Catégorie Projet ANR Bimby

Auteur(s) : - Fordin Isabelle

Publié le 28 Mars 2012

Source(s) : CETE Ile-de-France

Notions clés :
> conseil au particulier
> Innover dans la conception et la construction de maisons individuelles
> retraite
> vieillissement

Analyse de professionnels et témoignages de seniors

 

Nombreux sont les ouvrages et documents portant sur le vieillissement de la personne âgée et apportant des connaissances issues de l’expérience de professionnels du secteur de la gérontologie (gériatres, psychologues, sociologues, animateurs, cadres de santé, etc.)[1]. L’analyse du vieillissement traduit pour une part les besoins et les attentes des personnes âgées : une majorité partage le désir de rester vivre à domicile. Pierre Laroque affirmait dès 1962 que le maintien à domicile des personnes âgées est d’un point de vue social et économique préférable à d’autres solutions[2]. Aujourd’hui la majorité des professionnels de la gérontologie le confirme[3].

La recherche Bimby, via l’analyse d’entretiens menés auprès d’organismes favorisant le maintien à domicile, a permis de valider trois principaux scénarios de vie[4]. Ces scénarios répondent en partie à la problématique de l’allongement de la vie des seniors et aux relations qu'ils entretiennent envers leur habitat.

Nombreuses sont les initiatives de terrain, les informations (débats, documentaires, colloques,…) et les émissions télévisées abordant la question du bien vieillir des aînés. Il s’agit d’un sujet majeur d’actualité face à des défis importants d’ordre économique, politique, familial, médical, sanitaire et social. Une meilleure connaissance est fondamentale pour que l'accompagnement vers le grand-âge devienne spontané, évident : « vieillir est naturel, savoir vieillir est culturel »[5]. L’identité personnelle et sociale de la personne âgée change et sa condition humaine en est d’autant fragilisé. Ainsi, le désir de rester vivre à domicile prend toute sa signification et le satisfaire contribue à rassurer et protéger les personnes âgées dans leur environnement familier.

Quelles sont donc les relations affectives qu’entretiennent les personnes âgées envers leur habitat, comment le définissent-elle ? L’analyse de professionnels et les témoignages de seniors permettent de détailler les raisons pour lesquelles une majorité est étroitement liée à son habitat tandis qu’une minorité en est nettement plus détachée. De plus, des alternatives à l’isolement commencent à émerger, et contribuent également à prouver que les scénarios Bimby peuvent répondre en partie aux besoins soulignés.

 

L’habitat, un élément essentiel pour une majorité de personnes âgées

L’habitat est défini par le domicile de la personne âgée mais aussi par son extérieur composé du voisinage et du paysage. Alors que cet extérieur représente un espace social et familier rassurant [6], le domicile fait partie de l’identité personnelle de la personne âgée : c’est le lieu des repères et des signes de son présent et de son passé, symboles de ses racines. C’est le lieu du lien familial et de son histoire, des rituels et des moments d’intimité partagée[7].

Le sentiment de liberté des personnes âgées

Le désir de rester vivre à domicile le plus longtemps possible procure un sentiment de liberté, d’harmonie légitime, rapporte A. Manoukian. Ce sentiment est confirmé par les témoignages révélant le désir de rester acteur de sa vie :

- un senior de 75 ans, veuf, se réjouit de pouvoir moduler ses heures de lever, repas et coucher selon le déroulement de sa journée et son rythme de vie ;

- une personne âgée de 74 ans se glorifie d’être l’actrice de sa vie, de choisir comment sera organisée sa journée et les suivantes, stimulée ainsi par le sentiment d’avoir toujours sa place au sein de son environnement familier et familial, « sa raison d’être là » ;

- le témoignage d’une personne âgée de 80 ans, placée dans un studio d’un foyer logement, révèle les difficultés à s’adapter en réclamant la présence de son animal de compagnie : « ils n’ont pas voulu faire suivre mon Titi ».

