Catégorie Projet ANR Bimby

Publié le 17 Septembre 2012

Source(s) : Actes du Colloque Bimby 2012

Intervenant :

Jean-Pierre CHRISTORY, Consultant

 

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Introduction :

Il y a plusieurs décennies, les voiries des zones d’habitation étaient conçues comme des routes. Inventer une culture de la petite voirie a demandé une décennie d’efforts concertés pour finaliser une doctrine. Bimby ouvre un nouveau chantier de renouveau des pratiques aux enjeux tout aussi importants. L’innovation qui invite à un autre regard est tout autant organisationnelle que technique. Décliner concrètement le développement durable dans les actes d’entretien et de requalification nécessités par un usage plus «dense» de la voirie, et exploiter le formidable potentiel du décloisonnement des métiers (équipement numérique des territoires, revêtements et lumière, rapport du sensible au solide…) permettra une contribution cohérente de l’espace public viaire, remodelé dans la logique de Bimby, au grand plan d’ensemble de la ville durable en tissus pavillonnaires.

 

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Résumé :

Il existe aujourd'hui de nouveaux moyens de penser la voirie dans les tissus pavillonnaires. A l’inverse des routes traditionnelles, sur lesquelles le trafic croît au fur et à mesure, les voiries des zones pavillonnaires connaissent une première phase très chargée en termes de trafic, correspondant à la construction, puis une phase de mise en service marquée par une absence de trafic lourd. Bimby constitue un champ d’innovation essentiel dans le domaine de la voirie, que ce soit en matière d’équipement numérique, de choix des revêtements ou d’éclairage.

 

 

Retranscription :

 

Conférence de Jean-Pierre CHRISTORY, Consultant, La voirie innovante au service de Bimby

 

Benoît LE FOLL : Pour commencer, je remercie Jean-Pierre, qui nous a soutenus pour le montage de ce projet ANR. Il dispose d’une grande culture en matière de questions routières. Or, nous assistons aujourd'hui à l’émergence de nouveaux moyens de penser la voirie dans les tissus pavillonnaires.

 

Jean-Pierre CHRISTORY : Hier, David et Benoît nous ont expliqué que par le passé, nous avions construit beaucoup de routes et peu de maisons. Je vous parlerai aujourd'hui de ces routes.

Pendant vingt ans, les voiries de zones d’habitation ont constitué un enjeu majeur pour la profession des travaux publics, représentant plus de la moitié de l’activité. Or, dans ce domaine, les pratiques étaient très hétérogènes, donnant naissance à des voiries de desserte structurées comme des chemins à de véritables autoroutes.

 

Dès lors que nous avons bien compris la problématique, il nous a fallu mettre de l’ordre dans cette activité. A l’inverse des routes traditionnelles, sur lesquelles le trafic croît au fur et à mesure, les voiries de zones d’habitation connaissent une première phase, pendant la construction, très chargée en termes de trafic, avec la présence de nombreux poids lourds, puis une phase de mise en service marquée par une absence de trafic lourd. Or, un seul poids lourd chargé au maximum de son poids utilisé fatigue une chaussée comme un million de véhicules légers.

Il a donc fallu élaborer une doctrine, un guide pour la conception des structures de voirie.

 

Aujourd'hui, avec un recul d’une trentaine d’années, tous ces prérequis structurels et géométriques sont considérés comme actés. Il convient donc d’y intégrer d’autres dimensions. Trois exemples illustrent ces nouvelles problématiques. S’agissant de l’équipement numérique des territoires, la fibre optique constitue aujourd'hui le mode le plus pertinent en matière de télécommunication. Nous devons également intégrer la logique de la voirie pour tous, avec les questions d’accessibilité.

Enfin, nous devons tenir compte des problématiques de mobilité douce et de mobilité collective. La densification amène à la mise en place de modes de transport collectif, donc des engins plus agressifs pour des voiries qui n’ont pas forcément été conçues pour cela.

 

La densification est porteuse de nouvelles exigences. Elle représente également une opportunité de remettre à niveau les tissus viaires existants, ces derniers étant âgés de vingt à quarante ans. La question est de savoir s’il convient de refaire à l’identique, ou bien au contraire d’en profiter pour mettre à niveau l’espace public, ou encore de procéder à une refonte complète ou partielle de l’usage de l’espace.

 

La question de l’équipement numérique des territoires se pose lorsque l’on décide de refaire à l’identique. La micro-tranchée urbaine constitue une innovation intéressante pour l’installation de fibre optique. A cadence rapide, ces engins intégrés installent 600 mètres par jour, contre trente mètres traditionnellement. Cette solution s’avère beaucoup plus économique.

La rénovation à l’identique peut également impliquer l’utilisation de revêtements recyclés ou à basse calorie. La réduction des températures entraîne une réduction des émissions de fumée, agissant ainsi favorablement sur la santé.

