Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 17 Septembre 2012

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Intervenant :

Jérôme BARATIER, Directeur de l’agence d’urbanisme de Tours

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Introduction :

 

Il s’agira de définir les conditions dans lesquelles le processus de division parcellaire qui sous-tend la démarche Bimby peut être mis au service d’un remaillage des îlots pavillonnaires. En effet, ces quartiers souffrent souvent d’un espace public peu qualifiés et peu poreux, au sein duquel les usages au premier rang et les mobilités sont mal pris en compte. Quelle ingénierie, quelles études préalables, quel projet global pour que Bimby favorise l’urbanité dans ces quartiers.

 

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Résumé :

L’agence d’urbanisme de Tours a étudié le centre-ville d’une commune de 10 000 habitants, constituée de 80 % de maisons individuelles, et les quartiers ouest contigus au centre-ville. Ces derniers avaient besoin d’un maillage vers le centre-ville. Un chaînon manquait pour améliorer la porosité des îlots et favoriser les circulations douces. Il s’agissait de savoir comment la division parcellaire, stimulée par le processus Bimby, pouvait apporter un avantage intéressant pour les riverains de ce secteur. Le scénario de densification favorise la division parcellaire, en apportant de nouveaux cheminements, dessinés selon la visibilité et le voisinage de l’ensemble des pavillons existants. L’accélération de ce remaillage demandait, une fois le projet défini et le processus enclenché, une procédure ad hoc et des outils juridiques en tant que tels. L’emplacement réservé permettrait de garantir et d’encadrer la démarche. Il convenait de déterminer quelle urbanité stimuler dans ces quartiers et quel processus mettre en place avec les habitants, pour ensuite définir, dans un PLU, la règle permettant d’assurer l’adéquation entre le projet et le processus. Bimby peut occasionner une mise en marché de nature libérale, mais également créer de l’espace public. Sans projet, Bimby peut aboutir à une solution ne servant pas les intérêts collectifs et n’améliorant pas l’urbanité d’un îlot donné. La responsabilité du politique consiste alors à définir le bien commun, qui peut rencontrer les intérêts particuliers. Un des inconvénients de Bimby serait une course au libre-échange parcellaire, sans régulation.

 

Retranscription :

 

Jérôme BARATIER : Je souhaite montrer comment la division parcellaire peut produire de la ville, ce qui ne va pas de soi de prime abord. Notre recherche-action, menée sur l’agglomération de Tours, tente d’illustrer cette thèse. Bimby nous a permis de jeter un regard sur une ville qui était alors considérée comme un territoire banal, mal pensé, sans potentiel de mutabilité. Nous avons ainsi été contraints de considérer ce tissu autrement. À la rencontre des membres de l’équipe Bimby, nous nous sommes demandé si ce processus pouvait être mis au service d’un projet, et comment la procédure pouvait l’appuyer. Ma démonstration vise à situer le processus par rapport au projet et à la procédure. Ce matin, le PLU, la participation des habitants ont été abondamment évoqués. Cependant, quel est le projet pour ces quartiers ? Bimby peut-il permettre de le définir, de le partager et de le mettre en œuvre avec les règles adéquates ?

Nous avons étudié plusieurs secteurs. Je vais vous en soumettre deux.

 

Le premier concerne le centre-ville d’une commune de 10 000 habitants, dont le parcellaire est constitué de 80 % de maisons individuelles. Deux secteurs, les quartiers ouest, sont contigus au centre-ville. Ils accueillent en leur sein une école. Ainsi, nous avons choisi les situations urbaines les plus proches du centre-ville actuel, car ils nous semblaient avoir besoin d’un maillage en direction du centre-ville.

Nous sommes face à des poches homogènes, successives, qui se juxtaposent sans communiquer véritablement entre elles. Elles entourent un équipement public. La topographie n’est pas toujours simple. Cependant, vous reconnaîtrez ici nombre de vos lotissements. L’étanchéité de nos îlots pavillonnaires est reconnaissable. Les liaisons douces existent, en direction du groupe scolaire. Un chaînon manquait, de notre point de vue, pour améliorer la porosité des îlots et favoriser les circulations douces. Nous allons particulièrement nous attacher à savoir comment la division parcellaire, stimulée par le processus Bimby, peut faciliter le chaînon manquant susceptible d’apporter un avantage intéressant pour les riverains de ce secteur, dont nous espérons le renouvellement. En effet, la construction de logements accessibles vise à casser la monotypie des nouveaux habitants.

Nos quartiers pavillonnaires sont à l’an 2 de leur développement, qui est cellulaire. Avec Bimby et ce processus, nous pouvons peut-être les amener à un an 4, avec une typologie plus reliée, plus dense, avec une valeur ajoutée supérieure à aujourd’hui. Voici le scénario de densification en tant que tel. Certes, la division parcellaire sera favorisée, avec un règlement. Cependant, quelle sera la contrepartie ? Une bande de terrain permettra de créer une liaison douce. Cette division parcellaire peut donc apporter de nouveaux cheminements, que nous avons dessinés. Nous n’avons pas coupé au milieu des terrains, mais opéré un diagnostic relativement fin sur la visibilité et le voisinage de l’ensemble des pavillons existants. C’est de cette façon que nous sommes parvenus à dessiner cette liaison douce entre le grand îlot et le centre-ville, en liant le centre bourg et le groupe scolaire. L’îlot contenait 9 logements. Il y en a 19 suite au processus. Nous conservons tout de même 82 à 87 % de la surface de terrain non bâti à statut privé. Un point d’acupuncture permet enfin de recréer un lien commun et un lieu commun en lieu et place d’une juxtaposition de parcelles. Les parcelles nées de la division parcellaire sont représentées par les murs les plus clairs sur le schéma.