La préservation des habitudes des personnes âgées

Ce désir de rester vivre à domicile le plus longtemps possible permet de conserver ses habitudes. Au travers des témoignages recueillis, l’attachement aux habitudes des personnes âgées et l'importance qu'elles leur attribuent sont confirmés. Une aide à domicile[8] insiste sur le fait qu’aider n’est pas faire à la place des personnes âgées, mais faire avec elles autant que possible, dans le but de les maintenir actives, de stimuler leur mémoire et de conserver leurs habitudes et leurs gestes quotidiens. L’environnement familier de la personne âgée et son rythme de vie sur plusieurs années contribuent aussi à lui donner envie de s’occuper de son intérieur autant que de son image de soi :

- une personne âgée de 90 ans manifeste son mécontentement quand ses enfants évoquent un nouveau choix de vie pour son grand-âge alors qu’elle désire garder ses habitudes et non s'accomoder à celles des autres ;

- un grand-père de 88 ans, bénéficiant d’une aide à domicile, se distrait par le cheminement de son chien dans le jardin bien qu’incapable de le suivre ;

- une grand-mère de 75 ans replie systématiquement selon ses habitudes, la couverture de la table à repasser déjà pliée qu'a déposée son aide à domicile.

 

Le domicile, un lieu de repères pour les personnes âgées

Le maintien à domicile de la personne âgée fragilisée contribue à l’aider à conserver ses repères et lui apporter ainsi un confort de vie qu’elle ne retrouve pas à l’extérieur : une grand-mère de 85 ans accompagnée par une aide au maintien à domicile et son mari, est désorientée à l’idée de sortir de chez elle, obligée d’aller à une visite médicale et convaincue de l’inutilité de cette visite qu’elle perçoit comme une sortie de torture : « c’est une drôle de sortie ; moi, ça ne me plait pas ; j’ai besoin de rien ; je supporte pas bien ».

 

L’efficacité de l’aide à domicile jusqu’à l’ultime

Le maintien à domicile participe à favoriser l’intimité, notamment lors de ses derniers instants : un professionnel en kinésithérapie insiste sur l’importance accordée à suivre ses séances à domicile. D'une part l’efficacité et le bénéfice sont mieux perçus en étant réalisés dans le milieu familier du senior, l’intimité de la personne âgée étant conservée et protégée, d'autre part ce professionnel souligne l’élan stupéfiant observé sur différentes personnes même quelques heures avant la fin de leur vie, parce qu'elles sont dans leur environnement familier. Il réalise la profondeur du sens de l’expression « partir en paix ». Les personnes partent ainsi avec l'histoire et les repères de toute une vie.

Les artisans et le maintien à domicile des personnes âgées

Le maintien à domicile est une nécessité reconnue par les professionnels qui font évoluer leurs activités en conséquence. La prise de conscience se traduit par exemple dans le témoignage d'un artisan plombier qui constate l’obstination de certaines de ses clientes âgées à vouloir rester dans leur maison, préférant baisser la température intérieure de leur maison et rajouter un vêtement plutôt que d’envisager quitter leur domicile. Les journées nationales « Accessibilité et Autonomie » des artisans et petites entreprises révèlent leur volonté de s’engager dans des actions pour le maintien de l’autonomie des personnes âgées à leur domicile[9]. La prise de conscience de ces professionnels se traduit par une évolution de leurs métiers en proposant de nouveaux services et produits adaptés pour le maintien à domicile.

L'importance accordée par les personnes âgées à leur domicile amène donc les professionnels à proposer des solutions pour le maintien à domicile. Toutefois, une majorité des témoignages de professionnels restitue une image de l’habitat inadapté à la dépendance de ces seniors : maisons datant souvent de plus de 45 ans avec escaliers, couloirs étroits, baignoires d’autrefois etc., d'autant que ceux dont la perte d’autonomie est avancée nécessitent une aide pour se déplacer, se laver, etc.

