion privée et les constructeurs de maisons individuelles sont-ils prêts à intervenir dans les lotissements existants ? Par exemple à Liffré, le

- Maire travaille à l’idée selon laquelle la réalisation de l’opération d’un promoteur privé pourrait être conditionnée à une micro-implication dans les lotissements.

 

Telles sont, en quelques mots, les pistes de réflexion et de débat.

 

Jennifer BUREAU, chargée d’études urbanisme, PNR Haute Vallée de Chevreuse : Je souhaite poser une question relative au travail sur Chavagne. Le projet a-t-il été montré aux élus ?

 

Anna GONZALES : Oui effectivement, nous avons rencontré les élus à plusieurs reprises lors de réunions. Malheureusement, contrairement à mes souhaits, nous n’avons pas pu bénéficier du retour des habitants alors qu’à l’origine nous avions travaillé avec eux sous forme d’entretiens et d’enquêtes papier. Le Maire s’est prononcé plutôt en faveur des deux premières propositions pour Chavagne et aurait, si possible, souhaité réaliser un exemple à l’intention des habitants dans le cadre d’une démarche participative.

 

Flore BRINGAND : Le retour des élus de Liffré et de Chavagne a en effet été très positif. Ceux-ci ont particulièrement apprécié le fait de pouvoir se rendre compte des potentialités réelles d’un quartier, dont la densité pouvait être quadruplée sans brutalité. Dans le même temps, les élus ont bien intégré que des qualités nouvelles étaient apportées à ces quartiers.

 

Anna GONZALES : Et en évitant le projet de ZAC La Touche, qui propose en réalité l’inverse. Le fait de démontrer aux élus qu’il était possible de partir du centre-bourg les a fait réfléchir.

 

Flore BRINGAND : Il est clair que la démarche des étudiants était quelque peu provocatrice, puisqu’elle tendait à démontrer aux élus l’éventuelle inutilité de leur opération et que le nombre de logements prévus dans la ZAC était en réalité susceptible d’être intégré dans les logements existants.

 

Laurence MAURICE, architecte urbaniste au CAUE du Pas-de-Calais : Comment faire de la ville avec une somme de projets individuels ? A Chavagne, tel ne semble pas être le cas puisque la proposition implique la collectivité dans les choix urbains, l’extension de venelles, le découpage etc… En revanche je me demande si le travers de BIMBY ne réside pas dans le renforcement du projet très individualiste de chacun. En d’autres termes, en quoi BIMBY fait-il de la ville ? Telle est la question que je me pose.

 

Flore BRINGAND : Il est vrai que le projet pour Chavagne peut apparaître comme comportant beaucoup d’initiatives publiques, mais en réalité tel n’est pas exactement le cas. S’agissant de la multiplication des venelles, un grand nombre d’entre elles sont en réalité privées, à l’exception des venelles stratégiques. L’intérêt des ateliers était donc de d’aboutir à des lignes de force pour chacun des lotissements à Chavagne et à Liffré : liens à réintroduire, coutures à installer, équipements…Dans cette mesure les équipes, sans communiquer préalablement, sont parvenues au même sentiment qu’il fallait agir par une initiative mixte, publique et privée même si les projets développés étaient très différents selon les optiques, les uns privilégiant une ville basse, d’autres davantage en hauteur.

 

Anna GONZALES : Il est également apparu important de donner aux habitants l’autorisation de construire, dans le but d’offrir un droit de passage à la commune.

 

Flore BRINGAND : Nous avons bien vu qu’il était délicat dans ces lotissements à la situation stratégique dans la ville - à proximité des bourgs et des équipements - de résoudre certaines questions, dont certaines symboliques. Cependant un projet collectif urbain d’ensemble reste à concevoir, dans lequel l’initiative privée sera imaginée. Les étudiants se sont d’ailleurs également rangés à ce constat. Pourtant une fois l’idée précise du projet commun dégagée, la liberté de concevoir l’initiative privée est plus large.

