Catégorie Démarche Bimby

Auteur(s) : - Flore Bringand

Publié le 14 Novembre 2011
Mis à jour le 16 Janvier 2012

Flore Bringand, Architecte urbaniste, Enseignante à l’ENSAB

Lire également l'article Chavagne, ville sensible, qui est l'un des projets sélectionnés à l'issue de ce travail.

Notions clés :
> densification pavillonnaire
> faire émerger une mixité des fonctions urbaines
> Innover dans la conception et la construction de maisons individuelles
> proposer de nouvelles habitations dans les quartiers les mieux desservis

L’atelier de projet « De l’architecture au territoire, du territoire à l’architecture » de  l’ENSAB, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne (ENSAB) dirigé par Flore Bringand, architecte urbaniste et Laurent Lagadec architecte a répondu à l’appel à idées « remettre en ville nos lotissements » initié par le Pays de Rennes et l’AUDIAR[1] en février 2011.

Cet atelier de projet particulier, réunissant des étudiants en architecture de 4eme année de l’ENSAB et des étudiants urbanistes du master Maîtrise d’Ouvrage Urbaine et Immobilière (MOUI) de l’université Rennes 2 a mené l’exploration du renouvellement urbain et architectural de deux lotissements des années 60/70 situés au cœur des communes de Chavagne et de Liffré, en seconde et troisième couronne de l’agglomération Rennaise.

Sont également intervenus dans l’atelier de projet des enseignants et chercheurs de l’université Rennes 2, André Sauvage sociologue, Stéphane Chevrier sociologue ainsi que Rudy Leray ingénieur urbaniste (DREAL Bretagne).

 

REMETTRE « EN VILLE » NOS LOTISSEMENTS

Le lotissement, parent pauvre de l’aménagement du territoire, représente une part significative des espaces urbanisés de nos agglomérations avec, en France, une production de maisons en lotissement correspondant à environ 17% de la production annuelle des logements neufs[2]. Des lotissements qui constituent, bien souvent aujourd’hui, le premier plan des bourgs et communes périurbains soumis à la pression foncière des villes centres d’agglomération.

Le Pays de Rennes, bien que structuré par une politique urbaine forte d’une « ville archipel »  concentrant le développement dans les pôles existants et préservant la campagne du mitage, connaît une périurbanisation dévoreuse d’espace agricole, soutenue depuis une dizaine d’année, par une augmentation accrue du coût de l’immobilier et un déficit de l’offre de logements en cœur d’agglomération.

Dans ce contexte, le renouvellement des lotissements pionniers d’après-guerre (60’,70’) situés stratégiquement au cœur des communes « satellites » de Rennes est apparu aux acteurs locaux du Pays de Rennes comme une priorité d’action. Une nouvelle perspective d’un aménagement vertueux du territoire, limitant la consommation d’espace agricole et proposant une nouvelle offre de logement alternative et compétitive.

Un défi, face aux difficultés inhérentes au renouvellement de la ville existante, désavantagé par rapport à l’offre économique performante des logements neufs en frange urbaine ; un défi face au double obstacle spécifique aux lotissements, une propriété foncière fragmentée et une inertie forte de leur représentation.

Ces lotissements de « première génération » qui ont répondu à la demande d’une maison, financièrement accessible pour de jeunes ménages, à proximité de la ville centre et de ses emplois sont aujourd’hui sous occupés et inadaptés à une population vieillissante. Souvent conçus à partir de la répétition grands logements (T5) s’adressant à des modèles et parcours familiaux révolus, ils sont aussi inadaptés à la diversité des attentes sociales (familles monoparentales, primo accédants, personnes âgées, familles recomposées…) et aux modes de vie actuels.

Concurrencés par des lotissements neufs proposant des maisons plus petites, moins chères à l’acquisition et plus performantes énergétiquement, les lotissements pionniers d’après guerre ne sont plus attractifs.

