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Publié le 22 Novembre 2013

Source(s) : www.metropolitiques.eu

Vieillir chez soi

LES ENJEUX LIÉS À L’HABITAT DES PERSONNES ÂGÉES

par Pierre-Marie Chaponle 18/10/2013
 
Comment vivre « chez soi » quand on entre dans le grand âge ? Articulé autour de cette question centrale posée par Monique Membrado et Alice Rouyer, un ouvrage collectif propose un regard pluriel sur cet enjeu de société majeur.

 

La question centrale du chez soi

L’ouvrage pose en premier lieu la question de la définition du « chez soi », notion très complexe. En effet, celui-ci « n’est pas que se loger, que l’abri (mais) porteur de significations symboliques et de valeurs particulières » (p. 10). En maison de retraite, « que devient cet espace privé constamment violé par un personnel “bienveillant” ? L’obsession de la sécurité y autorise toutes les intrusions », s’insurge le sociologue Bernard Duperrein (p. 208). Au-delà des établissements pour personnes âgées dépendantes, Dominique Argoud estime plus généralement que l’excès de normalisation nuit à la création de structures « intermédiaires » entre le logement classique et « l’ultime demeure ». Il s’agit d’une véritable problématique car, si les résidences de services ne nécessitent pas d’autorisation particulière, la création d’établissements pour personnes âgées, dépendantes ou non, est soumise à des normes architecturales et à un contrôle très strict des autorités de tutelle. Toute originalité de conception se heurte ainsi à une quasi-impossibilité juridique ou financière, ce qui n’incite pas les promoteurs et les bailleurs sociaux à prendre en compte « l’expérience singulière du vieillir » (p. 223). On trouve bien quelques tentatives comme la « Maison des Babayagas » à Montreuil, en Seine-Saint-Denis (p. 224), mais de telles initiatives ne « s’articulent pas, ou peu, avec les politiques existantes » (p. 224), tandis que la durée de mise en œuvre de ce projet (plus de 10 ans) l’a considérablement dénaturé. Il aurait sans doute été pertinent de présenter un exemple de réalisation fonctionnant par âge et non par genre, comme il en existe de nombreuses en France. Les auteurs décrivent toutefois des expériences réussies et abouties à l’étranger, particulièrement dans le domaine de l’intergénérationnel et notamment en Allemagne. Renforçant la position de Dominique Argoud, Anne Labit tente d’expliquer de manière assez convaincante pourquoi la France est autant en retard : suppression des coopératives d’habitat en 1971, attribution des règles de logement social, montages économiques, etc.

Au-delà d’une tentative de « réinventer les lieux du vieillir », les coordinateurs nous proposent une définition d’un « chez soi » plus anthropologique par l’approche de « l’économie symbolique des biens de famille » (p. 27), sa transmission, le tri et l’encombrement de ces objets symboliques qui reflètent notre identité. L’ouvrage s’intéresse également aux relations sociales liées au voisinage, dont le déménagement constitue une rupture qui « s’accompagne d’un long processus de désinvestissement pour pouvoir réinvestir un nouveau lieu » lorsque la personne en a encore la capacité. L’évolution du quartier est également un élément de délitement du lien social, à l’image de « la disparition de ce lieu symbolique qu’était pour Mme D. “son” marché », celle-ci se retrouvant dans un quartier « déserté, métaphore d’une vie qui l’abandonne également » (p. 50). C’est finalement la question du territoire qui devrait être au cœur de la réflexion : une partie s’intitulant « parcours résidentiels et mobilités » y est d’ailleurs consacrée.

 

Vieillissement et gestion des territoires périurbains

60 % des ménages de plus de 80 ans vivent dans des pavillons, et 70 % des ménages de plus de 65 ans sont propriétaires. Alors que les ménages retraités les plus aisés habitent dans les grandes zones urbaines, les moins aisés sont surreprésentés dans les espaces périurbains et ruraux (Centre d’analyse stratégique 2013). Voilà un sujet fondamental qu’il conviendrait d’investiguer, d’autant que seulement 1,9 % des personnes changent de domicile entre 50 et 75 ans en France (Laferrère et Angelini 2009). Ainsi, les banlieusards resteront banlieusards, même âgés. Les enjeux sont donc immenses pour les pouvoirs publics en termes de gestion des transports, des commerces et des soins.

 

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