Catégorie Presse

Publié le 20 Mai 2013

Source(s) : L'hémicycle

UNE VILLE DENSE CONTRE L’ÉTALEMENT URBAIN

par Ludovic Bellanger

Ville

JACQUES LOIC/AFP

70000 logements à réaliser par an dans le Grand Paris, 50 000 à Bordeaux… face à l’ampleur de la tâche, métropoles et agglomérations cherchent à réinventer un modèle de développement urbain. Destinée à contrer l’étalement des villes, la densification tente de concilier l’intérêt individuel et collectif.

Densifier, l’idée n’est pas nouvelle… La réforme de l’urbanisme, attendue en juin prochain, devrait assouplir les dispositifs prévus dans les PLU (plans locaux d’urbanisme) et faciliter, par exemple, la réalisation des opérations de surélévation d’immeubles de logements en Île-de-France ou réduire les obligations des promoteurs en matière de parking. Des évolutions destinées à encourager la densité plutôt que l’étalement urbain. L’orientation est défendue par Cécile Duflot, ministre de l’Égalité, des Territoires et du Logement, dont l’objectif est la construction de 500000 logements par an. La ministre estime que l’orchestration territoriale de cette densification devrait se faire par l’entremise des SCOT (schémas de cohérence territoriale), avec l’obligation d’intégrer une étude de densification dans le document d’orientation et d’objectif (DOO). Pour Jean-Marc Ayrault, convaincu qu’une ville vertueuse passe par la densification, le concept de « ville plus dense » serait même l’avenir du développement durable.

Bimby, un nouveau mode de développement urbain
Car force est de reconnaître qu’il n’y a jamais eu autant d’étalement urbain que depuis la loi sur le renouvellement urbain. Tout un paradoxe. Pour les architectes Benoît Le Foll et David Miet, du Centre d’études techniques de l’équipement (Cete), rattaché au ministère de l’Écologie, l’alternative reposerait sur le programme Bimby. De l’anglais « Build in My Back Yard », littéralement « construire dans mon jardin », l’initiative prône la densification en zone urbaine par division parcellaire. « Pour différentes raisons (retraite, divorce, volonté d’investir), les surfaces des terrains habités ne conviennent plus à certains propriétaires. Utiliser une partie de ces parcelles pour bâtir permet de répondre à l’obligation de construction de logements tout en sauvegardant les espaces naturels, et en évitant la multiplication des quartiers pavillonnaires », détaille David Miet. L’idée a séduit le parc naturel régional (PNR) de la Haute Vallée de Chevreuse (Yvelines). Face à la pression de l’agglomération parisienne, « le territoire du parc doit expérimenter des solutions adaptées et innovantes pour préserver ses paysages et ses patrimoines, tout en répondant à des besoins en termes de logements, d’activités et d’équipements », indique Yves Vandewalle, président du PNR et conseiller général (UMP). « La démarche Bimby nous intéresse parce qu’elle aborde la densification des tissus pavillonnaires par une entrée inédite, celle des habitants, et qu’elle propose d’inventer avec eux un projet pour ces espaces répondant à la fois à leurs attentes et à l’intérêt général. » Pour les municipalités, le mode de construction participatif se révèle bénéfique à plus d’un titre. « Les voiries et réseaux, souvent surdimensionnés, sont déjà là. On évite de surinvestir dans les infrastructures, à une période où les investissements publics sont plus difficiles. Ici, on optimise l’infrastructure existante. » Expérimenté aux Essarts-le-Roi et à Tremblay-sur-Mauldre (Yvelines), le projet s’étend à présent en Vendée, qui prévoit d’accueillir 240000 nouveaux habitants d’ici à 2040. « Bimby consiste à optimiser le potentiel foncier existant en centre-bourg ou dans les zones pavillonnaires », explique Valentin Josse, conseiller général (DVD-MD) en charge de l’urbanisme. « Le particulier prend l’initiative de diviser son terrain. Bimby est une des solutions qui se prêtent bien aux secteurs où la pression démographique est forte. »

Le retour des tours à Paris
À Paris, la municipalité mise sur la révision de son plan local d’urbanisme (PLU) pour augmenter la hauteur des tours, fixée à 37 mètres depuis 1977. Le « déplafonnement » va permettre à la ville d’y construire des immeubles d’habitations de 50 mètres de haut et des bureaux mesurant jusqu’à 180 mètres. Attendu d’ici à 2018 sur le site de Masséna-Bruneseau, dans le XIIIe arrondissement, le projet Duo, une paire de gratte-ciel conçus par l’architecte Jean Nouvel, devrait être le premier ensemble mixte de bureaux et d’habitations de grande hauteur (175 mètres) construit à l’intérieur du périphérique depuis 1976, date de l’inauguration de la tour Montparnasse (210 m). Trois autres immeubles de grande hauteur sont prévus ultérieurement dans le même quartier. « Ce que nous faisons là participe d’une réflexion engagée dans la précédente mandature sur la question de la ville dense, durable, ce qui passe par des libertés qu’on peut se donner à certains endroits précis en matière de hauteur », souligne Anne Hidalgo, première adjointe (PS) à la mairie de Paris, chargée de l’urbanisme. Outre la construction de logements sociaux pour les classes moyennes, les étudiants, les travailleurs, la Ville prévoit d’y créer des équipements publics (crèche, école, gymnase) aux côtés d’un programme économique « ambitieux » de commerces, de bureaux et d’hôtellerie. Deux autres secteurs devraient aussi voir fleurir des tours d’ici à 2017 : la porte de Versailles, dans le XVe, avec la Tour Triangle, et le XVIIe arrondissement, siège de la future cité judiciaire des Batignolles.

Éviter les erreurs des années 50 à 80
Certains schémas de cohérence territoriale (SCOT), comme ceux de Rennes Métropole ou du Languedoc- Roussillon, préconisent déjà une densification urbaine pour lutter contre l’étalement urbain. À Rennes, l’approche se traduit par le concept de « ville archipel ». La ville est considérée comme une île entourée d’un océan de nature et de terres agricoles qu’il faut préserver. Confronté à une périurbanisation soutenue, le renouvellement des lotissements pionniers d’après-guerre situés au coeur des communes « satellites » de la ville est apparu aux acteurs locaux comme une priorité d’action. Ou lorsque la densification rime avec la rénovation et la requalification urbaine. Afin d’éviter les erreurs des grands ensembles des années 50 à 80, l’approche développée aujourd’hui doit en effet s’accompagner « d’une mixité fonctionnelle, sociale, et d’une qualité environnementale des constructions comme du quartier », préviennent les experts. La qualité de vie, la santé individuelle et collective souffrent également de la massification qui résulte d’une densification excessive au final peu écologique. Les Verts de dénoncer l’aspect énergivore des futures tours parisiennes. Sans oublier que la densification des villes est souvent le pendant à la désertification des régions.

Ludovic Bellanger
Article paru dans le numéro 464
du mercredi 15 mai 2013

 

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