 

DONNER DU SENS A LA DENSIFICATION

Le développement du projet était guidé par quatre problématiques :

> la nécessité de réinventer le centre bourg de Chavagne et Liffré et le rôle du lotissement riverain dans cette nouvelle centralité ;

> l’invention de formes urbaines et architecturales respectueuses des habitants pionniers et désirables pour la génération suivante ;

> un développement urbain fondé sur le processus aléatoire et lent de l’intervention individuelle privée[3] même s’il pouvait être combiné, sur des sites stratégiques, avec des opérations publiques de substitution de quelques pavillons pour un petit immeuble collectif ou de logements intermédiaires permettant de conforter le centre bourg ou des axes qui ont vocation à muter ;

> enfin, l’ambition d’intégrer les nouveaux paradigmes d’une ville vertueuse, anticipant sur les évolutions possibles des modes de vie et progrès techniques et les nouvelles formes de sociabilité d’une société éclectique et en réseau.

 

Au delà de l’objectif quantitatif de la densification, qui n’est d’ailleurs pas si simple a obtenir tant l’image stéréotypée du lotissement, la crainte du voisinage et la résistance du vide à se remplir influencent l’imaginaire collectif, l’atelier de projet dirigé par Flore Bringand et Laurent Lagadec demandait aux équipes mixtes d’étudiants (1 étudiant architecte + un ou 2 étudiants urbanistes) d’établir une stratégie de projet.

Une double approche associant un travail de « prospection » c’est-à-dire une exploration méthodique du lieu (diagnostic spatial, analyse des potentialités urbaines et architecturales, compréhension des modes de vie actuels et de la pratique du territoire du centre bourg à l’agglomération, enquête auprès d’un échantillon d’habitants, regard sur l’histoire du développement et de son rapport au paysage…) et une réflexion prospective visant à dégager des hypothèses sociales, techniques et environnementales de la ville à l’horizon 2050.

 

FAIRE VILLE A PARTIR DE L’INITIATIVE PRIVEE

L’appel à idées demandait des réponses urbaines et architecturales innovantes mais aussi une véritable stratégie opérationnelle dans des sites composés d’une multitude de propriétés privées juxtaposées dont le seul lien est celui d’un rapport d’individualité avec le voisinage.

Une situation d’aménagement complexe qui a suscité de nombreuses questions, dont la formulation même a constitué une étape décisive dans la compréhension du sujet et la mise en place d’une stratégie de projet par les étudiants.

Comment opérer dans des territoires privés où les marges de manœuvre de l’action publique sont faibles ?. Comment mettre en place un projet collectif à partir de l’initiative individuelle privée ?  Comment sensibiliser les propriétaires au nécessaire partage du territoire ? Comment viser l’intérêt général tout en garantissant l’intérêt particulier ? Comment densifier les lotissements stratégiquement riverains des centralités sans dévaloriser les biens individuels ? Comment inciter à la division pour la construction ? Comment maîtriser la forme urbaine et architecturale de nouveaux droits à construire utilisés individuellement ?

 

HYBRIDATION FERTILE

La prise en compte des préoccupations de l’habitant pionniers obligeait les étudiants à penser une densification douce, acceptable, garantissant au vendeur, dans le cas d’une division de terrain, le maintien de la valeur de son bien en instaurant la « bonne distance[4] » entre lui et la nouvelle construction.

Inversement, la densification devait apporter une plus value au lotissement le rendant désirable à de nouveaux habitants tentés par l’offre de logements neufs en périphérie des communes

Des projets ont envisagé la mutation du tissu pavillonnaire par hybridation de nouvelles typologies de logements, interstitielles, fabricant une ville douce.

 

La ville compacte comme réponse au paradigme du changement climatique

Etudiants architectes (ENSAB) : Caroline Blanchard + Marcela Mackova

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Katia Contzen + Ewan Le Bourdonnec

Le projet « Médine Chavagne » imagine une occupation horizontale et proliférante s’inspirant de l’organisation urbaine des Médinas où l’intimité et le rapport à la nature sont liés à l’imbrication des volumes autour de patios et de murs formant clôture. Une composition des volumes et des jardins clos qui assure ensoleillement et intimité. Une ville basse qui permet une densification significative mais discrète perçue uniquement depuis les venelles et les jardins privatifs.