 

Jennifer BUREAU : Il est également utile de mener cette démarche au travers du PLU, ce qui permet de développer la dimension d’intérêt général du projet.

Les communes réfléchissent actuellement à ce passage entre l’initiative publique et privée. De même, les orientations de la DDN permettent, sur des secteurs stratégiques, de réfléchir à un projet global. De surcroît, les divisions parcellaires se pratiquent couramment aujourd’hui, ce qui pose certains problèmes aux élus n’ayant pas la maîtrise nécessaire. L’intérêt pour l’élu est donc de disposer d’un outil avec le PLU et la démarche BIMBY pour mettre en parallèle des outils de maîtrise pour la commune.

 

Jean-Pierre DEVARS, ancien chargé d’études en sciences humaines et sociales : Tout nouveau concept crée obligatoirement un corpus de doctrine, un corpus de valeurs et aussi tout un clergé autour de ce concept nouveau. Attention donc, individuellement, méfions-nous de ce corpus de doctrine qui, tout d’un coup, pourrait être à la fois récupéré par les corps institutionnels existants et les politiques.

En outre, il serait indiqué de ne pas confondre sémantiquement «à l’initiative des habitants » avec des entretiens recueillant la demande sociale. Ce qui signifie que BIMBY, dont j’ai participé à la création, constitue un projet politique et révolutionnaire.

Projet politique, car il répond à la question de donner du sens à la densification. « Donner du sens » signifie que subitement, on décrète à tort ou à raison que ceux qui légifèrent et organisent le mode de vie ensemble, ne sont ni consensuels ni démocratiques. On retrouve donc dans l’idée de valeur soit des valeurs que l’on critique – notamment l’individualisme - soit une espèce de projet politique souterrain visant à transformer l’intérêt général en bien commun, ces deux notions étant en tout état de cause différentes. Dès lors, se repose la question du « vivre ensemble », ce qui signifie qu’on ne vit pas nécessairement bien ensemble dans la ville telle qu’elle a été construite avec ses avatars et aléas historiques.

Sur l’aspect doctrine, méfions-nous du discours et du vocabulaire que vous avez employés.

 

Flore BRINGAND : Je tiens à rappeler le cadre dans lequel nous sommes intervenues : il s’agissait juste d’un partage d’expérience et en aucun cas d’un discours.

 

Jean-Pierre DEVARS : Néanmoins votre analyse est essentiellement morphologique. Au niveau du vocabulaire et de la grammaire, vous affichez effectivement un certain nombre de poncifs et de croyances. Au bout du compte votre analyse est fondamentalement réformiste, au même titre d’ailleurs qu’aujourd’hui l’administration du ministère de l’Equipement – à laquelle j’ai appartenu pendant une quarantaine d’années – faisait du « verdissement » dans ses objectifs et dans le sens qu’elle entendait donner à ses fonctionnaires travaillant dans le domaine de la planification territoriale, Tout d’un coup, on connotait toute approche nouvelle soi-disant innovante en matière d’urbanisme et d’architecture de l’appellation « verdissement », qui concerne évidemment le développement durable. Il est donc hors de question de 2006 à ce jour, d’imaginer la vie autrement que durable.

Or ce qui est durable, c’est notre mode de relation, notre affect, nos croyances et nos peurs. Vous avez bien posé la question de « surmonter la peur ». Il est bien certain qu’aujourd’hui, face à du très court terme, on est confrontés à une angoisse face à ces incertitudes et à la nouveauté dans notre manière de vivre seul, en famille et en couple, mais également avec nos voisins

De mon point de vue, l’essentiel se situe donc au niveau culturel. De ce fait, si une analyse doit être menée sur la mise en œuvre de l’ensemble, il est au moins nécessaire d’avoir une approche au moins sociale et culturelle. Je place d’ailleurs cette approche socio-culturelle dans le champ du politique, puisqu’il sera nécessaire de travailler sur des valeurs collectives.