Le scénario Bimby consistant à vendre une partie de son terrain en recourant à une division parcellaire pour financer les travaux d’adaptation à la perte d’autonomie des personnes âgées, permettrait de préserver les habitudes et l’attachement aux habitudes perpétuées et de rendre leur habitat vivable et confortable.

 

Un lien familial indispensable, des moments d’intimité partagée

Les relations familiales sont essentielles et contribuent à rythmer la vie des personnes âgées. L’expression : « les enfants, c’est la vie » a été beaucoup utilisée dans les témoignages recueillis :

- une personne âgée de 87 ans confie à ses enfants que son domicile est aussi le leur, que son jardin l’est également, que leur visite du dimanche lui permet de voir grandir ses petits enfants et que le café et les gâteaux associés à ce rituel marquent ce jour et le différencie des autres jours de la semaine ;

- une personne âgée octogénaire bénéficiant d’une aide au maintien à domicile exprime l’importance qu’elle attribue à son entourage familial, repère incontournable pour continuer à exister dans sa maison familiale.

Par ailleurs, si le domicile reste le repère familial pour la personne âgée, c’est aussi celui des enfants devenus adultes :

- une octogénaire, veuve, témoigne que la visite de ses enfants est devenue rare depuis qu’elle est en maison de retraite médicalisée. Cette absence traduit l’importance accordée par toute la famille de se regrouper dans la maison familiale. « Hier encore, tous les dimanches étaient marqués par leur visite à la maison. Chacun y trouvait son compte » ;

- une personne âgée de 84 ans, veuve, montre son acharnement à protéger le rythme de vie qu’elle s’est construit dans sa maison : « j’ai pris l’habitude de voir mes enfants assez souvent, ils le savent et ne veulent pas m’inquiéter. C’est leur vie quand ils étaient petits. Quand ils viennent, ils utilisent leur chambre aujourd’hui destinée à la sieste de mes petits enfants… » et convaincue d’être inquiétée par le rythme de vie d’ailleurs, elle rajoute : « Dehors, où voulez-vous que j’aille… ».

Pour ces personnes privilégiant leurs relations avec leurs enfants et petits enfants, le cadre familial est essentiel. Les scénarios Bimby répondraient à cette priorité :

- vendre une partie de son terrain pour financer les travaux d’adaptation de sa maison et continuer à entretenir les liens intergénérationnels nécessaires à l’équilibre de la famille.

- partir vivre chez ses enfants qui auront procédé à la construction d’un second logement adapté sur leur terrain, cet accueil permettant d’éviter l’isolement et de maintenir les liens familiaux.

 

Un lien social nécessaire, des relations de confiance construite

Le lien social contribue à restituer à la personne âgée son identité, sa place au sein de son quartier et la sécurité dont elle a besoin. Les témoignages recueillis le confirment :

- « On construit son grand âge en fonction de ce que l’on construit tout au long de sa vie. » Le parcours de vie de cette grand-mère le prouve. Dernièrement tombée dans son quartier, au lieu d’accepter de se faire emmener aux urgences elle s’est adressée à son cabinet de kinésithérapie situé à quelques mètres de sa chute. Elle s’est ensuite présentée à la pharmacie sur le chemin du retour chez elle et son visage a pu être nettoyé. Dans la soirée, le kinésithérapeute a pris de ses nouvelles par téléphone et lui a conseillé  de placer de la glace sur son genou qui commençait à enfler. Le lendemain, le corps endolori, elle est tout de même restée à son domicile. Elle avait un sujet de discussion à présenter à son entourage, consciente de l’aide reçue la veille dans son quartier. Si elle n’avait pas été dans un milieu familier, comment aurait-elle réagit ? Aurait-elle eu la présence d’esprit de s’adresser à un cabinet médical, à une pharmacie qu’elle ne connaît pas ou encore aurait-elle su définir son choix de ne pas être transportée aux urgences ? En aurait-il été de même pour une personne âgée de passage dans le quartier ? Aurait-elle été emmenée aux urgences sans son consentement ou l’aurait-elle souhaité, étrangère au quartier ? Par sa présence au quotidien et ses habitudes régulières, cette personne âgée a tissé sur un grand nombre d’années un lien social efficace dans son quartier.