 

La redistribution de l’espace public repose sur un diagnostic de l’existant. Aujourd'hui, nous disposons de nouveaux outils permettant d’instruire la capacité de ces structures et revêtements à faire face à un usage plus important en sollicitation. Dans le cas de remodelage complet, les résines offrent des perspectives très intéressantes, à des coûts modiques. Leur grande variété permet de véritablement transformer l’espace.

 

Dans la restructuration complète de l’espace public, les finitions des matériaux d’aménagement ont évolué. Ainsi, le béton dispose de plus d’une cinquantaine de modes de finition qualitative.

S’agissant des revêtements et lumières, la méthode classique consiste à créer des flux lumineux pour éclairer. Mais il peut également être intéressant de s’intéresser à ce qui est réfléchi par un revêtement, à savoir la luminance. Ainsi, la mise en commun de deux métiers qui s’ignoraient, à savoir le métier de la voirie et celui de la lumière, peut générer une optimisation des revêtements et dégager des économies d’éclairage de l’ordre de 30 à 40 %. La démarche se propage dans de nombreux chantiers. Elle doit nous encourager à rapprocher les métiers.

 

Enfin, il existe des pépites cachées, c'est-à-dire des solutions qui ne sont pas innovantes aujourd'hui mais dont l’implication dans certaines régions relève de l’innovation. Les chaussées réservoirs pour gérer la question des eaux pluviales en constituent un exemple. Je citerai également les chaussées urbaines démontables. Toutes ces pépites représentent des opportunités à saisir lorsque l’on doit restructurer.

Bimby constitue un champ d’application essentiel pour ces innovations. Face à la demande, il serait utile d’élaborer un catalogue d’opportunités technologiques pour les opérations Bimby. Ces opérations requièrent un suivi, une structuration.

Enfin, il faut sans doute conforter l’émergence d’une ingénierie Bimby, qui consiste à effectuer tout le travail présenté hier et aujourd'hui sur le bâti, mais aussi avoir une approche globale et systémique, tenant compte de ce qui environne le bâti, à savoir l’infrastructure, la voirie, les réseaux, les services.

 

De la salle : Vous avez évoqué une forte sollicitation des voiries lors de l’aménagement des maisons en lotissements, en raison des interventions de camions. Ces dernières vont déstructurer les bandes de roulement, sur des voiries parfois un peu âgées. La dénaturation des bandes de roulement ne risque-t-elle pas de susciter un rejet de la part des habitants à l’égard de Bimby ?

 

Jean-Pierre CHRISTORY : Toute démarche Bimby nécessite d’abord un diagnostic de la voirie existante. Comme la plupart du temps, les revêtements sont âgés, la démarche Bimby peut aussi constituer une opportunité pour la collectivité publique de remettre la voirie à niveau. Une enquête sur les durées de vie des voiries dans les villes a montré que la moyenne d’âge de renouvellement s’élève à 23 ans. Quand la voirie est âgée de 35 ou 40 ans, il est nécessaire de la rénover, avec ou sans Bimby.

 

De la salle : Je travaille pour un certain nombre de collectivités dans l’élaboration de leurs stratégies énergétiques et climat, au niveau territorial et dans les services de l’Etat. La voirie est souvent le parent pauvre de ces stratégies. Hormis la question du mode de production des enrobés, la question énergie climat de la voirie n’est pas posée.

La littérature mentionne un certain nombre d’enjeux sur le sujet, notamment le rôle de la voirie dans la création des îlots de chaleur urbains et le rôle de la voirie comme potentiellement génératrice d’énergie. Savez-vous s’il existe, sur la base de ces réflexions, des expérimentations menées en France ou à l’étranger ? Les collectivités sont toujours intéressées à s’inspirer de dispositifs qui fonctionnent.

 

Jean-Pierre CHRISTORY : Dans le domaine des logiques de développement durable, le champ des innovations est très vaste. Ainsi, il existe aujourd'hui des voiries capables de s’auto-diagnostiquer, grâce à des systèmes de capteurs. Certains revêtements sont à même d’absorber la pollution de l’air, notamment les dioxydes d’azote.

En termes de consommation énergétique, il existe des voiries dont la couleur réagit par rapport à la chaleur. Or, de récentes études montrent que l’efficacité de circulation des poids lourds est fonction de la rigidité des voiries. Les différences de consommation des poids lourds peuvent être de l’ordre de 3 à 5 %. Il existe donc aujourd'hui un champ d’innovation très important et fertile qui répond à ces préoccupations. 

À télécharger : - 31 TED la voirie innovante.pdf
- cHRISTORY-COLLOQUE BIMBY LA VOIRIE INNOVANTE (2).pdf

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