 

Une ville poreuse, une densification en douceur

Etudiants architectes (ENSAB) : Anna Gonzalez

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Charlène Guyot + Aurianne Latrous

Le projet « Chavagne, ville sensible » repose sur l’amplification du système des venelles piétonnes qui irriguent le lotissement. Un dispositif déterminant de la cité-jardin dont la fréquentation actuelle confirme sa qualité urbaine. La création de nouvelles venelles permet une densification sensible en rive de celles-ci ou entre deux maisons. Tout en générant une nouvelle offre de logements plus urbains, les venelles urbaines augmentent les possibilités de liaisons et de contacts inter quartiers.

 

LA VOITURE AUTREMENT

La nouvelle donne des ressources énergétiques, l’explosion des TIC[5] assurant une connexion permanente aux réseaux sociaux et donnant accès, sans déplacement individuel, à de nombreuses marchandises, la pratique du travail à distance sont quelques signes de l’évolution en cours et à venir de la mobilité individuelle à partir desquels les étudiants ont imaginé un nouvel équilibre mobilité et développement urbain.

Sans renoncer à une mobilité synonyme de liberté individuelle, en comptant sur le développement de véhicules propres (à faibles émissions de GES) et prenant appui les tendances d’une voiture confortable, conçus comme un prolongement de l’habitat les étudiants devaient penser une ville où la voiture trouverait sa place, autrement.

 

La place de la voiture en ville renégociée, un espace public pacifié et des espaces dédiés à la voiture créateurs de services et d’une nouvelle convivialité

Etudiants architectes (ENSAB) : Laura Badra

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Loic Cuco + Lucile Loret

Le projet « La voiture autrement » propose une ville conçue à partir d’un rapport à la fois plus distancié et plus convivial à la voiture. Plus distancié avec une « mise à distance » de l’automobile rendue possible par une pratique raisonnée et diversifiée de la mobilité individuelle. Plus convivial, avec des espaces partagés dédiés à la voiture proposant de nouveaux services (covoiturage, auto partage, réparation de vélos, vente de paniers maraîchers BIO…) et assurant de nouvelles interactions sociales.

La libération de l’espace public et de l’espace privé (garages, jardins) pour de nouveaux usages favorise une nouvelle convivialité, vecteur de lien entre plusieurs générations d’habitants du lotissement.

 

VILLE INTENSE

D’autres projets ont exploré le rapport à la nature, dans son acception globale du potager au grand paysage comme vecteur de lien social, structure du développement urbain et moteur du développement économique.

 

Une ville fertile où la forêt est vectrice de développement urbain et économique

Etudiants architectes (ENSAB) : Helen Philips

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Elian Belon + Maxime Jouval

Le projet « Liffré-en-Forêt » est fondé sur l’hypothèse du développement de l’unique Forêt Rennaise. Une forêt qui devient un projet de développement économique majeur à l’échelle de l’agglomération à partir d’une filière bois alimentant les secteurs alternatifs de la construction bois et de l’énergie bois.

Une forêt qui s’invite jusqu’au cœur de la ville et la fertilise dans le sens d’un rapport à la nature plus intense offert aux habitants, dans le sens d’un nouvel équilibre communal où l’emploi issu de la nouvelle production et gestion forestière permet de dynamiser le centre bourg.

Une densification du lotissement qui s’appuie sur les nouvelles caractéristiques d’une « ville en forêt » et son rythme lent de croissance.

 

 « La cité végétale » ou la cité-jardin revisitée

Etudiants architectes (ENSAB) : Axelle Leroy

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Philippe Lassale + Jean-Baptiste Tremorin

Le projet « Cité végétale » propose une relecture du concept de « cité jardin ». Il s’agit là aussi de structurer la densification du lotissement à partir d’une intensification du rapport à la nature et des interactions sociales associées. Le jardin potager, pièce maîtresse de la composition des parcelles et des venelles associées est repensé dans une version plus collective, celle d’un « verger urbain » connectant une agriculture locale tournée vers les circuits courts et le centre bourg de Chavagne. Les nouveaux logements se développent, imbriqués avec ce cordon nourricier, cette nouvelle fenêtre de la ville sur la campagne agricole.

 

VILLE ACTIVE

Des projets ont pensé le rôle des lotissements centraux dans le renouvellement de la notion de centralité des communes périurbaines.