- Une personne âgée veuve, de 80 ans, alerte et autonome, est convaincue que quitter sa maison « ce serait la mort ». Ses voisines, ses commerces habituels en face de son domicile, son marché du dimanche matin, ses quelques amies d’enfance, habitant elles aussi depuis plus de 50 ans dans leur maison, ou encore celles en foyer logement à proximité, ont construit son univers et participent à la maintenir alerte ;

- Une sœur désire trouver une solution à l’isolement de son aînée de 86 ans au moment des repas : « ma sœur veuve se fait porter les repas à domicile et le fait de les prendre avec d’autres personnes contribuerait à ce qu’elle se sente moins seule. Elle serait alors davantage motivée et surtout entraînée par les autres pour terminer correctement ses repas ». Le manque de lien social peut ainsi générer un repli sur soi et dans ce cas une perte d’envie de s’alimenter.

 

Des traditions ancrées, une solidarité familiale et de voisinage, naturelle

Les traditions de solidarité familiale et de voisinage du milieu agricole permettent plus facilement le maintien à domicile bien que les personnes âgées semblent plus touchées par les affections de longue durée liées à leurs activités d’exploitants[10]. Le milieu rural bénéficie d’un plus grand nombre d’interactions sociales et d’une meilleure sécurité affective, d’après l’étude conduite par le Pr. J.-F. Dartigues : par exemple un grand-père en perte d’autonomie vit dans sa maison isolée en rase campagne et seulement accessible par un grand escalier extérieur. Il mentionne à son aide à domicile que la visite de personnes cadence habituellement ses journées, le corps de sa ferme servant à stocker certaines machines agricoles. Ces visites contribuent à le stimuler tout en l’incitant à communiquer avec intérêt les actualités du voisinage à son auxiliaire de vie.

Guillaume Terver[11] insiste sur le fait qu’en milieu rural les aides au maintien à domicile sont moins anonymes. Ils les compare à des courroies de transmission entre la personne aidée, sa famille et les autres intervenants, insiste sur leur rôle de veille sanitaire et mentionne leur présence presque quotidienne donnant l’assurance que personne, même très isolé, ne sera oublié.

Ces témoignages soulignent l’importance du lien social dans le quotidien de ces personnes âgées et le bénéfice évident que ces dernières en retirent. Il procure un confort de vie et contribue à rythmer les journées de ces seniors. Les scénarios Bimby répondraient en partie à ces besoins :

- vendre sa maison après division et en construire une autre sur son terrain, plus petite et mieux adaptée à sa condition physique, ce qui permet de rester dans un environnement familier (elle ne change pas de quartier, de hameau) tout en ayant un logement neuf et adapté.

- vendre une partie de son terrain pour financer les travaux d’adaptation de sa maison et continuer à entretenir les liens sociaux nécessaires à l’équilibre de sa vie au quotidien.

 

Une équivalence entre le lien familial et social

Les relations familiales sont essentielles et le lien social est nécessaire à l’identité de la personne âgée. Ce nouveau témoignage insiste sur l’équivalence de leur importance : un couple de retraités décide de changer de maison, accepte de s’éloigner de son quartier mais regrette ce choix et décide de s’en rapprocher ; ce couple de personnes âgées de 75 ans vend sa maison devenue trop grande et inadaptée pour acheter une nouvelle maison de plain-pied plus contemporaine. Il se voit revendre ce second domicile trop isolé et achète ainsi un grand appartement en rez-de-jardin, en centre-ville, dans une commune riche en équipements et limitrophe au grand centre urbain de la ville principale.

