Catégorie Projet ANR Bimby

Contributeur(s) : - Bertrand Mougel
- Benjamin Legret

Publié le 02 Mars 2012

Traduction libre et adaptée du pattern n° 154 de l'ouvrage collectif "A Pattern Language", (Alexander et al., Oxford University Press, 1977). On trouve dans ce travail des modèles de conception qui peuvent être utilement revisités dans la perspective d'un renouvellement doux et progressif des tissus pavillonnaires existants.

Notions clés :
> départ des enfants
> donner une nouvelle vie aux tissus pavillonnaires existants
> initiative des habitants

Traduction libre et adaptée du pattern n° 154 de l'ouvrage collectif "A Pattern Language", (Alexander et al., Oxford University Press, 1977). On trouve dans ce travail des modèles de conception qui peuvent être utilement revisités dans la perspective d'un renouvellement doux et progressif des tissus pavillonnaires existants. 

 

Si la place dédiée à l’adolescent dans la maison ne correspond pas à son besoin d’indépendance, le conflit avec la famille est inévitable.

 

Dans la plupart des maisons familiales, les chambres d’enfants et d’adolescents sont sensiblement les mêmes. Mais quand les enfants deviennent adolescents, la relation avec la famille se transforme considérablement. Ils deviennent de moins en moins dépendants de la famille et prennent de plus grandes responsabilités ; leur vie en dehors de la maison devient plus riche, plus absorbante. La plupart du temps ils demandent plus d’indépendance ; occasionnellement ils ont recours à leur famille, terrifiés par leur confusion intérieure et celle qui les entoure. Tout cela implique de nouvelles exigences dans l’organisation de la famille, et donc aussi dans l’organisation de la maison.

La meilleure façon d’aider une jeune personne à traverser cette période est de lui permettre de trouver son équilibre dans la vie domestique. Cet équilibre subtil doit lui offrir de grandes opportunités d’initiatives et d’indépendance, ainsi qu’un sentiment de soutien constant face à l’adversité.

 

La problématique adolescente peut se traduire ainsi :  

Un adolescent a besoin d’une place dans la maison qui lui donne plus d’autonomie et lui permette d’affirmer sa personnalité. Il a besoin d’un lieu qui lui serve de repère et qui favorise  son indépendance, plutôt qu’une chambre d’enfant. Il a besoin d’un endroit à partir duquel il peut aller et venir à volonté, une place où sa vie privée et son intimité sont respectées. Parallèlement il a besoin de pouvoir instaurer une confiance mutuelle avec sa famille qui soit moins basée sur la dépendance.

La forme du studio, dans sa configuration et sa situation, permet l’établissement de cet équilibre pour l’adolescent, entre besoin d’indépendance et réorganisation de ses relations avec les autres membres de la famille.

Le studio pourrait être fait à partir de l’ancienne chambre d’enfant. L’enfant et son père peuvent ouvrir une porte dans un mur et élargir la chambre. Elle peut aussi être construite de A à Z dans l’intention d’en faire à l’avenir un atelier, l’endroit où grand-père pourra s’installer par  la suite,  ou encore une chambre à louer. Le studio peut aussi être une structure complètement séparée dans le jardin, mais dans ce cas, une liaison très forte à la maison est essentielle : cela peut être un chemin pavé reliant l’appartement à la cuisine commune. Que ce soit dans les maisons individuelles isolées, en lotissement en bande, voire même dans un appartement de ville, tout propriétaire peut ménager  à l’adolescent une chambre à entrée privée et individuelle.

 

Murray Silverstein (architecte et co-auteur de Pattern Language)  a proposé 3 suggestions  d’aménagement.

Premièrement, faire en sorte que la surface de l’appartement soit égale à celle d’un atelier, d’un studio, d’une chambre d’invité, ou d’une chambre d’accueil pour la grand-mère.  Le construire en bois, de manière a ce qu’il soit facilement transformable manuellement avec des outils simples.

Deuxièmement, attacher le studio à la maison, mais avec son entrée propre ; comme par exemple via un hall court, un vestibule, ou placer l’appartement au fond de la parcelle derrière la maison.

Troisièmement, placer l’appartement de manière à ce que le chemin de la chambre à la rue passe obligatoirement par une partie commune importante de la maison comme la cuisine, une cour intérieure, un patio.

 

Ci-dessous quelques variations possibles prenant en compte ces modifications :

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Dans la tribu indienne d’Amérique les Comanches ,  « on donne au garçon après la puberté un tipi séparé dans lequel il peut dormir, s’entretenir avec ses amis et y passer la plupart de son temps. »

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Simone de Beauvoir témoigne dans son ouvrage La force de l’âge, 1960 :

« Aux environs de mes douze ans, j’avais souffert de ne pas posséder à la maison un coin à moi. Lisant dans Mon journal l’histoire d’une collégienne anglaise, j’avais contemplé avec nostalgie le chromo qui représentait sa chambre : un pupitre, un divan, des rayons couverts de livres ; entre ces murs aux couleurs vives, elle travaillait, lisait et buvait du thé, sans témoin : comme je l’enviai ! J’avais entrevu pour la première fois une existence plus favorisée que la mienne. Voilà qu’enfin moi aussi j’étais chez moi ! Ma grand-mère avait débarrassé son salon de tous ses fauteuils, guéridons, bibelots. J’avais acheté des meubles en bois blanc que ma sœur m’avait aidée à badigeonner d’un vernis marron. J’avais une table, deux chaises, un grand coffre qui servait de siège et de fourre tout, des rayons pour mettre mes livres, un divan assorti au papier orange dont j’avais fait tendre les murs. De mon balcon, au cinquième étage, je dominais les platanes de la rue Denfert-Rochereau et le Lion de Belfort. Je me chauffais avec un poêle à pétrole rouge et qui sentait très mauvais : il me semblait que cette odeur défendait ma solitude et je l’aimais. Quelle joie de pouvoir fermer ma porte et passer mes journées à l’abri de tous les regards ! Je suis très longtemps restée indifférente au décor dans lequel je vivais ; à cause, peut-être, de l’image de Mon journal je préférais les chambres qui m’offraient un divan, des rayonnages ; mais je m’accommodais de n’importe quel réduit : il me suffisait encore de pouvoir fermer ma porte pour me sentir comblée.  Je payais un loyer à ma grand-mère et elle me traitait avec autant de discrétion que ses autres pensionnaires ; personne ne contrôlait mes allées et venues. Je pouvais rentrer à l’aube ou lire au lit toute la nuit, dormir en plein midi, rester claquemurée vingt-quatre heures de suite, descendre brusquement dans la rue. […] , mais j’aimais surtout mon caprice. »

 

En somme, pour marquer le passage à la maturité d’un enfant, il est essentiel de transformer son lieu de vie dans la maison en une sorte d’appartement qui exprime physiquement le début de son indépendance. Le principe est, tout en gardant l’appartement attaché à la maison, d’en faire une annexe ou dépendance distincte et visible, loin de la chambre parentale, avec sa propre entrée privée, voire son propre toit.

 

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L'habitant : Je pouvais rentrer à l’aube ou lire au lit toute la nuit, dormir en plein midi, rester claquemurée vingt-quatre heures de suite, descendre brusquement dans la rue. […] , mais j’aimais surtout mon caprice

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