Le cheminement n’existe pas du tout au centre bourg. Sans détailler la règle, l’accélération de ce remaillage, stimulée par la division parcellaire, nous semble devoir demander, une fois le projet défini et le processus enclenché, une procédure ad hoc et des outils juridiques en tant que tels. Par exemple, il nous a semblé que l’emplacement réservé permettrait de garantir et de corseter la démarche. Après avoir examiné d’autres options, cette dernière nous a paru la plus intéressante. Cependant, la règle et la procédure viennent en dernier. En effet, il convient de savoir quelle urbanité stimuler dans ces quartiers et quel processus mettre en place avec les habitants, pour ensuite définir, dans un PLU, la règle qui permettra d’assurer l’adéquation entre le projet et le processus.

 

De la salle : Je suis rassuré. Nous constatons que Bimby s’inscrit dans un projet, développé dans de nombreux territoires. La nécessité de mutualiser l’espace est-elle systématiquement prise en compte ? Le projet me semble totalement en phase avec ce besoin. Je considère que l’intégration dans cette réflexion très privée de la chose publique et de l’espace partagé est très importante.

 

Jérôme BARATIER : La démarche peut être une mise en marché de nature libérale. Cependant, si l’outil est approprié, il permet de créer de l’espace public et de donner des usages. Nous avons occulté dans notre présentation un autre aspect de la réflexion. En effet, il convient de noter que l’accroissement du bâti dans les lotissements peut créer des usages. Le projet mobilise un temps hors procédure, avec un regard sur la ville, l’interrogation des tissus et la détermination de la stratégie. La procédure orchestre ensuite l’ensemble. Nous devons tenter de cerner les temps qui sont à l’œuvre entre la procédure, le projet et le processus.

 

De la salle : Je croyais avoir compris que Bimby partait des aspirations des habitants avec un projet urbain contingent. Or j’entends que vous ferez en sorte d’inclure les habitants dans la démarche.

 

Jérôme BARATIER : L’idée n‘est pas d’imaginer un projet urbain en chambre avant de l’imposer aux habitants. Le tissu pavillonnaire est porteur de projets, alors que nous l’avons auparavant considéré comme une réalité figée. Je n’oppose pas le projet et le processus. J’affirme que la procédure est une autre étape. Au politique de placer le curseur de la coproduction.

 

De la salle : Qu’est-ce qui est Bimby, et qu’est ce qui ne l’est pas ? J’ai l’impression que nous mélangeons tout, et que nous rapprochons tout ce qui n’est pas Bimby et qui peut le mettre en valeur. Or la démarche, quoiqu’avantageuse, porte également des inconvénients de mon point de vue. Vous ne les présentez pas de façon évidente. Les parcelles, leur taille, la propriété privée, les règles d’urbanisme sont le fond du problème. Je ne crois pas que Bimby répondra aux questions de morphologie urbaine, de l’avenir et de l’évolution nécessaires de la ville. J’imaginais un colloque Bimby 2, dans cinquante ans, une fois que le nombre de logements aura été multiplié par quatre en régions pavillonnaires. Nous entendrons que la solution sera de passer de 4 fois 2 logements à 4 fois 4, 8 ou 12 logements. Nous l’expliquerons avec de l’informatique et des règles de plus-values. Il me semble qu’il manque ici un volet relatif aux fondements urbanistiques de la démarche Bimby.

 

Jérôme BARATIER : Bimby, processus de division parcellaire de privé à privé, sans projet, peut ne pas servir les intérêts collectifs et ne pas améliorer l’urbanité d’un îlot donné. La responsabilité du politique est alors de définir le bien commun, qui peut rencontrer les intérêts particuliers. Un des inconvénients de Bimby serait une course au libre-échange parcellaire sans régulation. C’est ce qui constituerait pour nous, agence d’urbanisme, un risque de déviance.

 

L’animateur : Bimby prendra forme lorsque les élus définiront un projet pour leur territoire. Si la démarche est circonscrite à une division parcellaire au coup par coup, elle équivaudra à un processus de densification. L’objectif est que ces territoires portent des projets évolutifs. Nous ne considérons pas que Bimby sera le mode urbain éternel et unique à dater d’aujourd’hui. J’espère qu’un autre Monsieur le Foll proposera un autre urbanisme dans dix ans. Notre vision est pertinente à l’instant T, mais d’ici dix ans, d’autres réponses pertinentes émergeront peut-être.

À télécharger : - 26 TED remailler un ilot.pdf
- BIMBY PARIS.pdf

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