Catégorie Presse

Publié le 15 Novembre 2012

La Lettre du cadre territorial • n° 453 • 15 novembre 2012

Source(s) : La lettre du cadre territorial

 

Article du numéro 453 - 15 novembre 2012

Urbanisme

 

 

« Build In My Back Yard » (Bimby) n'est pas qu'un clin d'oeil à son antithèse « Not In My Back Yard », c'est une nouvelle manière de densifier par la maison individuelle et elle a de l'avenir...

 

 

Selon un sondage Ifop du printemps dernier, 33 % des particuliers possédant un pavillon, sont prêts à envisager la vente d'un bout de leur terrain. Autant de personnes probablement prêtes à adhérer au concept « Bimby ». C'est aussi le nom du projet de recherche financé par l'Agence nationale de la recherche, piloté par deux ingénieurs architectes : Benoît Le Foll, au CETE Normandie Centre, et David Miet, ingénieur au CETE Ile-de-France. Selon ces chercheurs, il y a bien une manière de tisser l'urbain autrement : par la densification pavillonnaire. Après trois ans de recherche et d'expérimentations impliquant dix partenaires (1), quel est le bilan ?

 

Des projets liés aux parcours de vie

Grâce à des consultations gratuites d'architectes offertes aux habitants (financées par Bimby), les projets très personnels de particuliers sont remontés aux oreilles des expérimentateurs de Bimby, tels que l'agglomération de Rouen, ou encore Le-Tremblay-sur-Mauldre (1 100 habitants à l'ouest de Paris, 400 habitations). Des personnes avançant dans la vie ont ainsi expliqué qu'elles rêveraient de vendre leur maison trop grande, trop difficile à entretenir, et de se construire une petite maison sur leur bout de terrain. Ou alors tel couple voudrait accueillir sa grand-mère en construisant un petit pied-à-terre dans son terrain, ou l'un de ses enfants qui démarre dans la vie. Cela pourrait aussi être un investissement locatif. On rencontre aussi le cas des parents qui divorcent, avec la maman qui ne peut racheter la maison et veut garder un bout de terrain pour bâtir une maison pour elle et sa fille... En discutant avec l'architecte, des voisins dans la commune de Tremblay ont eu l'idée de regrouper leurs terrains, pour y construire un logement pour une aide à domicile... Plans sur la comète qui ne verront jamais le jour ou projets réalisables ? Le règlement d'urbanisme actuel n'est pas assez souple pour concevoir des projets aussi spécifiques. Les distances par rapport aux limites séparatives, les minimums parcellaires sont trop contraignants...


Boîte de Pandore

Il y a 3 ans, l'agglomération de Rouen adhère à l'expérimentation. « Cela tombait bien, explique Paule Valla, directrice de l'habitat de la CREA, nous étions à un moment charnière, nous fusionnions avec d'autres EPCI. La communauté d'agglomération Rouen Elbeuf Austreberthe (CREA) voyait le jour, nous révisions le PLH et le SCoT ». La thématique de la division parcellaire devient alors l'un des sujets du PLH au même titre que la construction de logements sociaux... C'est ensuite un long cheminement, comme le relate Paule Valla : « En 2010, nous avons rencontré les soixante-dix communes de l'agglomération pour identifier les projets de logements, nous leur avons parlé de Bimby. Nous avons parfois eu un accueil défavorable. Au contraire, certaines communes avaient déjà eu l'idée de faire cette démarche prospective auprès des habitants ». L'agglomération monte en juin 2011 un séminaire pour les élus et les services, en présence d'architectes. Le but est de donner à voir ce que pourrait être l'application de Bimby, en modélisant des espaces... Une quinzaine de communes sont présentes. Des maires en sortent convaincus, mais disent encore devoir plaider auprès de leur conseil municipal. Finalement seulement quatre communes se portent candidates pour tester « Bimby », suite à l'appel à projets de l'agglomération. Les autres « ont peur d'ouvrir la boîte de Pandore » explique Paule Valla. Après avoir consulté leurs habitants, les quatre communes en sont au stade de la synthèse, avant de passer à la phase délicate de l'évolution du PLU. « Selon le contexte local, le but n'est pas de libéraliser la réglementation » prévient David Miet. Il s'agit d'éviter le scénario trop souvent vu : un petit promoteur débarque, achète une maison pour la raser et construire un petit collectif à la place, mal situé dans la commune...


Contre l'étalement urbain

La commune la plus avancée dans le processus Bimby est celle de Joseph Le Foll. Le maire (père de l'un des copilotes du projet) s'est beaucoup impliqué. Pour lui, Bimby, c'est une alternative à la construction de lotissements, des gains en kilomètres de réseaux (gaz, assainissement) et des habitants heureux. « Des élus m'ont dit : tu es fou de faire cela ! Les gens vont construire n'importe quoi, n'importe comment. Mais, non, les gens ne font pas n'importe quoi ! Ils tiennent à leur cadre de vie... » Il y a une autre motivation pour ce maire : faire venir des primo-accédants avec des enfants qui fréquenteront l'école de la commune. « Les collectivités des premières couronnes n'ont plus de primo-accédants, car il n'y a plus de terrains abordables à bâtir. Ils sont obligés de partir très loin. » Le PNR de la Haute Vallée de Chevreuse a déjà été séduit par les premiers retours de l'expérience Bimby au Tremblay, convergeant avec la lutte contre l'étalement urbain. Le PNR a ainsi décidé d'apporter son soutien financier à toutes les communes de son territoire, qui favoriseront la filière Bimby.


De la construction en circuit court

David Miet copilote du projet Bimby
Le logement aujourd'hui est issu de l'action d'un aménageur qui fabrique des routes, vend des parcelles à des promoteurs qui construisent des immeubles... Mais ce mode d'intervention atteint ses limites : les dents creuses et autres friches se font de plus en plus rares. De plus, la densification par le collectif ne plaît pas à tout le monde. Bimby est une autre voie où le particulier est le maître d'ouvrage, car il dispose du terrain. C'est une filière courte. Bimby va permettre de remobiliser toute une filière économique qui fait appel aux petites entreprises locales de construction [...] 
Le projet de recherche Bimby prend fin début décembre. Une association est en préparation pour prendre la suite...
À consulter : le site www.bimby.fr, une mine d'informations


Bimby ne doit pas être l'affaire de happy few

Paule Valla directrice de l'habitat de la communauté d'agglomération Rouen Elbeuf Austreberthe

Cela fait trois ans que nous préparons le terrain et sensibilisons les élus. Notre président nous a récemment encore dit qu'il était intéressé pour connaître les résultats de l'expérimentation Bimby ! Si les communes voient en Bimby un réel processus d'urbanisation, l'agglomération pourrait proposer d'aider, à l'avenir, les communes à mener cette approche, et notamment pour préparer l'étape de la consultation des propriétaires de pavillons, discuter avec eux de leurs projets, dans la mesure où ils ont du terrain. Le développement de cette filière constructive dépend des efforts de communication auprès des élus, mais aussi auprès des habitants. Cela ne doit pas être l'affaire de « happy few », de gens bien informés, à l'aise avec l'urbanisme, qui en tirent avantage.

 

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À télécharger : - Venez-habiter-dans-mon-jardin.pdf