Rattrapés par des quartiers récents plus denses en frange communale, les lotissements d’après guerre qui ont réalisé la première extension des communes, se retrouvent recentrés géographiquement dans des communes qui ont doublé voir triplé de surface.

Un « recentrage » de ces lotissements qui appel à penser leur nouveau rôle dans la structure urbaine communale voir intercommunale et dans la nécessaire reconfiguration spatiale et symbolique du centre bourg en phase avec une croissance urbaine significative depuis 40 ans et l’arrivée d’une population plus urbaine que la génération précédente des lotissements pionniers.

Une centralité réinventée à partir d’une « nouvelle ligne de vie » multi générationnelle mêlant commerces, équipements et espaces publics partagés et protéiformes

Etudiants architectes (ENSAB) : Honza Hanzlik

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Christophe Brabant + Stéphanie Hasle Boitte

Le projet « Faire germer le village » propose d’initier une recomposition profonde du centre bourg de Chavagne à partir de la mise en place d’une « nouvelle ligne de vie » multi générationnelle mêlant commerces, équipements et espaces publics partagés. Cette nouvelle ligne de vie se présente comme un espace public protéiforme trouvant des ramifications jusqu’aux cœurs des îlots et offrant ainsi à la vie associative et aux initiatives privée une ouverture et un contact direct sur le cœur de ville.

 

Créer des interactions sociales dans une ville décloisonnée

Etudiants architectes (ENSAB) : Bieito Silva Poti + Alexandre Pillado

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Fabien Hermenier + Ramdane Firlas

Le projet « La ville en réseau » envisage la densification du lotissement riverain du centre bourg de Liffré comme le moyen de mettre en réseau les polarités de la commune aujourd’hui dispersées. Le lotissement devient une pièce urbaine d’articulation entre le centre bourg avec la création de deux nouveaux axes connectant les quartiers récents et futurs, le campus équipements sportifs, le pôle scolaires, les espaces naturels.

 

Retour des activités en cœur de ville, moteur d’une densification, créateur de vitalité – un regard critique sur le zoning et le mode de vie pendulaire centre  / périphérie

Etudiants architectes (ENSAB) : Benoit Salle

Etudiants urbanistes (Université Rennes 2) : Adel Khedir + Fabien Bouvret

Le projet « Liffré active » remet en question la conception en « zone » des communes et la séparation entre ville résidentielle et ville active. La densification du lotissement jouxtant le centre bourg est l’occasion de réinventer la centralité de Liffré en y réservant la place pour des activités urbaines aujourd’hui dispersées dans des zones d’activités à l’écart de la ville.

Une mixité urbaine qui s’invite au cœur du lotissement sous des formes variées (petits locaux artisanaux, activités libérales, mini pépinière d’entreprise…). La densification doit ainsi permettre de réintroduire une vie active au cœur de la ville et permettre à des initiatives privées de créer des lieux de vie associatifs, de nouvelles offres de services et de nouveaux lieux de travail à haute qualité d’usage, au contact du centre et à proximité de la forêt Rennaise.



[1] Agence d’Urbanisme et de Développement Intercommunal de l’Agglomération Rennaise

[2] Données MEDDTL – constructions neuves autorisées 2010/2011 – les logements individuels groupés représentent 17% des logements neufs construits entre 2010 et 2011 et 38 % pour les logements individuels purs.

[3] Processus qui s’apparente à celui étudié et théorisé par le projet BIMBY, « Build In My Back Yard », David Miet et Benoit le Foll.

[4] « L’hostilité au changement de la bonne distance » est un phénomène décrit dans l’étude « Conditions architecturales, urbanistiques et sociologiques de la densification douce de l’habitat individuel » réalisée par Guy Desgrandchamps, Marylène Ferrand, Jean-Michel Léger, Bernard Le Roy et Marine le Roy (IPRAUS)

[5] Technologies de l’information et de la communication

 

Liens externes : - le site de l'ENSAB

L’urbaniste : Comment opérer dans des territoires privés où les marges de manœuvre de l’action publique sont faibles ? L'élu : Comment mettre en place un projet collectif à partir de l’initiative individuelle privée ?

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