La grand-mère aurait préféré être informée et accompagnée pour réaliser les travaux nécessaires sur la parcelle de sa grande maison d’origine et rester ainsi dans son quartier. En effet, cette grande maison avait été choisie par son père en retraite qui ne put en profiter. C’était alors la demeure de sa mère jusqu’au placement de cette dernière en maison de retraite médicalisée, c’était le lieu du début de sa retraite et de celle de son mari. Cet attachement fut renforcé après le décès de sa mère. Habiter dans la maison de ses parents était la raison principale pour rester y vivre et rester dans son quartier signifiait garder à proximité ses racines.

Le grand-père n’a pas la même histoire à raconter. Déraciné de sa ville natale depuis très longtemps, ayant vécu ensemble plusieurs déménagements l’éloignant de ses origines et rapprochant sa femme des siennes, il n’attache pas la même importance au lieu de son habitat et insiste sur le charme de la région répondant à ses attentes. Toutefois, il aurait préféré rester dans cette grande maison en raison de sa superficie en faisant part du confort que cela représentait pour lui. En effet, l’espace dont il bénéficiait lui permettait d’entreposer l’ensemble de ses affaires personnelles, collectées depuis toutes ses années en activité. Toutefois, il reconnaît que s’être rapproché de son ancien quartier lui convient tout à fait, lui permettant de retrouver plus facilement et plus souvent ses amis.

Cet entretien témoigne de l’intérêt porté aux scénarios Bimby par ces personnes âgées. La demande est présente et son accompagnement doit apporter une réponse adaptée aux volontés de changer d’habitat. Les scénarios Bimby contribueraient ainsi à concrétiser la demande d’autonomie formulée par les personnes âgées intéressées.

 

L’habitat, un accessoire de vie pour certaines personnes âgées

Le documentaire « Le sens de l’âge » de Guillaume Virot[12] présente six octogénaires alertes revendiquant leur engagement du savoir vieillir et générant une impulsion vitale pour vivre dans l’instant présent durant les quelques années qui leur reste à vivre : c’est notamment le temps du détachement pour cette grand-mère autonome de 81 ans qui a remplacé son mobilier et opté pour un environnement plus essentiel : « tout ce que j’ai acheté, j’ai tout revendu. Maintenant, c’est clean chez moi, moderne, lisse » . C’est aussi le temps d’un amour toujours intense d’une grand-mère veuve de 87 ans reporté exclusivement sur ses petits enfants. Les éléments matériels qui composent sa vie restent des accessoires contribuant à faciliter son quotidien et peuvent être renouvelés. Si le lien fusionnel avec ses petits enfants est irremplaçable, « tout le reste n’est qu’accessoire ».

 

Des alternatives à l’isolement

La colocation est aujourd’hui une solution originale envisagée par des personnes âgées pour éviter la solitude sans sacrifier leur indépendance, pour vivre librement en toute convivialité. Toutefois, la confusion règne par la peur de ne pas trouver la bonne personne, de ne pas faire le bon choix. Elles sont notamment à la recherche de personnes âgées qui leur ressemblent. De ce fait, beaucoup de personnes intéressées envisagent ce choix de vie sans pour autant le concrétiser[13].

La colocation intergénérationnelle est également une solution singulière pratiquée par des personnes âgées pour combattre la solitude de fin de vie : une personne âgée de 88 ans, veuve, habitant depuis 25 ans dans son appartement et habituée à vivre très entourée la journée souffre de solitude le soir : « c’est à partir de 18h, quand le soir tombe et que les dames s’en vont que je commence à ne pas me sentir bien » précise t-elle en présence d’une de ses filles identifiant ce malaise de « peur panique ». Aujourd’hui, une étudiante cohabite chez cette personne âgée et cet exemple d’exception sert de référence pour développer ce mode de vie. Toutefois, une vigilance particulière doit garantir les échanges et le partage attendus par la personne âgée et le jeune locataire.