Réfléchissez donc chacun  aux diverses questions que cette réflexion implique:

·        Quelles sollicitations reçois-je dans le pavillon que j’habite ?

·        Je donne et je reçois quelque chose. Ceci implique par conséquent que tout en étant dans une stratégie individualiste – ce qui n’est pas nécessairement péjoratif -  je peux me poser la question de savoir si la démarche proposée constituera un intérêt pour soi et pour les autres.

Sachant qu’il y a une interaction entre l’intérêt pour soi et l’intérêt pour les autres, nous travaillons ainsi pour un mieux-vivre ensemble et une démocratie locale.

 

Flore BRINGAND : Je réitère que nous n’avons aucune doctrine, mais seulement une démarche pédagogique et une traduction d’une possible densification de lotissements pavillonnaires.

 

Florian GOLAY, Architecte, Président de la Maison de l’Architecture de l’Isère : Je suis curieux des démarches actuellement menées dans le Bas-Rhin et l’Eure.

 

Yannick GOURVIL, Architecte, collectif Et Alors : Dans le Bas-Rhin nous n’en sommes qu’au stade de la réflexion et avons déjà rencontré des habitants Mais nous nous interrogeons sur les moyens dont nous allons nous doter et sur l’achat de certains biens, dans un partage avec la commune en fonction du caractère privé des venelles.

 

Florian GOLAY : Il me semble que l’aspect vraiment innovant réside dans ce partenariat public-privé.

 

Pierre SAUVEUR, Architecte en Belgique : Devant la manière dont vous traitez la densification, je conçois difficilement la même démarche en Belgique. En effet, dans la mesure où une partie de votre exposé envisage la densification comme nécessairement acceptable pour les pionniers, il me semble hasardeux d’espérer que des habitants pionniers du lotissement voient d’un bon œil une telle densification, ne serait-ce que par rapport à l’intimité et à l’ensoleillement. Dans cette mesure, le concept que vous avez développé pourrait être analysé plus précisément, de manière à critiquer pratiquement tous les bâtiments.

A titre exemple, lors d’une analyse de quartier en Hollande, près d’Utrecht, il est apparu que les pionniers ayant créé ce quartier dans un esprit de développement durable se trouvaient actuellement très déçus de la revente d’appartements et de maisons à des personnes peu respectueuses de l’environnement et multipliant les déplacements en voiture dans le quartier.

 

De la salle : Le quartier que vous évoquez est-il issu d’une démarche d’habitat participatif ? Il m’apparaît que BIMBY manque d’un niveau de participation, dans la mesure où il serait en effet également utile de faire participer les nouveaux arrivants et non uniquement les pionniers. Dans cette perspective, les nouveaux arrivants seraient appelés à parler de leur projet. Il est donc nécessaire de faire participer dans la démarche BIMBY l’habitant qui crée la demande, afin d’aboutir à une démarche véritablement démocratique.

Je fais notamment allusion aux habitats pavillonnaires en Suède, dans lesquels les terrains sont séparés par des haies hautes de 20 cm. Au contraire, les haies en France sont hautes de deux mètres, ce qui rend l’habitat dense et cloisonné.

 

Laurence MAURICE : Il semble malaisé d’identifier les habitants à venir. Néanmoins il est vrai que les particuliers qui font l’offre pourraient davantage participer.

 

Flore BRINGAND : Je suis malheureusement contrainte de clore ce débat. Je regrette simplement que cette présentation n’ait pas été bien comprise par tous. Je rappelle qu’il ne s’agissait pas de présenter des projets réels mais des travaux d’étudiants visant à montrer une possibilité radicale et non réaliste, tout en faisant réfléchir aux autres problématiques ouvertes par la densification du lotissement et la conception de la ville.

À télécharger : - colloque bimby bringand.pdf
- R Le projet urbain à l’initiative des habitants.pdf

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