D’autres alternatives à la maison de retraite existent comme celles dont la particularité consiste à s’adresser aux personnes âgées dont le profil doit correspondre à leurs attentes.

 

La colocation

Cette forme d’habitat reste aujourd’hui très marginale et le partage des pièces communes nécessite de la diplomatie et des concessions. Pourtant, ce mode de vie est un remède pour toutes les personnes âgées qui ont du mal à dormir parce qu’elles sont seules et une réponse aux petites retraites explique Christiane Baumelle, psycho-sociologue[14]. Pourtant, peu de personnes âgées bien qu’intéressées adoptent cette solution de colocation et Pierre Lelal, fondateur en 2009 du site Internet « colocation 40 ans et plus » ne peut que constater qu’il n’est pas évident pour une personne âgée, passé 60 ans, de quitter son domicile.

 

Le partage du domicile avec un étudiant

La personne âgée bénéficie d’un soutien et d’une compagnie et l’étudiant d’un logement à moindres frais. Pour être organisé et sécurisé un accompagnement doit être établi par un contrat des devoirs et des droits de chacun. C’est ce que propose Monique Linossier[15], fondatrice et directrice de l’association Elia.

Toutefois, souligne Florence Pougnet, coordinatrice de l’association Elia : « chaque binôme constitue un pari humain. Et un pari n’est jamais gagné. Voilà pourquoi nous sommes très présents au début, histoire de prévenir des situations qui peuvent se compliquer[16] ».

 

Des alternatives aux maisons de retraite : l’habitat groupé

Ces alternatives posent des conditions particulières et certains habitats groupés sont réalisés sous différentes exigences, telles que : la maison idéologique réservée aux femmes et basée sur le « vieillir ludique » par participation de ses colocataires au soutien scolaire, à l’alphabétisation[17] ; les maisons destinées aux aînés le plus souvent isolés mais néanmoins autonomes, regroupant une dizaine de logements individuels privatifs et disposant de locaux et équipements à usage commun[18] ; l’habitat groupé dont l’originalité consiste à adopter un mode de vie « spirituel » et encadré par une vie communautaire spécifique et particulière…

 

Une nouvelle variante des scénarios Bimby se dégage de ces alternatives : une « Bimby colocation » pourrait répondre à toutes les personnes âgées à la recherche de ce mode de vie. Cependant, elle pourrait minimiser la crainte de l’entente due à la cohabitation avec de nouvelles personnes et permettrait de faire habiter ensemble des personnes âgées de l’entourage de celle à cette initiative :

- la personne âgée vend sa maison après division et en construit une autre sur son terrain, aménagée en unité de vie pour vivre en colocation et adaptée à la perte d’autonomie pour tous les résidents ;

- la personne âgée vend une partie de son terrain pour financer les travaux d’adaptation de sa maison notamment en prévision d’une colocation et entretenir ainsi les liens sociaux nécessaires et recherchés à l’équilibre de sa vie au quotidien.

 

 

Les scénarios du projet Bimby, des réponses adaptées aux relations affectives des personnes âgées envers leur habitat

L’habitat est un élément essentiel pour une majorité de personnes âgées, une minorité en fait un accessoire et les alternatives aux maisons de retraite restent délicates et parfois marginales.

Un grand nombre de personnes âgées désire rester vivre à domicile le plus longtemps possible et face au vieillissement de la population, des solutions d’aide à ce maintien à domicile existent et continuent à se multiplier[19].

L’allongement de la vie doit permettre aux jeunes retraités de prévoir et se projeter dans le grand âge, et d'organiser leur habitat au travers notamment d’aménagements ou de changements. Adopter un mode de vie et une façon d’habiter pour leur grand âge contribuerait à préserver leur identité aux moments où leur vulnérabilité est la plus fragile.

Les scénarios Bimby proposent d’adapter le domicile des seniors, de rendre accessible leur lieu de vie résidentiel, de maintenir et favoriser les liens sociaux et intergénérationnels des personnes âgées et répondent ainsi en partie aux relations affectives formulées par les personnes âgées envers leur habitat.

Ces scénarios contribuent notamment à ce que les maisons de retraites ne soient plus les dernières demeures et à apporter une alternative choisie par les personnes âgées (concernées par ces scénarios). Ils peuvent être adaptés et répondre ainsi à des choix de vie actuellement originaux telle que la colocation de personnes âgées désireuses d’habiter avec des personnes de leur choix, de leur entourage familier si cher à la majorité des personnes âgées.

Ainsi, financer les travaux d’adaptation liés à l’autonomie d’une personne âgée en vendant une partie de son terrain ; habiter la nouvelle maison que les enfants de la personne âgée auront construite sur leur terrain ; construire une maison mieux adaptée au grand âge de la personne âgée après la division de son terrain et vendre l’ancienne ou la louer (la nouvelle maison adaptée fait référence à la condition physique due au grand âge mais peut également répondre au besoin formulé par la personne âgée séduite par une colocation avec une personne de son choix) ; tels sont les scénarios de la démarche Bimby qui fournissent en partie des solutions et surtout des réponses aux besoins des personnes âgées dont les relations affectives à leur habitat sont le fil conducteur de leur vie dans le grand âge.



[1] Approche psychologique de la personne âgée, 2010, DOC éditions

[2] Laroque, 1962,  « Politique vieillesse », publication de la Commission d’étude des problèmes de la vieillesse

[3] Soullier, Weber, 2011

[4] I.Fordin, A.Tanguy, M.Lukoki, janvier 2012, “La dépendance des personnes âgées et le projet de recherche Bimby : le point de vue d’organismes favorisant le maintien à domicile”, publication sur le site Internet bimby.fr

[5] Georges Goma-Gakissa, docteur en sociologie, membre du réseau vieillesse, vieillissement et parcours de vie, 2010, DOC éditions

[6]Alexandre Manoukian, psychologue, « quand le domicile est en question », DOC éditions, Approche psychologique de la personne âgée, 2010.

[7] Martine Dorange, psychosociologue, chargée de recherche, Fondation nationale de gérontologie, 2010, DOC éditions

[8] « Le temps des aides à domicile » documentaire de G.Terver, http://programmes.france3.fr du 23 janvier 2012

[9] site Internet Agevillage.com, actualités du 20 février 2012

[10] Etude conduite par le Pr. J.F Dartigues, neurologue Université de Bordeaux Segalen, Centre de Recherche INSERM U897 en 2007, issu du site Internet agevillage.com, actualités<santé, du 18 janvier 2012

[11] G.Terver, directeur de production, documentaire France 3 « le temps des aides à domicile », janvier 2012 site Internet www.agevillage.com/actualite-7650-1-le-temps-des-aides-a-domicile

[12] Le sens de l’âge, Ludovic Virot, septembre 2011.

[13] Témoignages requis sur le site Internet : appartager.com

[14] Personnes âgées : La colocation, un remède à la solitude et aux loyers chers, Christiane Baumelle, psycho-sociologue retraitée et fondatrice de l’association « cocon 3S »

[15] Monique Linossier, fondatrice et directrice de l’association Elia, spécialisée dans l’insertion et notamment la cohabitation entre étudiants et retraités, 2004 à ce jour.

[16] Site Internet : www.eliesud.org, « Un toit pour deux »

[17] La maison des babayagas (sorcières des légendes russes) et portée par trois amies, lamaisondesbabayagas.fr/.

[18] Les maisons abbeyfield, concept d’habitat groupé anglo-saxon, http://www.abbeyfield.com/

[19] site Internet, agevillage.com, réseau d’experts(gérontologues, gériatres, juristes,…) alimentant le site

 

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